Le libéralisme défend les individus, non des élites

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L’excès de taxation mène à la désespérance. Un message que les libéraux ont toujours promu. Il est temps de revoir le modèle sur lequel notre société repose depuis trop longtemps.

Par Johan Rivalland.

Notre société n’en peut plus. Après plusieurs décennies de surenchère en matière d’interventionnisme, qui se paye par une taxation et un endettement (donc des impôts futurs) de plus en plus colossaux, le peuple réagit.

De manière parfois confuse, mais en réponse à une accumulation de souffrances qui résultent pour une bonne part de l’horreur politique et de la prétention de certaines élites à constamment tenter de régenter la vie des autres. Une impasse, mais aussi un leurre dont on n’a pas fini de mesurer les dégâts. Là où le libéralisme a, au contraire, toujours fait appel à l’esprit de responsabilité et d’initiative des individus. Ce qui ne signifie pas non plus l’abandon des plus fragiles d’entre eux.

Neuvième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Un État nounou surendetté

Les gouvernements qui se sont succédé depuis plusieurs décennies ont prétendu régenter nos vies presque jusqu’au moindre détail. Jusqu’à l’infantilisation.

Non seulement cela coûte cher : nous sommes le pays recordman du monde des prélèvements obligatoires, avec 47,6 % du PIB, et une part des dépenses publiques de 55 % du PIB (la persistance de l’écart entre les deux expliquant un accroissement de la dette de la France, située autour des 97 % actuellement), mais en plus cela s’avère manifestement non efficace.

Voire cela se paye en chômage, puisque le taux officiel de chômage de la France se situe à 9,1 % de la population active au troisième trimestre 2018 (selon les normes du BIT), là où pas moins de dix de nos pays voisins européens sont au quasi plein-emploi à moins de 5 % (ce dont on a rarement conscience en France).

La responsabilité de nos politiques

Face à un tel constat, on ne peut que s’interroger sur le bien-fondé de notre système. Un système qui prétend vouloir venir en aide à chacun, mais qui, en jouant en permanence les apprentis-sorciers, finit par semer le désordre et les frustrations. Et, lorsque les politiques en place (ce gouvernement comme les précédents) semblent avoir pris conscience (dans les paroles) de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons, et donc de la nécessité de réduire la voilure (de l’État), c’est toujours pour nous expliquer que, devant l’urgence, nous ne pouvons agir immédiatement.

Les diminutions de dépenses publiques (dont on craint qu’elles aient un impact négatif sur l’activité) ou des impôts (dont nos politiques affirment avoir conscience qu’ils ont atteint un niveau qui n’est plus tenable), sont remises à plus tard. Et, en attendant, on joue le jeu (dangereux) des vases communicants. Ce que je donne à l’un, je le prends à l’autre. Et ainsi de suite.

Le problème est, qu’en attendant, on ne résout rien. On ne fait que mettre la poussière sous le tapis et savonner la planche du gouvernement suivant… jusqu’à ce que la bombe explose dans les mains de l’un d’entre eux (en référence à un jeu de société que connaissent nos enfants).

Or, il est un mécanisme élémentaire qu’il n’est pas besoin d’être libéral pour comprendre et qui montre à quel point nous marchons actuellement constamment sur la tête en France : la courbe de Laffer.

Je me demande toujours comment l’inculture économique de nos politiques (mais surtout de leurs conseillers) peut mener à une telle absurdité : les taux d’imposition ont atteint depuis longtemps des niveaux tellement dissuasifs qu’ils engendrent tout à la fois paralysie de l’activité, inefficacité, érosion aussi bien de la consommation que de l’investissement, mais de surcroît de moindres recettes fiscales (le tout étant lié). Comment ne pas le voir ? (Et ce n’est certainement pas, notons-le au passage, une restauration de l’impôt sur la fortune, et les fuites à l’étranger d’emplois qu’il induit certainement, qui vont résoudre le problème).

Diminuer sensiblement les impôts et, en parallèle les dépenses publiques, apparaît donc bien comme un préalable (et, comme beaucoup l’ont montré ici, il n’y a que l’embarras du choix — voir, par exemple, la remarque de Cavaignac ici à 12 h 08). À commencer par tout ce que l’État prétend faire et qui pourrait parfaitement être assuré par des entreprises privées, allégeant ainsi sensiblement ce qui pèse sur nos finances.

