Les libéraux n’ont rien à attendre de la politique

Les libéraux doivent changer leur vision de la politique. Ce n’est que comme cela que l’on pourra espérer sortir un jour de l’hégémonie socialiste qui détruit ce pays. OPINION

Par Olivier Maurice.

Les élections européennes approchent et il va bientôt se reposer pour nombre de libéraux la terrible question de savoir que faire de son bulletin de vote. Comme à chaque élection, nous revoilà donc en train de chercher désespérément un candidat libéral et de n’en voir aucun.

Mais en fait, si nous regardons autour de nous, combien voyons-nous de libéraux aux postes de maires ou même d’élus municipaux ? Combien de libéraux sont délégués du personnel dans une entreprise ? Combien sont président d’associations sportives, d’ONG, de réseaux ? Combien de chance de voir un jour un député, un président de la République issu d’un parti libéral ?

La réponse est assez simple… cela frise, sinon atteint le zéro.

Et la conséquence de ce triste constat nous paraît évidente et nous plonge dans une profonde déprime : ce pays est profondément et indécrottablement socialiste. Ce pays est foutu.

Le vrai visage du socialisme

Bon, mais franchement, est-ce que vous seriez prêt à embrasser la carrière politique ? Est-ce que vous passeriez vos journées à taxer vos concitoyens, à jouer un rôle pour attirer les regards, à prétendre croire en un noble idéal alors que seul le pouvoir vous intéresse ?

Est-ce que vous seriez prêt à ces compromissions, pour un salaire de misère et la quasi-obligation d’être toujours borderline avec la loi, si ce n’est pour votre enrichissement personnel, tout du moins pour assurer la connivence dont vous avez absolument besoin pour rester au pouvoir ?

De nouveau, la réponse est facile et elle explique en grande partie la précédente : s’il n’y a que des socialistes aux postes de responsabilité dans ce pays, c’est parce qu’il faut avoir l’ADN nécessaire pour accéder au pouvoir et pour éprouver de la satisfaction en dirigeant la vie des autres.

Et cet ADN n’est pas l’ADN libéral.

Même si vous avez une partie de cet ADN, irez-vous perdre votre temps dans une administration ? Vous avez bien mieux à faire dans une entreprise privée.

Un jour mon prince viendra

Être socialiste demande une profonde abnégation : il faut être sacrément narcissique pour se contenter comme piteux retour sur investissement de la jouissance d’avoir du pouvoir sur les autres, de l’hédonisme d’avoir écrabouillé tous ses adversaires lors des élections et du fantasme d’être le centre du monde.

Être socialiste implique aussi une très grande prudence : il n’est pas question de scier la branche sur laquelle on est assis. Chaque socialiste est bien conscient qu’il vit aux frais de ces concitoyens et que l’édifice complexe de racket fiscal et de promesses jamais tenues qui le maintient au pouvoir est très fragile.

La prise de pouvoir par un libéral providentiel champion dans l’art socialiste de dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre relève du vœu pieux. Les évangiles sont très clairs : il n’y a eu et il n’y aura jamais qu’un seul Jésus Christ. Inutile d’attendre à la porte en frétillant le retour du maître bienveillant qui remplira la gamelle de croquettes.

De plus, comme mettre trois libéraux dans une même pièce pour s’entendre sur un programme commun aboutit inéluctablement à la formation de trois partis politiques différents, il ne faut pas non plus espérer voir émerger un jour un réel mouvement populaire libéral qui devienne majoritaire.

Que celui qui n’a jamais été socialiste jette la première pierre

Tout le monde est socialiste. Plus ou moins. Le socialisme est le péché originel de l’homo economicus. Tout le monde aimerait vivre dans le jardin d’Eden où tout serait gratuit et sans danger.

Choisir de soutenir un candidat politique sur sa pureté d’âme libérale affichée est totalement ridicule d’autant plus que l’on ne peut jamais être sûr de la sincérité de quelqu’un, encore moins de la part d’un homme politique.

Mais dans un monde où les opinions font figure de curriculum vitae, opposer morale et liberté est un choix politique payant. Ainsi tout adepte d’une quelconque transcendance deviendrait automatiquement un ennemi de la liberté. Cet argument est bien commode et bien étrange, d’autant plus suspect qu’il provient majoritairement des ennemis jurés de la liberté.

En quoi suivre soi-même un code moral disqualifierait-il un candidat ? Critiquer, au nom de la liberté, les opinions morales d’une personne alors que l’on se revendique de la liberté de conscience relève de l’hypocrisie, voire même d’une certaine schizophrénie. À quoi servirait donc bien la liberté de pensée si chère aux libéraux si ceux-ci se posent systématiquement en censeur dès que quelqu’un a le malheur d’afficher ses opinions et que celles-ci ne plaisent pas ?

Devons-nous juger les candidats sur les résultats de leur politique ou sur les raisons morales et philosophiques qui les amènent à les mettre en œuvre ?

