Pourquoi le libéralisme n’est pas bien vu d’une grande partie des Français

"Mort au Capital" Paris 2019 By: Ithmus - CC BY 2.0

Il y a comme une contradiction à se plaindre constamment des politiques qui nous représentent et à rejeter le libéralisme.

Par Johan Rivalland.

Le libéralisme est décidément une notion bien floue et très mal perçue par une grande partie des Français, nourris dès le plus jeune âge aux mamelles de l’État et qui sont persuadés, à tort puisqu’on le leur fait croire en permanence, que le libéralisme serait je ne sais quelle force occulte organisée qui les plongerait dans une sorte d’océan où ils se noieraient sans que personne leur vienne en aide. D’où la justification de l’interventionnisme et de l’État-providence, sans lesquels nous serions sans doute perdus.

Quatorzième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Qu’est-ce que le libéralisme ?

Il arrive encore ponctuellement que tel ou tel lecteur fasse remarquer que cette série inverse la logique habituelle en ne traitant pas de ce qu’est le libéralisme. Je m’en étais expliqué dès le premier volet : c’est ce que l’on appelle tenter de dissiper quelques malentendus ou « idées reçues ». Mais, bien naturellement, ce faisant, il est assez évident que l’on évoque aussi à travers cette présentation la question de ce qu’est le libéralisme. Simplement, il s’agit d’une autre manière d’aborder les choses.

Mon objectif est d’avoir peut-être l’opportunité de toucher quelques personnes qui ne s’intéressent pas au libéralisme, ne cherchent pas à ce qu’on leur explique de quoi il s’agit et auraient plutôt tendance à se méfier d’une présentation qu’on chercherait à leur donner. Il s’agit plutôt de formes ponctuelles de tentatives de réponses à des a priori. Sans non plus prétendre détenir des vérités, je l’ai déjà dit aussi.

Et puis nous sommes sur un site qui propose déjà en abondance des présentations de ce qu’est le libéralisme, présente chaque jour des analyses de fond de l’actualité et de sujets de société sous un angle libéral. D’excellents articles existent, qui permettent déjà de répondre à la question de ce qu’est le libéralisme, à l’image de l’article de référence de Gérard Dréan sur la question, entre autres, dont je conseille vivement la lecture. Ce qui ne m’empêchera pas peut-être un jour – il me semble également l’avoir déjà dit – de me lancer dans une nouvelle série posant la question. Mais j’ai déjà tellement d’idées en tête sur la présente série que cela devra attendre quelques années…

Qu’est-ce que le libéralisme, donc ? Eh bien si je ne reprends qu’un petit extrait de l’article de présentation de Gérard Dréan, on peut au moins déjà retenir ceci :

[…] le libéralisme n’est rien d’autre que la mise en application rigoureuse, à tous les êtres humains, dans tous leurs domaines d’activité et dans toutes les circonstances, de la première phrase de l’article premier de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Il en déduit son seul impératif moral : « nul n’a le droit de priver un autre être humain de sa liberté d’agir comme il l’entend conformément à ses aspirations, à sa situation et à ses capacités ».

En appliquant ce principe à tous les humains y compris à ceux qui exercent un pouvoir, quels que soient leur étiquette et leur mode de désignation, il se décline en libéralisme politique. En l’appliquant à tous les domaines d’action, il se décline notamment en un volet économique, qu’il complète par une conviction de nature utilitariste : c’est quand les hommes agissent librement qu’ils ont les plus grandes chances d’atteindre le mieux les objectifs qu’ils se proposent, aussi bien collectivement qu’individuellement.

Et vous me pardonnerez les larges extraits, mais voici ce qu’il écrit un peu plus loin :

Sur ces questions, la règle libérale intervient en tant qu’éthique de l’action : je m’interdis de te contraindre à agir comme je crois que tu devrais le faire, quelles que soient mes raisons de le croire. Je m’interdis aussi de t’empêcher par la force d’agir comme tu crois devoir le faire, que ce soit directement ou en demandant l’intervention d’un tiers (par exemple l’État), et j’estime que tu as les mêmes obligations envers moi. La règle libérale bannit la violence et la contrainte des moyens acceptables, quelles que soient les fins visées et les intermédiaires éventuellement utilisés.

En refusant de faire une distinction entre les citoyens ordinaires et d’autres qui échapperaient à cette interdiction sous un quelconque prétexte – force supérieure, droit divin ou onction majoritaire – le libéralisme n’accorde à l’État qu’une place aussi limitée que possible, lui demande et en attend le moins possible, et ce dans tous les domaines. Pour cette raison, il est évidemment honni par les politiques de tous bords, dont le pouvoir est la raison d’être quelle que soit l’idéologie dont ils se réclament, et par ceux, économistes ou autres, qui font profession de les conseiller.

