Pourquoi libéralisme ne signifie pas austérité

statue-de-la-liberté (image libre de droits)

Si liberté ne signifie pas légèreté ou inconséquence et que le libéralisme requiert le respect de certains principes, il n’en est pas pour autant assimilable à l’austérité.

Par Johan Rivalland.

Il est fréquent de croire que le libéralisme s’assimile aux politiques d’austérité. C’est se méprendre à la fois sur le champ que couvre cette philosophie, nullement restreinte à l’économique, mais c’est – même sur le plan économique – en avoir une vision bien terne et restrictive, pour ne pas dire peu enthousiasmante qui ne correspond pas à son esprit.

Vingtième-troisième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Le libéralisme n’est pas qu’économique

Nous l’avons évoqué à de multiples reprises, le libéralisme est une philosophie de l’Homme qui laisse une large part à sa propre détermination, tant qu’il respecte une certaine éthique (le préservant d’une autre assimilation – dont on peut s’amuser de relever qu’elle est à l’opposé – celle de laxisme).

Il est loin de se réduire au champ de l’économique, même s’il s’agit d’un axe majeur dans la mesure où l’économie peut contribuer fortement à notre confort et à notre bien-être à la fois matériel (mais sans qu’on puisse l’y assimiler non plus) et vital, par les progrès indéniables que cela permet.

Lorsqu’on pense à libéralisme, on devrait penser libertés fondamentales (d’expression, de conscience, de se déplacer, d’échanger, etc.), mais aussi rapports de confiance, échanges mutuels, harmonie, dignité.

Mais respecter un esprit libéral, c’est aussi faire appel au sens des responsabilités de chacun, c’est respecter les autres, l’état de droit, la propriété, les contrats. Il ne s’agit donc pas de faire tout ce qu’on veut, n’importe quand et n’importe comment. Il s’agit bien d’une philosophie du droit et de la responsabilité qui doit veiller à nous prémunir contre toutes les formes de servitude ou de despotisme.

Austérité ? Rigueur ?

Trop souvent, le libéralisme est assimilé à l’austérité, en ce sens qu’il serait le contraire du keynésianisme ou du socialisme, qui ont la prétention de toujours se montrer « généreux » (avec l’argent des autres). Par contraste, lorsqu’il est question de mieux gérer les deniers publics (ce qui n’est pas réservé au seul libéralisme), en se montrant tout simplement plus rigoureux, aussitôt vous voilà taxé de promouvoir l’austérité. Ce qui n’est pas très populaire et peu vendeur a priori dans le cadre d’une élection, du moins en France où nous sommes habitués à penser État, vivre État, attendre de l’État, dépendre en de très nombreux domaines de l’État.

De fait, austérité est un mot qui ne signifie pas grand-chose et derrière lequel on trouve beaucoup de vacuité ou de faux-semblants. Chercher à diminuer (un tout petit peu) les déficits est déjà considéré, en France, comme de l’austérité (même si on ne diminue pas véritablement les dépenses). À partir de là, nous avons affaire à un débat vicié.

Il est par ailleurs habituel d’appeler à ne pas confondre rigueur et austérité. Il est vrai que l’on peut se reconnaître en le premier, qui consiste tout simplement à faire preuve de sérieux, de rigueur, dans la saine gestion (de son patrimoine, de celui des organismes publics ou privés, des entreprises, de l’État), ce qui n’a rien de négatif, de rabat-joie, de morose, sans que l’on se reconnaisse en le second.

L’austérité laisse plus l’idée de conséquence d’une mauvaise gestion, dont on prendrait le contre-pli, afin de remédier à une situation fortement dégradée. À cette aune, dans la plupart des pays les gouvernements de droite excédés à la longue par ce jeu de dupes traditionnel qui consiste à tenter de réparer une partie des pots cassés par les politiques laxistes ou de relance des gouvernements de gauche, en ayant recours à des politiques (même timides) qualifiées de « rigueur » peu attrayantes en termes de réélection (avant que le gouvernement de gauche suivant ne mette à mal les bénéfices éventuels – mais pas toujours effectifs – de cette rigueur ou austérité), en ont été réduits la plupart du temps – et depuis bien longtemps – à pratiquer eux aussi allègrement l’art de la dépense. Sous l’apparence d’un peu plus de sérieux et de rigueur.

Le libéralisme n’est pas assimilable à l’austérité

Assimiler libéralisme et austérité n’est donc ni très réjouissant, ni conforme à l’esprit libéral. Voici pourquoi.

Nous avons insisté sur l’idée que le libéralisme ne peut être réduit à la question économique. Il s’agit davantage d’un état d’esprit qui passe concrètement par des désengagements de l’État dans de nombreux domaines où on peut estimer qu’il intervient à outrance, sans que cela soit forcément bien légitime, ou de sorte que cela puisse être débattu et reconsidéré.

Dès lors, assimiler libéralisme et austérité n’a pas lieu d’être. Il s’agit d’une erreur fondamentale. La perspective du libéralisme est bien plus réjouissante. Elle offre la possibilité de rendre les individus plus libres, moins contraints ou dépendants de l’État dans énormément de domaines où l’on pourrait parfaitement s’en passer sans y perdre, bien au contraire (d’où le fameux principe de subsidiarité, cher aux libéraux). Je ne développerai pas en détail tout ce à quoi on peut penser (je ne suis pas candidat à une élection). Vous en trouvez chaque jour des démonstrations bien concrètes sur Contrepoints, à travers de très nombreuses analyses détaillées, et sources de discussions, sur de très nombreux sujets.

Mais ce que l’on retient est que désengager l’État – ne serait-ce que dans quelques-uns de ces domaines (et même des politiques ne se réclamant pas du libéralisme le font parfois) – revient à pratiquer une plus saine gestion des deniers de l’État en faisant tout simplement autrement. Ce qui coûte moins cher et est très généralement mieux géré, et le tout sans aucune austérité, bien au contraire, en libérant des énergies, des individus, des moyens financiers (moins de dépenses folles et de déficits publics), sans douleur ; et au plus grand bénéfice du plus grand nombre.

Il doit en résulter une plus grande place accordée à l’autonomie, la responsabilité, la liberté de vivre, de contracter, de vivre en harmonie sans que l’État ou les pouvoirs publics se mêlent de tout. Et sans pour autant léser les plus fragiles, contrairement à une autre idée reçue. On est bien loin de la présumée austérité…

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