La tarte à la crème de la liberté morale

D’ailleurs, la grande majorité des combats pour la liberté ont été menés au nom de la transcendance morale et ne procèdent nullement de la philosophie politique (pas plus que du progressisme militant et des luttes sociales d’ailleurs). Ce sont les Quakers qui sont à l’origine de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis, le servage a été aboli en France par Louis X le Hutin en 1315, dans un Édit qui associe autorité du souverain, droit naturel et transcendance.

« Toute créature humaine doit généralement être franche par droit naturel. Le Roi condamne avec énergie le joug et la servitude, qui est tant haineuse et fait qu’en leur vivant, les hommes sont réputés comme morts et, à la fin de leur douloureuse et chétive vie, ils ne peuvent disposer ni ordonner des biens que Dieu leur a prêtés en ce siècle. »

Disqualifier des candidats sur le seul critère de leur prise de position morale sur des sujets qui relèvent de l’intime conscience personnelle de chacun est un piège grossier posé par les censeurs professionnels. Un piège grossier mais qui fonctionne parfaitement. C’est ce leitmotiv qui fonde les progressistes, ceux que les Américains appellent liberals.

La liberté s’arrête là où commence celle des autres. Il faut donc un régulateur sacré, l’État, pour poser les limites du bac à sable dans lequel chacun aura le droit de faire toutes les bêtises permises. Il faut une nounou bienveillante pour surveiller les débordements infantiles des individus incapables de se prendre en charge, vu que leur occupation principale est de jouir de leur droit de faire n’importe quoi.

Droit et liberté

Car les libertés distillées par l’État n’en sont pas. Ce ne sont que des droits. Il y a une différence fondamentale entre un droit et une liberté : un droit n’existe que parce que l’État y met les moyens, parce qu’il impose des lois pour le définir, des règlements pour l’encadrer, des ressources pour le protéger, des aides pour le rendre accessible. Une liberté ne coûte rien. Un droit est toujours payé par les autres et très souvent par ceux qui n’en bénéficieront jamais.

Ces droits rendent l’État indispensable pour la moindre chose. Ils permettent à l’État de mettre son nez dans le moindre petit coin de la vie de chacun. Au nom de la liberté de chacun de s’affranchir des préceptes moraux, il faut un grand régulateur moral pour assurer la cohésion sociale. L’État trouve ici sa justification et l’excuse pour s’occuper de tout.

C’est cette inflation de droits supposés être des libertés qui nous a conduit à l’État obèse, inefficace et finalement hautement liberticide dont nous pâtissons tous.

Arrêtez de me marcher dessus !

À cette pseudo-liberté morale qui donne à l’État tous les droits sous prétexte qu’il est le seul à pouvoir être un juge impartial s’oppose une conception radicalement opposée, celle qui oublie les élucubrations intellectuelles et le romantisme pour se concentrer sur la réalité concrète.

La liberté ne peut exister que dans une société qui repose sur la responsabilité personnelle, qui développe et encourage l’autonomie individuelle et qui se limite au plus petit gouvernement possible.

Si les individus n’ont pas les moyens d’être libres, ce n’est surtout pas l’État qui pourra pallier cela. La liberté individuelle est une affaire personnelle, pas une récompense octroyée par les hommes politiques et les fonctionnaires et encore moins un droit que l’on obtient aux frais des autres.

En fin de compte, les hommes politiques ne font jamais autre chose d’autre que ce que leurs électeurs leur demandent. Inutile donc de se quereller pour savoir si telle prise de position de tel candidat est liberticide ou non. Ce n’est absolument pas le sujet. Quelques questions suffisent pour comprendre si son action ira dans le sens de plus de liberté :

  • Qu’allez-vous faire pour aider les gens à vivre correctement par eux-mêmes ? Comment allez-vous lutter contre ce fléau national de la dépendance aux drogues dures que sont les aides sociales, les services publics gratuits et le clientélisme ?

Quand va-t-on enfin arrêter de prendre les citoyens pour des enfants irresponsables ? Quand allez-vous bazarder ce simulacre de justice qui évalue les gens non pas sur les conséquences de leurs actes et sur leur responsabilité, mais sur des montagnes de lois et de règlements abstraits, pointilleux, inadaptés, liberticides, infantilisants et utopiques ?

Enfin, quel régime draconien allez-vous imposer à l’État qui en a plus que besoin ? Quand va-t-on arrêter de dépenser des fortunes, dont nous ne disposons pas, pour protéger par le monopole des services publics étatiques indigents sous le seul prétexte d’empêcher les plus entreprenants, les plus méritants, les plus courageux de s’enrichir si jamais ils réussissent à fournir ce que tout le monde demande : des trains à l’heure, des hôpitaux salubres, des écoles qui apprennent quelque chose d’utile aux enfants, des retraites décentes, une police efficace…  ?

Quelques questions qui se résument tout compte fait en une seule : comment allez-vous faire de la France à nouveau un grand pays ?