L’enfer est pavé de bonnes intentions (7) : Les démagogues

Et si les bonnes intentions avaient aussi pour source la tentation de… la démagogie ? Critique des Démagogues d’Yves Roucaute.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

L’enfer est pavé de bonnes intentions (7) : Les démagogues

Publié le 10 mai 2014
- A +

Par Johann Rivalland.

Les démagogues Yves RoucauteNous avons évoqué jusque-là, pêle-mêle et entre autres, le souci de l’intervention via l’aide publique au développement, le désir d’égalité (ou parfois plutôt d’une certaine forme d’égalitarisme), la mise en avant du concept (flou) d’intérêt général, la prétention à réguler les crises, à veiller sur les retraites des gens, pardonner les coupables, mais aussi de manière plus large à assurer le bonheur de l’être humain, veiller à la paix, sans oublier, au quotidien, les vertus présumées de la réglementation, afin de veiller à la protection des citoyens, le tout en faisant preuve au maximum de compassion bienveillante à l’égard de ses semblables. Et nous reviendrons sur bien d’autres sujets encore…

Mais tous ce sujets d’attention, plus généreuses et bien intentionnées (à première vue) les unes que les autres, n’ont-ils pas bien souvent pour point commun cette fameuse démagogie, vieille comme l’Histoire, que nous décrit si remarquablement Yves Roucaute à travers un ouvrage sorti fin 1999 et qui aurait certainement mérité un plus grand écho ?

La démagogie, un procédé qui remonte à l’Antiquité

Cet ouvrage est, en effet, remarquable à la fois sur les plans philosophique et historique, très instructif pour mieux comprendre le monde actuel et les dérives de la démocratie, à travers les origines de la démagogie dès l’Antiquité, dans ce que l’on appelle la démocratie athénienne, dont on fait tant l’éloge aujourd’hui et qui pourtant portait déjà en elle tous les germes de ses dérives totalitaires.

Une autre vision de personnages historiques tant adulés dans les livres d’histoire, à l’image d’un Périclès il y a 2 400 ans, initiateur des dictatures populaires, qui ne sont nullement apparues avec le terrible XXe siècle.
Des dangers de la rhétorique et de ses dérives populistes, de l’art de plaire et de l’apologie du principe majoritaire, derrière lesquels se cachent en réalité un profond mépris du peuple, comme le montrera si bien Ayn Rand, et dont les conséquences furent, dès l’Antiquité, l’exécution à mort d’un Socrate et de nombre de dissidents à la pensée dominante quelle qu’elle soit (de Clisthène à Hitler et Staline, en passant par Napoléon Bonaparte, sans oublier l’ayatollah Khomeyni et consorts).

La nouvelle démagogie s’appelle aujourd’hui étatisme et le « vox populi, vox Dei » retrouve toute la gloire qui fut la sienne dès l’Antiquité, « les sondages et autres artifices servant de dérivatif à des girouettes qui flattent les passions et les préjugés de citoyens gobe-mouches », comme le dit si bien l’auteur. Cela révèle toute la fragilité de la démocratie, où seule une poignée de « résistants », à l’instar d’un courageux Winston Churchill, parviennent à se faire entendre face à l’hydre de la démagogie.

L’ouvrage brille aussi par ses références à des expressions dont on pouvait avoir perdu l’origine. Ainsi en va-t-il de l’histoire du Veau d’Or, comme du célèbre « Du pain, des jeux », en référence aux célèbres joutes étatiques organisées par Jules César pour mieux asseoir son populisme, puis renouvelés de manière toujours plus cruelle par ses successeurs, de Caligula à Néron en passant par Auguste ou Claude, sans oublier les trop fameuses naumachies, qui pouvaient mener à la mort jusqu’à 15 000 gladiateurs pour le plaisir du peuple… « bon par nature ».

La surenchère démagogique

Les multiples personnages que l’on croise ainsi à travers l’ouvrage (Moïse, Judas, Ponce Pilate, Barrabas, Aristophane, Thémistocle, Socrate, Philippe Le Bel, louis XI, …) apportent un précieux éclairage sur de nombreux événements de l’Histoire.
Le passage sur Mirabeau est particulièrement intéressant, révélant une démagogie sans pareil, qui mènera à la surenchère sanglante des Danton et autre Robespierre, entre autres. Un homme qui maniait très habilement la parole, faisait preuve d’une grande subtilité politique et d’une forte capacité à manœuvrer en fonction des humeurs du peuple, quitte à se renier, en fonction de ses seuls intérêts ; un grand précurseur des mauvais politiques d’aujourd’hui, en quelque sorte. Comme le dit joliment l’auteur,

Ce pont vers la Terreur, Mirabeau l’a construit. Et coulent les têtes sous le pont Mirabeau. (il meurt avant, mais a imprégné son style).

Yves Roucaute multiplie ainsi les belles formules, tout au long de l’ouvrage, à l’instar de celle-ci :

 … des quotas pour imposer l’Égalité plutôt que l’égalité des chances qui dispense de quotas.

Plus loin, il évoque la « tartufferie des droits de l’Homme », en qualifiant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de marché de dupes :

Marquée par son culte de la Loi, son sens de l’Égalité, elle est le credo des tyrannies populaires du XXe siècle.

La partie de l’ouvrage consacrée à Napoléon Bonaparte est non moins instructive, notamment sur l’attitude de celui-ci durant la Révolution française, ses multiples trahisons, manipulations, calomnies et retournements de veste, qui ont permis son ascension et conduisent l’auteur à l’ériger en maître des démagogues modernes.