Un système clientéliste à bout de souffle

Alors, dans tout cela, et dans un contexte où plus que jamais les idées fausses pullulent, peut-on dire, comme on l’entend trop régulièrement de manière évidemment pas toujours innocente, que le libéralisme serait la cause de tout ? Et qu’il serait coupable de servir les élites ?

Hé bien pas du tout. C’est même tout l’inverse.

Nous ne sommes pas dans une société libérale. Loin s’en faut. Et nous n’avons pas du tout affaire à un président de la République libéral, très loin s’en faut également. Les éléments présentés plus haut en témoignent : taux de prélèvement record, interventionnisme à tous les étages, dépenses publiques à 55 % du PIB, immixtion de l’État dans tous les domaines de la vie. Que peut-on dire de plus ?

Quant à défendre des élites, le libéralisme a toujours été à des années-lumière d’une telle idée, qui ne relève que du fantasme de manipulateurs ou de gens ignorants de cette philosophie au service des individus quels qu’ils soient. Non des « puissants ». Il n’est même que justice que de rappeler que les libéraux s’opposent à toutes les formes de privilèges indus qui, la plupart du temps, ne relèvent que de l’interventionnisme pur et dur et du clientélisme bien compté.

Car de clientélisme il est bien question. Et c’est là l’une des pires causes de notre maladie. Notre État, notre société se meurent de cet État de connivence pourvoyeur de rentes de situation dont l’ampleur a atteint des niveaux tels que le « peuple » en a pris conscience et ressent une forte injustice, surtout lorsqu’il a le sentiment que les leçons viennent de ceux-là même qui en profitent.

C’est pourquoi une grande majorité des Français rejette non les élites, mais les élites auto-proclamées, ou plus précisément tous ceux dont ils perçoivent bien qu’ils vivent indûment des subsides de l’État, par un jeu de bons petits services rendus entre soi par ceux qui savent parfaitement bien comment manipuler le système. Tout l’inverse du libéralisme, qui promeut initiative individuelle et sens des responsabilités.

Le libéralisme au service des individus, y compris les plus fragiles

Car, en effet, jamais le libéralisme n’a eu pour esprit une société duale, où certaines élites vivraient confortablement, au mépris de tous les autres. Un grand fantasme absurde qui ne peut venir que d’une méconnaissance parfaite de ses fondements ou de la malveillance de ses ennemis.

Le libéralisme est, au contraire, au service des individus, de tous les individus. Et il entend veiller, justement, à ce qu’il n’y ait pas de laissés pour compte. Comme le montrait Friedrich Hayek dans La route de la servitude, qui contrôle l’activité économique (en parlant de l’État) contrôle toute la vie. Il mettait ainsi en garde l’Angleterre contre les risques totalitaires que contient en germe le socialisme et qui avait abouti notamment à la triste expérience Nazie en Allemagne auparavant (et à l’Union soviétique). Tyrannie contre laquelle mettait déjà en garde Alexis de Tocqueville, entre autres, à travers l’idée de despotisme démocratique présentée dans son ouvrage De la démocratie en Amérique.

S’opposant à la notion de « justice sociale », fausse dans ses principes, Hayek considérait que le marché est mieux à même de créer la richesse et d’accomplir la satisfaction des besoins de chacun que ne peuvent le faire le planisme et l’interventionnisme. C’est pourquoi il était favorable à l’octroi d’un minimum d’existence aux plus démunis, par solidarité, et non pour réparer une prétendue « injustice ». De manière à ce que chacun puisse avoir une existence digne.

Réformer l’État obèse

Si l’on veut en finir avec la déchéance dans laquelle nous sommes plongés, et restaurer la confiance des individus — en eux-mêmes, en la société dans laquelle ils vivent – il convient donc d’en finir avec l’excès de bureaucratie, la distribution de passe-droits, les promesses non crédibles, les subventions accordées par des politiques « comme si elles provenaient de leur poche », l’opacité, l’État partial, l’électoralisme, le clientélisme sous toutes ses formes, et tout ce qui mène à la servitude volontaire jusqu’à n’en plus pouvoir et à ce qu’on risque de déraper vers une révolution qui aboutit rarement à des résultats très concluants.

Toutes choses contre lesquelles les libéraux n’ont cessé de mettre en garde depuis si longtemps et pour lesquelles il aura fallu arriver au bord de l’explosion pour qu’on fasse mine de l’entendre. Mais avec quelles réponses ? Cela reste à voir…

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