Santé : non, il n’y a jamais eu d’austérité en France !

Administration-School office by Ken Shelton (CC BY-NC-ND 2.0) — Ken Shelton,

Non, il n’y a pas d’austérité en France, M. Montebourg, il y a le problème de l’État obèse et impuissant, bureaucratisé, réglementé.

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Depuis plus d’un mois, le nombre d’experts augmente encore plus vite que le nombre de décès causés par le coronavirus. Il y a des spécialistes en épidémies et autres infections de tous bords, ceux qui veulent généraliser le traitement du professeur Raoult et ceux qui mettent en doute son efficacité.

Il y a le président Macron qui n’a pas respecté le confinement pour rendre visite au docteur Raoult à Marseille. A-t-il été impressionné par la popularité croissante de ce médecin qui donne espoir aux Français ?

Il y aussi Bernard Tapie, neuf fois condamné au pénal, qui s’est prononcé sur une chaîne d’info sur les traitements contre le virus.

Mais le nombre d’experts en économie et politiques publiques est encore plus impressionnant.

On ne cite plus les inévitables Attali, Védrine ou Chevènement, toujours prêts à dégainer leur science de l’interventionnisme. Une mention à part pour Christine Ockrent qui s’en prend, dans sa chronique de L’Express du 9 avril au Brexit et au système de santé britannique (NHS) qui aurait été « saigné à blanc » par le Premier ministre conservateur David Cameron.

Une rapide vérification des chiffres et Mme Ockrent aurait pu constater que le NHS est un gouffre financier avec un budget qui ne cesse d’augmenter tous les ans, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous. Le problème du NHS, c’est l’étatisation du système et sa bureaucratisation.

La palme d’or des experts revient, du moins jusqu’à aujourd’hui, à l’ancien ministre Arnaud Montebourg qui nous explique doctement, dans une longue interview accordée au journal Libération du mercredi 8 avril, que « l’austérité se paye aujourd’hui en morts, dans nos hôpitaux ».

Dans le dictionnaire Larousse, on apprend que le mot austérité provient du latin austeritas (âpreté) et qu’il signifie « sévérité, rigorisme ». Où M. Montebourg a-t-il pu voir ne serait-ce que la moindre rigueur dans nos dépenses sociales ? Comme Mme Ockrent, il ne s’est pas donné la peine de vérifier les chiffres alors qu’un simple collégien, un tant soit peu averti, sait que la France est championne du monde des dépenses publiques : 53,8 % en 2019 ; des dépenses sociales : 32 % du PIB et des prélèvements obligatoires : 46,09 % en 2018.

En ce qui concerne la santé, M. Montebourg aurait pu lire les données récentes (novembre 2019) fournies par la Commission européenne et l’OCDE, qui montrent que la France (avec l’Allemagne) est le pays qui dépense le plus (11,3 %) dans ce domaine ! De 10,3 % du PIB en 2007, le budget est passé à 11,3 % en 2017, soit un pourcentage largement supérieur à la moyenne de l’UE (9,8 %).

Contrairement à ce qu’on a pu entendre de la part de nombreux experts, comme M. Montebourg, le plus grand poste des dépenses de santé correspond bien aux soins hospitaliers, 32 %, plus que la moyenne de l’UE (29 %). Plus encore, la France ne manque pas d’infirmiers. Leur nombre est passé de 7,6 pour 1000 habitants en 2007 à 10,5 en 2017, ce qui est au-dessus de la moyenne de l’UE (8,5 pour 1000 habitants).


Non, il n’y a pas d’austérité en France, M. Montebourg, il y a le problème de l’État obèse et impuissant, bureaucratisé, réglementé et aussi celui des 35 heures à l’hôpital. La réforme et la privatisation de nombreux hôpitaux en Allemagne ont permis d’y gérer la crise bien mieux qu’en France.

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