L’essence même du libéralisme étant de contester le pouvoir de l’État, les libéraux authentiques ne cherchent pas à exercer ce pouvoir. C’est pourquoi ils sont si peu nombreux parmi les politiques. Quelques-uns ont tenté d’accéder au pouvoir dans le but de le détruire de l’intérieur, mais ils s’y sont trop souvent laissés engluer. A contrario, les antilibéraux de tous bords sont souvent des aspirants dictateurs, convaincus qu’ils sont que l’action libre des êtres humains conduirait à la catastrophe et que la société doit être fermement gouvernée, par eux-mêmes et leurs amis bien entendu.

Mais alors que tous les autres devraient en bonne logique partager l’amour de la liberté et la méfiance envers le pouvoir qui caractérisent le libéralisme, ses adversaires trouvent un soutien dans la foule de ceux qui ont conservé le besoin puéril de croire à une autorité transcendante et bienveillante qui aurait la volonté et le pouvoir de résoudre tous nos problèmes. Pour le plus grand nombre, l’État a remplacé nos parents, puis Dieu dans ce rôle ; la simple existence d’un problème est prise comme une justification de l’action de l’État, dont il faudrait encore accroître l’emprise pour le résoudre. La moindre évocation d’un léger mouvement en sens inverse dans le sens d’une libération de l’activité économique est stigmatisée comme une manifestation d’« ultralibéralisme ».

L’État, l’autorité bienveillante qui doit résoudre tous nos problèmes

Et c’est bien là le problème. En s’en remettant quasi-systématiquement à l’État pour résoudre tous nos petits problèmes, on ne se rend plus compte à quel point on risque d’emprunter la route de la servitude. Ou celle dont nous parlait déjà Étienne de La Boétie il y a 450 ans, celle de la servitude volontaire.

Car, persuadés que sont une grande partie des Français que nous évoluons en pleine tempête de turbolibéralisme, d’austérité et de cadeaux aux riches, ils ne voient même plus que – bien à l’inverse – l’État s’est immiscé partout dans nos vies et entend les régenter sans cesse un peu plus, par des mécanismes que plus personne ne semble contrôler induits par l’horreur politique, l’expansion du périmètre de l’action publique et de la bureaucratie conduisant à un « épuisement démocratique ».

Puisque là est bien le problème : mouvement des Gilets jaunes, grandes grèves de décembre 2019 et janvier 2020, et d’autres mouvements de contestation permanents ont bien pour point commun une insatisfaction à l’égard des décisions publiques, mais une demande de plus d’intervention encore sous forme d’aides de toutes sortes.

Ce qui signifie donc à la fois une contestation des interventions des représentants de l’État et une demande de plus d’intervention (mais toujours avec l’idée de chaque entité tentant de ramener la couverture à soi). Ne peut-on imaginer autre chose ? Ce n’est hélas pas dans les habitudes et les conceptions accessibles aux cerveaux formatés à l’esprit Jacobin. Car, comme le relève à juste titre Guillaume Moukala Same dans un article intitulé « Ce que ne voient pas les détracteurs du libéralisme » et qui est loin de ne concerner que les citoyens ordinaires :

L’État est la voie par laquelle ceux qui ne peuvent pas obtenir ce qu’ils veulent par le consentement d’autrui peuvent l’obtenir grâce au pouvoir coercitif. C’est donc tout naturellement que les hommes d’affaires sans scrupule se pressent et se bousculent à la porte du Pouvoir pour solliciter l’État.

Macron, symbole du libéralisme honni ?

Et à cette aune, le malentendu est flagrant. Le Président Macron est présenté ici et là comme un apôtre du libéralisme. Alors même que, comme le relevait déjà Nathalie MP Meyer en février 2018 : « l’État reste central dans les décisions. La libéralisation n’a pas eu lieu, ou si peu. »

Idée qui n’a cessé de se vérifier depuis, prélèvements obligatoires et nouvelles dépenses publiques aidant, pour ne représenter qu’un « libéralisme de façade ». N’en déplaise à ce lecteur fidèle de Contrepoints, portant le pseudo Stupidités libertariennes, que je salue au passage, et qui sera très certainement flatté que l’on parle de lui et à qui je vais permettre de passer un nouveau bon moment…

Les peuples, aujourd’hui, ne se révoltent plus seulement contre les dictatures. De plus en plus, ils se révoltent aussi – ou renversent par les élections – des gouvernements dont ils ont le sentiment qu’ils ne les représentent plus vraiment tout à fait. Sans doute la prétention (affichée) des gouvernants à faire leur bonheur n’est-elle pas tout à fait à la mesure de leurs attentes, qui restent sans doute d’ailleurs en grande partie bien floues.

Et si ce à quoi ils aspiraient n’était pas tout simplement… plus de liberté ?

 

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