A son sujet, Yves Roucaute note surtout que « jamais histoire ne fut à ce point falsifiée », tant ce personnage est éloigné de l’apologie que l’on peut en faire et va inspirer très largement tous les grands maux du XXe siècle, nationalisme, étatisme, social-populisme et autre totalitarismes, étudiés ensuite dans les chapitres suivants, que je vous laisserai découvrir.

Un ouvrage vraiment à lire. Très instructif pour qui veut mieux connaître l’Histoire ou la voir différemment, avec plus de recul.

Combattre la démagogie, c’est combattre en partie l’enfer. Un objectif auquel, il me semble, le présent site s’efforce positivement de contribuer.

 Yves Roucaute, Les démagogues, Plon, octobre 1999, 332 pages.

Voir les commentaires (8)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (8)
  • Mais qui donc aujourd’hui fait l’apologie de Napoléon Bonaparte lequel serait à l’origine de tous les maux et mots en « isme » ayant marqué le 20e siècle…???
    C’est tout juste si les décideurs de programmes à étudier de l’E.N. osent prononcer son nom…
    Combattre la démagogie, quelle curieux objectif… il y aurait donc des démagogues retors méprisant le peuple, des citoyens  » gobe-mouches  » et de fins analystes  » résistants  » comme l’auteur cherchant à protéger ces citoyens un peu benêts de leur propre stupidité !
    Où sont les méprisants en fait ?

    • Les mots en « isme » ayant endeuillé le XXe siècle sont le fait de Robespierre et du jacobinisme, républicain franc-maçon. Léon Napo, c’est rien, huit millions de morts, un territoire républicain plus petit que le royaume de France et j’allais oublier, un code civil pourri !

  • « Le pire ennemi de la République, c’est la paresse des républicains, la lâcheté des citoyens et la complaisance des démocrates. »

    Du Saint-Just ? Non, du Peillon ! Déclaration le 9 mai sur une péniche rose (Campagne des européennes).

    Robespierre : Amour pour les citoyens, mort pour les autres.
    Hitler : Citoyen du Reich, les autres sont des non-allemands.
    Lénine : Mort pour les aristocrates (affiche avec le coup de balai)

  • Que la démagogie soit la soeur jumelle de la démocratie, le monde le sait depuis Platon.
    A ce sujet, je relisais récemment Tocqueville, l’un de nos plus puissants penseurs au XIXème siècle. Il voyait la montée irrésisible de la démocratie, dont il avait étudier le modèle en Amérique et, par une lucidité étonnante en décelait déjà les dangers. Sans trop exaggérer, je dirai qu’il ne serait pas trop étonné s’il revenait aujourd’hui, du moins sur le plan « social » tant il avait entrevu tous les travers que nous combattons sur ce site.

  • Considérer que l’idéologie est démagogique, c’est oublier que les idéologues sont sincères. Du coup, c’est passer à côté du sujet. Car le démagogue, étant cynique, garde le contact avec la réalité : il ne la détruit que partiellement, et préserve ce qui sert ses intérêts de démagogue. L’idéologue, en revanche, croit vraiment qu’elle doit être intégralement détruite : il est beaucoup plus dangereux.

  • Curieusement certains ont oublié ou ils sont mal informé que ,
    l’ effigie de Nap Bonaparte figurait sur nos précieux billets de banque si je me souviens une grosse coupure 10 000fr en 1959
    ce n’ est donc pas étonnant qu’ avec un tel personnage qui fut si glorifié nous avons perdu toutes les guerres y compris 14 18 (les allemands aussi ,
    ce sont bien les américains us entres autres qui ont gagné
    Pour la démocratie c’ est un des mots qui est le + manipulé par les intellos, médias, politique, ….et ce n’ est pas par hasard !
    Je ne suis nullement en extase devant les grands penseurs Tocqueville , Rand ….quels qu’ ils ou qu’ elle soient .

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
0
Sauvegarder cet article

Par Johan Rivalland.

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Voilà maintenant longtemps que les politiques ne sont plus crédibles, mais cela s'est encore aggravé depuis la crise liée au covid. Nous pouvons même dire qu'il s'est créé une sorte de rupture avec la situation antérieure où l'on se contentait encore de simples promesses.

Une rupture préoccupante

En effet, Emmanuel Macron a ouvert la boîte de Pandore en n’attendant même plus l’après-élection ou réélection pour, non plus se contenter de promettre, mais sortir de manière inco... Poursuivre la lecture

Par Nathalie MP Meyer.

Le Premier ministre a annoncé mardi 6 juillet dernier que le gouvernement renonçait à organiser un référendum visant à inscrire la protection du climat et de l’environnement dans l’article Ier de la Constitution. Comme on pouvait s’y attendre, et comme Emmanuel Macron s’y attendait certainement, l’Assemblée nationale à majorité LREM et le Sénat à majorité de droite ont échoué à s’entendre sur une formulation commune, ce qui met un terme au projet de référendum constitutionnel promis par le Président de la Républi... Poursuivre la lecture

Par Nicolas Lecaussin. Un article de l'Iref-Europe

Nombreux étaient ceux qui, en 2017, nous avaient reproché de critiquer trop vite le nouveau président Macron. Selon eux, il fallait attendre pour connaître ses intentions, voir ce qu’il allait faire comme réformes.

À l’IREF, nous avons été très sceptiques dès le début. Le nouveau parti n’était pour nous qu’un siphonnage de l’ancien PS. Les nouveaux politiques, mis en vitrine comme des mannequins de la société civile, n’avaient aucun charisme ni, surtout, aucune idée. À force de... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles