Libéraux : quels combats mener en 2021 ? 

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Les libéraux savent que le progrès de la liberté exige un engagement personnel. En 2021 les libéraux doivent s’engager.

Par Jacques Garello.

Question saugrenue, mais peut-être intelligente. J’ose donc la poser, puisque je fais profession (mal rémunérée) de libéralisme depuis soixante ans.

Des incertitudes majeures

La question est saugrenue, car cette nouvelle année s’ouvre et se déroulera dans un monde d’incertitudes majeures.

Incertitudes mondiales

Que sera la politique américaine, les Chinois iront-ils encore plus loin dans leur ambition hégémonique, l’islamisme radical progressera-t-il ? Quid de Poutine et Erdogan, l’Union européenne va-t-elle éclater, l’euro survivra-t-il à mesdames Lagarde et von der Leyen ?

Incertitudes nationales

Combien de chômeurs, combien de faillites, combien de semaines et de mois de confinement, de couvre-feux, de vaccinations, combien d’attentats, de violences urbaines incontrôlées ?

Quelles réformes : retraites, emplois, environnement, famille, éthique ?

Je crains surtout que 2021 soit, tout comme les années précédentes, celle de la « communication » : à chaque semaine, à chaque évènement, un tintamarre médiatique, gouvernemental et élyséen qui amène les Français à oublier l’essentiel pour s’intéresser à l’accessoire soigneusement exploité. Un discours sur la santé, un autre sur l’attentat de la semaine, un troisième sur l’Europe, un autre encore sur l’écologie, un referendum, des élections régionales et départementales (maintenues, retardées ?)…

La désinformation va user les esprits citoyens et solidaires : qui pourra savoir où l’on en est, où l’on va, jusqu’à quand ça va durer, etc. ?

Rupture avec le système ?

Voici, à mon sens, pourquoi toutes ces incertitudes peuvent rendre ma question intelligente.

Tout d’abord parce que la nature humaine a horreur du vide. Or, le vide politique est abyssal. Une masse croissante de Français ne fait plus confiance ni à la politique, ni aux politiciens, ni même à l’État.

Cela s’était déjà traduit par l’abstention en 2017. Cela se confirme dans les sondages les plus récents : « on n’y croit plus ». Macron : un coup à droite, un coup à gauche, finalement c’est un coup pour rien. Tant mieux, ce n’était pas un coup, c’était une promesse avortée, c’était mensonge et propagande.

Ensuite, une bonne moitié de Français en a assez d’être prise pour des gamins irresponsables par des gouvernants irresponsables mais qui se veulent protecteurs et géniaux.

Enfin l’idée de rupture avec le système a fait son chemin. Un chemin qui n’est bien souvent qu’une impasse : un monde nouveau, avec des hommes nouveaux, en rupture avec la mondialisation, avec la consommation, avec l’exploitation. Ce pseudo-progressisme n’est que répétition de ce qui se dit et se pense aux deux extrêmes de l’échiquier politique, et n’est que reprise de ce que la France vit depuis des décennies : un pouvoir souverain, jacobin, devenu planificateur, spoliateur et finalement totalitaire.

Irions-nous prolonger pour quelques années encore « l’exception française » ? Les pseudo-progressistes, il est vrai, font le jeu de ceux qui ne veulent rien changer, qui veulent conserver leur pouvoir, leurs privilèges, leurs subventions, leurs rentes, ils vivent de l’État ou pour l’État et s’insurgent contre le « néo-libéralisme » qui serait cause de toute la crise ; ce qui est évidemment faux dans un pays qui détient le double record des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires.

La vraie rupture serait en fait la libération des Français, de ceux qui voudraient travailler, épargner, entreprendre mais en sont empêchés parce qu’ils subissent le matraquage fiscal, social, réglementaire, voire l’opprobre de la réussite et du profit. Beaucoup d’entre eux préfèrent se croiser les bras – les week-ends s’allongent.

Par contraste, ceux qui ont compris que l’on peut bien vivre sans rien faire, avec l’argent des autres, n’ont aucune raison de se fatiguer.

Sans rupture avec ce système, il n’y a aucune raison pour que la France soit en 2021 un pays en croissance, compétitif et estimé.

Les libéraux sur le chemin de la liberté

La seule réponse à la route de la servitude est le chemin de la liberté. Les libéraux ont aujourd’hui plus que jamais l’occasion de montrer le chemin. Ce n’est pas facile, mais nous y parviendrons plus vite qu’on ne le croit.

Ce n’est pas facile, puisque nous n’avons pas accès au débat public. La pensée unique régit le pays, diffusée par les journalistes, la classe politique et la plupart des intellectuels. À la différence d’Emmanuel Macron en 2017, les libéraux n’ont pas le soutien de puissants financiers apatrides.

Mais nous avons deux atouts considérables : d’une part la qualité de nos idées et la foi de nos convictions, d’autre part un ferme engagement et un profond enracinement dans le pays réel.

Il est inutile, je pense, d’insister sur le premier atout : la liberté a fait ses preuves, toujours et partout, car elle correspond à la nature de l’être humain, elle respecte la diversité et la personnalité de chaque individu, elle lui reconnaît la propriété des services qu’il rend à la communauté entière.

Certes, le libéralisme est caricaturé dans notre pays qui n’a guère été libéral depuis des siècles, et qui n’a guère connu qu’étatisme et collectivisme, mais nous avons les arguments suffisants pour rétablir la vérité sur la liberté.

Reste précisément à user en 2021 de notre deuxième atout : mieux utiliser notre engagement et notre enracinement. Ainsi la question devient-elle intelligente et pertinente : que doivent faire les libéraux en 2021 ?

Nous devons d’abord éviter de nous contenter de la critique légitime des décisions prises par un pouvoir qui a l’art de la communication et nous amènera sur le terrain qu’il aura choisi ; à chaque semaine, à chaque mois, son changement de pied.

Nous devons également éviter la dispersion, voire la division, de nos efforts. À cet effet la mise en place d’une Confédération des libéraux sera déterminante. Le principe de cette confédération, qui laisse évidemment aux confédérés leur pleine identité et leur droit de sécession, a déjà été accepté par plusieurs instituts, associations, think-tanks.

La Confédération s’est constituée autour d’une plateforme libérale, rédigée dans un document « Réformer pour Libérer » publié en mai dernier. Les Français doivent savoir ce qu’est réellement une rupture et quels bienfaits ils peuvent en attendre.

Ainsi réunis autour d’une plateforme issue de la société civile les libéraux accréditent l’existence d’un courant libéral que ni les candidats ni les partis actuels ne pourront ignorer dans les prochains mois. Cette existence pourra se concrétiser à travers des colloques et réunions publiques, mais aussi par des rencontres privées avec des personnalités du monde économique, politique, médiatique.

Attachés au principe de subsidiarité les libéraux ne peuvent se cantonner dans des démarches centralisées et élitistes. C’est vers l’ensemble de la population, dans sa diversité territoriale, professionnelle, culturelle, qu’il faut aller. Des forums des libertés, fruits d’initiatives locales, devront être l’occasion de diffuser les idées de liberté à la base de la plateforme libérale et de découvrir leur signification concrète pour les participants.

Je ne crois pas que ce type d’animation de la société civile soit utopique.

D’une part,  quelques-unes des entités libérales confédérées ont déjà des centaines de milliers de membres dispersés sur l’ensemble du territoire français.

D’autre part, le relais est pris par de nombreux sites libéraux (et par Contrepoints en particulier avec ses abonnés), par des livres et articles signés de libéraux authentiques, il existe un samizdat libéral.

Il y a même quelques plateaux de télévision et de radio qui depuis quelques mois accueillent des gens qui ne sont pas adeptes de la pensée unique étatiste et socialiste. Les progrès du score réalisé en 2017 par le candidat le moins éloigné de la pensée libérale attestent que la percée d’un courant libéral et même d’un vote libéral est possible.

Enfin les libéraux savent que le progrès de la liberté exige un engagement personnel. Tout le long discours que j’ai tenu se ramène à cette évidence : en 2021 les libéraux doivent s’engager.

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