Pourquoi le cataclysme du Covid-19 n’a aucun rapport avec le libéralisme

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En ces temps qui devraient laisser place à un peu plus d’humilité, certains semblent s’engouffrer une fois de plus dans leur idéologie pour poursuivre leurs fantasmes habituels.

Par Johan Rivalland.

En lisant un article intéressant de Claude Robert, et la référence qu’il y fait à un article du philosophe Jean-Claude Monod, ma détermination n’a fait qu’un bond. Il était temps que je mette fin à ma torpeur, suspende quelques heures mon travail, et reprenne enfin mon clavier, laissé trop longtemps de côté.

La situation actuelle est absolument effrayante, amène à se poser de très nombreuses questions, et sonne l’entrée dans un autre monde. Pour autant, on ne peut continuer à se réfugier dans des analyses fausses et trompeuses. Il faut raison garder et regarder la réalité en face. Sans reprendre des schémas tout faits et surannés.

Quinzième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Les origines de la crise

Car n’oublions pas les origines de cette crise. Quoi qu’on en dise, il ne faut surtout pas oublier que c’est bien parce qu’un État totalitaire, anti-libéral donc par nature, a tenté d’étouffer ceux qui alertaient de la menace à venir, que le virus s’est propagé en toute impunité, sans contrôle.

Ensuite, certainement avions-nous tort de nous croire relativement invincibles, plus forts que la nature, à l’abri de tous les grands dangers qui font partie de notre condition, sous-estimant la fragilité de nos civilisations et de nos libertés. Alors qu’elles ne sont jamais allées de soi et que leur vulnérabilité est permanente. On ne le voit que trop à présent, de manière tristement éclatante. Et rechercher la responsabilité de l’imprévoyance que nous subissons et déplorons dans des conceptions théoriques abstraites et fantaisistes n’avance à rien. Parler de « faillite du néolibéralisme » pour mettre en question l’impréparation de l’État français face à cette crise d’ampleur est complètement décalé et déplacé.

La France, un État libéral ?

Car comment peut-on sans rire imaginer un seul instant qu’un État comme la France, endetté (avant le Covid-19) à près de 100 % du PIB, des dépenses publiques à un niveau d’environ 56 % de ce même PIB, ou encore des prélèvements obligatoires parmi les plus élevés du monde à 45 % du PIB, sans oublier ce fameux système de santé publique « que le monde entier nous envie », soit un État libéral ? Faillite du « néolibéralisme », dites-vous ? Soyons sérieux !

Arrêtons avec ces analyses bassement politiciennes, les fantasmes sur le Grand Méchant Marché et autres « souci des plus vulnérables ». Quel libéral digne de ce nom n’aurait pas le souci des plus vulnérables, contrairement à toutes les bêtises qu’on peut lire à ce sujet ? Car, rappelons-le, le libéralisme se soucie bien justement des individus, de chaque individu, par opposition aux esprits de système, dont certains sont marqués plus que d’autres par le collectivisme et la primauté absolue du groupe sur l’individu. Le libéralisme est le contraire de la sauvagerie. Lorsque je vois l’ignominie qui s’empare de plus en plus des réseaux sociaux en ces temps troublés et les propos indécents auxquels l’époque semble laisser libre-court au-delà de toute raison dans certaines réactions à des événements qui devraient laisser place à la pudeur et à la retenue, cela ne s’appelle pas le libéralisme ou la libre-expression. Cela s’appelle la bêtise humaine. Et elle est largement partagée. Nul besoin d’y accoler des étiquettes.

« La rationalité néolibérale »

Jean-Claude Monod, dans son article, oppose le « socialisme de guerre » qu’impose selon lui  la situation actuelle à « la rationalité néolibérale ». Si la remise en cause momentanée de cette dernière implique, comme il l’écrit, « fermeture des commerces, des restaurants, des lieux de culture, restriction drastique du droit de se rassembler, d’aller et venir librement », alors on se demande en quoi le « néolibéralisme » serait si condamnable. Si ce philosophe voit en le libéralisme (ou « néolibéralisme » si cela lui fait plaisir, puisque cela sonne plus monstrueux) la liberté de se rassembler, de se déplacer, de commercer, de se rendre dans des lieux de culture, alors… vive le libéralisme !

Plus sérieusement, lorsqu’il évoque « l’extension néolibérale de la logique du marché aux services de l’État » (toujours cette obsession du vocabulaire), pour mettre en cause les restrictions faites dans les hôpitaux sous les derniers gouvernements qui se sont succédé, qui auraient cédé aux impératifs de rentabilité (la méchante « rentabilité », que beaucoup seraient en peine de définir, surtout ici), s’agit-il d’une plaisanterie ? De ces gouvernements successifs, aucun n’était composé du moindre ministre un tant soit peu libéral, si je ne m’abuse. Mais bien sûr certains, que cela fera certainement sourire si d’aventure ils traînent par ici, ont une telle idée de ce qu’est être libéral que l’on nage en plein quiproquo. Je les laisse à leurs illusions et à leurs fantasmes malsains.

La méconnaissance totale de ce qu’est le libéralisme conduit même Jean-Claude Monod, sans le moindre sens de la mesure, à qualifier Emmanuel Macron d’« adepte quasi fanatique du néolibéralisme ». Et à verser dans les caricatures les plus ridicules sur les « politiques favorables aux plus favorisés » et autre lubies habituelles sur les « habitants des beaux quartiers » (dont on peut d’ailleurs imaginer qu’il fasse peut-être partie, mais je n’en sais rien). Je vous laisse apprécier… Parfois, les idées les plus farfelues ont la vie dure. Et si on lit la suite, on continue d’avoir ce déversement de récriminations à l’encontre de tout ce naufrage de l’hôpital public, qui serait bien sûr dû… à un libéralisme qui a bon dos.

Mais pour mesurer la portée philosophique de l’article en question, qui ne fait qu’être dans le ton habituel du haut niveau intellectuel qui règne habituellement en France depuis si longtemps, la suite est un charabia auquel chacun n’y verra que ce qu’il veut voir. Du type « … un rejet de la soumission de l’action gouvernementale aux volontés antirégulation et antiécologistes du big business, résolument réorienté vers la défense des moins favorisés, et qui n’hésiterait pas à taxer vigoureusement les grandes fortunes et les revenus du capital pour financer un Green New Deal ? ». À vos souhaits.

Le principe de subsidiarité

À ces visions fausses, stéréotypées, ou délirantes, au choix, je préfère la référence que Claude Robert fait au principe de subsidiarité, auquel j’adhère pleinement.

Oui, la France est plutôt malade de l’étatisme. Et lorsque j’observe ces pays autour de nous qui se sont montrés plus prévoyants, mieux organisés, plus fourmis que cigales (quitte à se faire traiter en permanence de sales égoïstes), et plus aptes à tenter de faire face à ce cataclysme, je ne puis que rester songeur… Cherchez l’erreur. Les grilles de lecture de nos chers grands « intellectuels » français ont tout de même quelque chose d’assez pathétique. C’est pourquoi je préfère (la notion floue « d’intérêt général » en moins), un retour au sens des réalités et au rétablissement des vérités :

Il existe certes beaucoup d’acceptions du terme libéral, mais jamais un libéral  classique ne s’opposera à la lutte contre un risque systémique sous couvert d’interdire à l’État de réaliser ses tâches typiquement régaliennes ! Fidèle au principe de subsidiarité prôné par le libéralisme économique, l’État est censé reprendre les commandes lorsqu’il en va de l’intérêt général et qu’il n’y a plus aucune solution spontanée au niveau des agents économiques eux-mêmes.

Car, comme le dit ici bien clairement Claude Robert, le libéralisme n’implique pas que l’on soit complètement buté et forcément rétif à toute intervention de l’État dans des situations exceptionnelles (reste cependant ensuite à déterminer de quelle manière…). Le problème est bien plutôt qu’à avoir usé et abusé des recours tentaculaires aux mamelles de l’État et servi les très nombreux profiteurs du capitalisme de connivence, l’État dispose de marges de manœuvre bien érosives. On revient une nouvelle fois à la fable de la cigale et la fourmi.

La faillite de l’État-providence

En conclusion, plutôt que de s’en prendre à l’habituel épouvantail libéral, certains feraient bien de s’interroger plutôt sur la faillite de l’État-providence. À quoi assistons-nous ? Au manque de prévoyance et d’anticipation aux plus hauts niveaux de l’État, à la désorganisation, à l’impréparation, au manque de réactivité, aux obstacles bureaucratiques, aux lourdeurs administratives, aux mauvais choix passés. Et je ne jette la pierre à personne. C’est bien un système qui est en cause. Je ne prétends pas qu’untel ou untel serait coupable. C’est davantage d’impéritie dont il est question. Et la faute est certainement collective. De là à incriminer un peu facilement le libéralisme, il ne faut pas pousser.

Gageons, hélas, que la parade sera malheureusement cherchée toujours plus avant du côté de l’État. On le perçoit d’ores et déjà assez clairement, et pas qu’en France. Mais s’agira-t-il toujours de la servitude volontaire et de l’État-nounou cher à tous ceux qui en attendent tant, ou plutôt d’États autoritaires qui nous feront bien regretter ce temps où on pouvait encore aspirer à la liberté ?

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