Il y a 450 ans disparaissait La Boétie (Discours de la servitude volontaire)

La Boétie Discours

Il y a 457 ans disparaissait Etienne de La Boétie, auteur fameux du Discours de la servitude volontaire. Redécouvrez ce texte que tout honnête homme devrait connaître.

Où l’on voit que la liberté n’est pas la chose la mieux partagée au monde et que la route qui y mène est jalonnée de nombreux obstacles.

Par Johan Rivalland

Cet essai très courageux et perspicace est surprenant par la maturité absolument exceptionnelle et impressionnante de son auteur, qui n’avait que 18 ans lorsqu’il l’a écrit.  En des temps (le XVIème siècle) où la liberté de parole à l’égard du pouvoir n’était certainement pas celle d’aujourd’hui, voilà quelqu’un qui n’avait pas froid aux yeux et se permettait d’écrire sans complexe, avec un regard sur la société particulièrement avisé pour quelqu’un d’aussi jeune, bien plus que beaucoup de philosophes même présumés sages, qui ne sont parfois arrivés à des conclusions proches que bien plus tard au cours de leur vie et maturation, tel un Sénèque, dont Étienne de La Boétie rappelle d’ailleurs la mort cruelle qu’il connut, pour avoir eu le malheur de se mettre au service d’un tyran (Néron).

La servitude est, en effet, à ce prix ; celui de la privation de liberté, pour servir un tyran dont on ne tirera que sacrifice et ingratitude. Pas même un illusoire enrichissement matériel dont on n’aura pas le temps de jouir véritablement.  À cette aune, même les paysans malmenés par ces sujets asservis sont plus heureux et plus libres, affirme La Boétie. Et le jeune auteur de dénoncer la fascination suscitée par le tyran, l’obéissance qui lui est accordée, par pure bassesse, complaisance, ou flagornerie.  Une forme de fascination qui remonte, selon lui, à la naissance de l’État et aux artifices utilisés par le tyran pour s’attacher le peuple, qu’il s’agisse du pain et des jeux ou de la religion.

Le résultat est que le peuple s’asservit, se soumet, est aveugle à la liberté qui lui échappe, alors même qu’il s’agirait de s’entendre collectivement pour refuser cette obéissance aveugle à des ordres injustes. Même les animaux domestiques (chevaux, éléphants) n’obéissent qu’après avoir dû renoncer à leur liberté par la contrainte. Le problème vient de ce que les êtres humains ont perdu le sens de leur liberté, s’étant accoutumés à vivre au sein de la servitude, sans se rendre compte que le despotisme n’est jamais bien loin.

Étienne de La Boétie étudie ensuite les différentes formes de pouvoir et catégories de tyrans, pour tenter de mieux comprendre les mécanismes qui conduisent à une telle restriction de liberté. Dans le système en vigueur à l’époque (monarchie), par exemple, l’auteur montre le rôle que jouent les courtisans dans cet état de fait. Analyse transposable aussi à d’autres systèmes (La Boétie s’appuie beaucoup sur des exemples tirés de l’Antiquité, probablement aussi pour éviter la censure), y compris en démocratie, et c’est ce qui fait la qualité de cet essai au caractère quasi-universel, quatre siècles avant La route de la servitude.

Un sujet que l’on n’est pas près d’épuiser, la liberté n’étant toujours pas, et on le constate tous les jours, la chose la mieux partagée du monde…

— La Boétie, Discours de la servitude volontaire, Mille et une nuits / La petite collection, juillet 1997, 63 pages.