Macron : libéralisme de façade, poursuite de l’étatisation

Leviathan by Chris Tolworthy (CC BY 2.0) — Chris Tolworthy, CC-BY

Affirmer que la gauche française s’est convertie à l’ultralibéralisme, c’est méconnaître l’économie.

Par Claude Robert.

Beaucoup de Français se font leurrer par le discours politico-économique ambiant. Mais comment leur reprocher cela quand un Éric Zemmour et un Michel Onfray commettent à longueur d’antenne les mêmes confusions ? Comment en effet blâmer ces Français qui accusent Hollande et Macron d’être ultralibéraux alors que ces « intellectuels »1 en font de même ?

Zemmour et Onfray ne sont d’ailleurs pas les seuls à diffuser de telles méprises. Jean-François Kahn et Régis Debray, pour ne citer qu’eux, tiennent strictement le même discours. Dans son délire, ce quarteron de sophistes partage un solide point commun : celui d’affirmer que la gauche française s’est convertie à l’ultralibéralisme ! Ne partagent-t-ils pas aussi une splendide incompréhension de l’économie ?

Rien n’est plus efficace, pour mesurer la compétence d’une personne dans un domaine précis, que de lui poser des questions sur les définitions les plus courantes. C’est ainsi que procèdent les tests psychotechniques, en commençant par le niveau le plus basique de la connaissance : la compréhension du vocabulaire. Or que dire de ces soi-disant maîtres à penser qui ne font aucune différence entre « libéralisme économique », « capitalisme », « libre-échange » et « capitalisme d’État » ?

Certes, Kahn et Debray font moins le buzz. Ce sont à présent Zemmour et Onfray qui ont pris le relais. Mais ils nous abreuvent du même aveuglement. Un aveuglement idéologique tellement français, si ce n’est marxiste… Aussi est-il d’utilité publique de rectifier ces mythes que nos médias majoritairement de gauche diffusent sans même s’en rendre compte : non, Macron n’est pas libéral en économie.

Dans un pays dont l’État collecte et redistribue chaque année plus de 57,7 % de la création de richesse annuelle, record mondial parmi les pays non communistes, il est impossible de qualifier de libéral2 un président qui non seulement ne ramène pas ce pourcentage à des niveaux plus normaux, mais au contraire l’accroît par sa politique…

Quid de la suppression de l’ISF ?

Certes, pour beaucoup de Français, le fait d’avoir supprimé l’ISF (hors immobilier) est une mesure libérale. Or l’effet libératoire sur les happy few3 se révèle plus que détruit par l’accroissement de la fiscalité sur les autres citoyens, retraités compris, qui eux sont considérablement plus nombreux.

Au total, ainsi que le démontrent les chiffres officiels (INSEE, etc.), les prélèvements obligatoires continuent d’augmenter en France. L’État accentue donc son emprise sur l’économie du pays, ce qui est l’exact opposé du libéralisme économique.

Quid des privatisations ?

En privatisant plusieurs compagnies nationales, Macron passe aussi pour un ultra-libéral. Mais comment qualifier la cession des « bijoux de famille » que sont les Aéroports de Paris, Engie et la Française des jeux de libérale quand on sait que l’argent ainsi récolté par l’État lui évitera les réformes que sa taille, son coût et sa toxicité exigent depuis déjà si longtemps ?

Comme l’a indiqué le président, l’argent récolté ira d’une part à la diminution de sa dette, et alimentera d’autre part un « fonds pour l’industrie et l’innovation » (Libération 21/03/19). Quant au choix de ces trois entreprises, il semble d’autant plus suspect qu’il n’obéit à aucune logique industrielle.

Ainsi, ces privatisations sont des actions purement one shot. Elles n’ont pour principal objectif que de donner un confort instantané à un État qui croule sous les emprunts. Si celui-ci voulait véritablement redresser l’économie, il commencerait par la libérer du carcan fiscal et réglementaire qui l’étouffe au lieu de tenter de planifier une énième façon d’intervenir financièrement en soutien de l’innovation. Tout cela transpire bien évidemment le capitalisme d’État, ce capitalisme que pratiquent surtout les dictatures communistes, pour l’intérêt financier de la caste au pouvoir, rarement pour celui des citoyens.

Quid de la réforme du Code du travail ?

La baisse des indemnités prud’homales en cas de licenciement et le reste de la réforme engagée il y a deux ans par le gouvernement ne doivent pas non plus faire illusion : il s’agit d’une goutte d’eau dans un océan de contraintes administratives et fiscales qui font que les entreprises françaises sont en moyenne, depuis des années, moins rentables que leurs homologues européennes4.

Sans compter que les inégalités entre travailleurs du public et du privé sont maintenues telles quelles, au bénéfice bien évidemment des agents de l’État qui cotisent moins, gagnent plus à niveau de responsabilité égal, perçoivent une meilleure retraite pour, cerise sur le gâteau, une meilleure espérance de vie. La préférence pour l’administration, qui est l’apanage des régimes anti-libéraux5, au préjudice de l’équité entre individus, ne fait ici aucun doute.

Quid de la réforme de la SNCF ?

Il s’agit de l’un des plus gros échecs du président. Sorte de « canada dry », elle a le coût de la réforme (790 millions d’euros rien que pour les grèves) mais aucun des avantages ! Faut-il être naïf au point de croire que le simple fait de ne plus recruter des fonctionnaires va transformer un diplodocus ventripotent et ruineux en une jeune startup agile et capable d’affronter la concurrence européenne ?

Là aussi, le président s’est bien gardé de toucher à l’essentiel6 : les méthodes de management et l’organisation interne du monstre étatique. Un monstre capable de fermer la gare Montparnasse à cause d’un simple boitier électrique défectueux et de se mettre en grève quand bon lui chante. Comment penser que cette fausse réforme puisse être considérée comme libérale si elle ne profite à personne en dehors du confort des cheminots ?

À l’instar des médias et de notre classe politique très majoritairement socialistes, Onfray, Zemmour et bien d’autres sont dans la droite ligne de l’idéologie dominante. Ils participent à la duperie quotidienne du peuple, au mépris de la clairvoyance démocratique, cette clairvoyance qui exigerait depuis longtemps de mettre un frein à l’étatisation rampante de l’hexagone afin de remettre la classe politique au service d’un citoyen libre. Mais comment espérer un revirement libéral tant que les régimes socialistes au pouvoir ne sont même pas perçus comme tels ?

Sur le web

  1. Métier dont la tâche consiste pourtant à éclairer le peuple, mettre en perspective, rendre intelligent chacun d’entre nous…
  2. Libéral en économie.
  3. Ce sont vraiment les très riches, qui ne représentent qu’une petite partie de la population.
  4. Source la plus récente : Euler Hermes données 2018.
  5. Un régime étatique est aux antipodes d’un régime libéral : il privilégie l’État et ses agents par rapport aux travailleurs du privé.
  6. L’essentiel n’est certainement pas une affaire de statut du personnel.
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