Le libéralisme est difficilement compatible avec la recherche du pouvoir

Hand reaching for cheese in a mousetrap By: Marco Verch - CC BY 2.0

Les libéraux – et plus largement l’immense majorité des individus – sont-ils condamnés à subir le politique et les effets nocifs de la chasse aux voix ? Un dilemme permanent et bien problématique.

Par Johan Rivalland.

On le voit depuis toujours – et cela ne s’est pas amélioré avec le temps, bien au contraire – la recherche du pouvoir va avec promesses électorales, et promesses électorales va avec démagogie, perversion, surenchère dans les « bonnes intentions », le mensonge, l’arbitraire et les dépenses publiques, les égarements. Et au bout du compte la déception, la déchéance, la régression, voire la faillite de tout un système. Ce que l’on peut appeler, avec Olivier Babeau, l’horreur politique.

Vingt et unième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Restreindre l’étendue du pouvoir

Nous avons déjà décrit ici comment le libéralisme – appelé commodément « néolibéralisme » pour l’occasion – sert de bouc émissaire parfait pour chercher à expliquer tous les malheurs du monde. Le grand méchant libéralisme serait ce qui domine le monde et écrase de son influence la vie des gens. Au mépris de ce qui est, puisque dans le cas français par exemple, on connaît le poids dominant de l’intervention publique, des dépenses publiques, de la redistribution, des prélèvements obligatoires à des niveaux record, ou encore de l’endettement qui en découle.

Le pouvoir lui-même serait dominé, influencé, mu, par les forces maléfiques du libéralisme. Au-delà de toute raison, puisque nous avons eu l’occasion à travers cette série de montrer en quoi tout ceci est complètement faux et le fruit des idées reçues.

Tout à l’inverse, les libéraux se méfient depuis longtemps de la politique et en désespèrent depuis bien plus longtemps que ce n’est le cas des électeurs, qui fuient à présent de plus en plus les urnes, par une forme de désintérêt et de méfiance liés à l’amertume et la perte de confiance en la parole et en l’action des politiques.

Lord Acton écrivait dans son ouvrage éponyme :

Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument.

Il entendait ainsi montrer comment, par ses interventions excessives, non seulement le pouvoir politique éloigne les individus du sens de leurs responsabilités, mais il attise l’intérêt puis a tendance à pervertir ceux qui, de fait, ne sont pas toujours au départ (mais surtout à l’arrivée) les meilleurs. Jusqu’à aboutir, comme nous ne le voyons que trop tous les jours, à ce que les politiques s’arrogent des prérogatives chaque jour plus larges et débordant sur nos vies.

La question de la démocratie

Les rapports ambivalents entre libéralisme et démocratie est une question qui se pose depuis longtemps. Face à la méfiance très ancienne à l’égard du politique, qui se justifie par le réel sens que l’on peut encore donner à la politique, après que l’on eût constaté jusqu’où celle-ci a une propension élevée à conduire vers ce que Tocqueville décrivait déjà comme le despotisme démocratique, il convient de se demander comment parvenir à convaincre et à agir sans pour autant participer à ce système dévoyé et relativement incompatible avec l’esprit libéral.

Dévoyé à tel point que plus nos comptes publics, nos libertés, notre état de santé social et économique, ou notre moral, vont mal, plus les Français semblent demandeurs d’intervention, ne percevant plus leurs propres contradictions, tant ils sont biberonnés à la mamelle de l’Etat.

Ce qui amène les libéraux à ne rien attendre de la politique et à ne voir en la démocratie qu’un système qui devrait être au service du respect des libertés, plutôt que l’inverse. Non une illusion qui a trop tendance à s’assimiler parfois à une sorte de religion.

Faut-il continuer de subir ?

Du point de vue des libéraux, le pouvoir devrait avoir pour mission essentielle de faire respecter le Droit. Entendu comme le droit naturel, axé sur les droits fondamentaux des individus et leur dignité.

Loin de s’assimiler à l’anarchie, ils défendent l’idée de l’État minimal ou essentiellement régalien, en tentant de montrer les méfaits des interventions publiques, en particulier dans leurs excès, dénonçant l’État de connivence, qui gangrène tout et conduit à des haines et rancœurs injustifiées à l’égard notamment du capitalisme. Plutôt que d’attendre tout de l’Etat centralisateur, comme c’est trop souvent le cas dans notre triste tradition française, ils sont partisans au contraire du principe de subsidiarité, qui consiste à faire confiance avant tout à l’initiative privée et à ne s’en remettre qu’en dernier ressort à un échelon supérieur (qui sera de préférence le plus local possible)  lorsqu’il s’agit de tenter de gérer des problèmes relativement insolubles à l’échelle de l’initiative privée.

Plutôt que de défendre un idéal collectiviste, cherchant par trop à régir nos vies, les libéraux se montrent donc davantage partisans d’agir ailleurs qu’en politique. Au sein de la société civile, dans le monde des idées, le monde associatif, etc.

Mais la question qui demeure est : peuvent-ils continuer de fuir la politique ? Plutôt que de continuer à subir chaque jour un peu plus, ne devraient-ils pas, au contraire, avoir un rôle au moins figuratif (du moins dans un premier temps), peser dans les idées et sur les autres partis en dénonçant justement toutes ces perversions, en en expliquant les mécanismes, en s’en distinguant clairement, en redonnant de l’espoir, sans la moindre compromission, en montrant que quelque chose d’autre existe, en faisant preuve de pédagogie (à commencer par présenter le libéralisme pour ce qu’il est, et non ce qu’on en dit), en cherchant à convaincre, en cherchant à faire évoluer peu à peu les mentalités, même s’il faudra bien sûr énormément de temps et de patience ? La question mérite une nouvelle fois d’être posée.

Et plus concrètement ?

Cela ne serait possible, par contre, qu’à plusieurs conditions :

– un positionnement clair, qui se distingue très nettement non seulement des autres partis, mais affiche la différence avec la politique au sens traditionnel,

– un candidat non issu des partis politiques actuels, cependant bon communiquant et à la fois ferme et clair sur les idées (qui ait donc une très bonne connaissance du libéralisme),

– un candidat qui ne cherche pas à se faire élire et affiche une sincérité, mais aussi une crédibilité dans les propositions, expliquant bien en quoi il n’est pas là pour promettre ce qui fait plaisir à entendre,

– Des propositions dont l’esprit doit être perçu comme positif et non comme une forme quelconque d’austérité,

– La définition d’un Projet qui sort du champ politique habituel et demeure ferme sur les principes,

– Une autre difficulté serait le financement de la campagne, mais il s’agit là d’une contrainte habituelle.

En conclusion, le but ne serait pas, je le répète, la recherche de la conquête du pouvoir, dont nous avons bien essayé de montrer qu’elle est difficilement compatible avec l’esprit libéral. Mais plutôt de tenter d’infléchir les idées ou propositions d’autres partis ou de politiques qui pèchent parfois sans doute par ignorance, en montrant qu’il existe autre chose, d’autres manières de voir ou de raisonner. Et essayer ainsi de réenchanter un peu une vie politique dont les électeurs désespèrent presque totalement (et que l’abstention ne suffira pas à bouleverser).

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