Les leurres de la gauche : du tiers-mondisme à Bernie Sanders

Ce sont toutes les politiques ratées de la gauche archaïque, de la gauche radicale de toujours que Jeremy Corbyn, Alexandria Ocasio-Cortez et Bernie Sanders sont en train de sortir du placard des vétustés.

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Bernie Sanders for President By : Phil Roeder - CC BY 2.0

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Les leurres de la gauche : du tiers-mondisme à Bernie Sanders

Publié le 20 avril 2019
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Par Fabio Rafael Fiallo.

Pour comprendre le phénomène, et en saisir le gâchis, il faut d’abord se mettre dans le contexte : voyager dans le temps, retourner au passé. Se placer au milieu du siècle dernier. Appréhender, enfin, l’immense espoir qui animait les peuples du tiers-monde au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

La libération des peuples était à l’ordre du jour, au cœur même du système des organisations internationales qui venaient d’être créées. En Afrique et en Asie, l’heure de la décolonisation avait sonné. Puis, en Amérique latine, les exécrables dictatures militaires (soutenues par les États-Unis en tant qu’alliés peu fréquentables, mais alliés tout de même, dans la Guerre froide qui commençait) se voyaient mises à mal par la pression des peuples et, dans certains cas, par des jeunes prêts à en découdre par la voie armée si besoin était.

Originaire d’un pays de l’Amérique latine (la République dominicaine), l’auteur de cet article, alors jeune garçon appartenant à une famille qui se battait contre l’une de ces dictatures, celle du sanguinaire Rafael Trujillo, en subissait tout naturellement la répression, et sait de quoi il parle.

L’espérance tiers-mondiste

L’avenir s’annonçait radieux pour nos peuples. D’autant que l’on croyait savoir quoi faire : couper les liens de dépendance qui attachaient le tiers-monde aux grandes métropoles du capitalisme, extirper les privilèges engendrés par l’ordre colonial en Afrique et en Asie et néocolonial en Amérique latine, ce dernier imposé par les États-Unis. En un mot, prendre nos destins en main.

Et pour cela, nous martelait-on, il fallait assumer le contrôle des ressources économiques jusqu’alors spoliées par les grandes puissances et leurs alliés de l’intérieur. Ce qui voulait dire exproprier les principaux moyens de production (usines et terres non cultivées) afin de les mettre au service de tous. Ce qui, à son tour, voulait dire confier le contrôle et la gestion de ces moyens au parti ou mouvement qui prétendait représenter le peuple émancipé.

Le bilan du tiers-mondisme

Avec le recul du temps, on ne peut que faire une triste constatation : les ravages causés par cette approche ont été considérables. Les partis ou mouvements dits révolutionnaires ont trop souvent instauré des dictatures abominables (pas tous, heureusement, il suffit de regarder vers l’Inde). Puis, la mainmise de l’État sur les moyens de production, accompagnée de dépenses publiques astronomiques financées par la planche à billets, amena en bien des cas à la déroute économique : délabrement de l’appareil productif, hyperinflation (les cas les plus flagrants étant le Zimbabwe de Mugabe, le Chili d’Allende et aujourd’hui le Venezuela de Chavez et Maduro, où le taux annuel d’inflation dépasse le million de pourcents, difficile à imaginer), dévaluations à répétition, famine, et j’en passe et des pires, devinrent le lot de multiples « expériences révolutionnaires ».

De la Chine de Mao Tse-Tung au Cuba de Fidel Castro. Du Zimbabwe de Mugabe à l’Iraq de Saddam Hussein. De l’Ethiopie de Mengistu à la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo. Sans oublier le Venezuela de Chavez et le Nicaragua de Daniel Ortega. Autant d’expériences révolutionnaires qui auront laissé derrière elles un bilan catastrophique.

La lourde responsabilité de la gauche

Dans cet échec, dans cette dénaturation du tiers-mondisme, la gauche, cette gauche bien-pensante qui, pour ce qui est de la France, épiloguait dans les bistrots de Saint- Germain-des-Prés, méprisant « l’ordre bourgeois » et vantant les soi-disant vertus, tantôt du modèle soviétique, tantôt de celui de Mao Tse-Tung, celle qui plus tard s’appropriait le label Indignés ou appelait à « Occupy Wall Street » et se rendait aux grand-messes altermondialistes de Sao Paulo, Porto Alegre et d’ailleurs, celle qui aujourd’hui s’autoproclame « Insoumise » en France ou « Résistance » aux États-Unis, cette gauche-là d’hier et d’aujourd’hui, donc, toujours donneuse de leçons, toujours imbue de l’arrogante certitude de représenter la cause des peuples, a une lourde part de responsabilité.

Car c’est elle qui aura soutenu, sans aucun esprit critique, la voie prise par les mouvements révolutionnaires de l’époque, ceux d’aujourd’hui aussi. C’est elle qui aura justifié les dérapages et les crimes les plus abominables, pour autant qu’ils fussent perpétrés au nom de la lutte contre le capitalisme et son centre impérial, les États-Unis.

Rien ne reflète mieux cette soumission inconditionnelle aux dogmes de la gauche que le fameux, et pitoyable, « Tout anticommuniste est un chien » d’un Sartre hébété, comme tant d’autres gauchistes de Paris et de province, par les « prouesses révolutionnaires » de Fidel Castro et Mao Tsé-Tung.

Des occasions ratées

Et pourtant, les choses auraient pu se passer différemment.

Côté politique, il n’y avait pas de raison pour que les mouvements de libération, ou que les luttes contre les dictatures militaires en Amérique latine, à Cuba notamment, eussent donné lieu à des régimes tyranniques. Ces mouvements politiques auraient parfaitement pu promouvoir le jeu démocratique, l’État de droit, la liberté d’expression et d’association, le multipartisme. Mais que voulez-vous, quand on pense et on affirme, comme le fit Simone de Beauvoir, que « la vérité est une, l’erreur est multiple », pourquoi se priver de prétendre incarner cette vérité unique et bannir du jeu politique les réactionnaires qui véhiculaient, par intérêt de classe ou par aliénation, l’erreur dans ses multiples avatars ?

Côté économie, rien ne disait que la quête de prospérité et de justice sociale exigeait de donner à l’État le contrôle des moyens de production. La preuve : les pays en développement qui ont joué la carte du jeu de l’offre et de la demande (Corée du Sud, Singapour, Hong Kong, Chili, entre autres), et ont essayé avec succès de s’intégrer à la mondialisation capitaliste, s’en sont sortis nettement mieux que les autres.

Aussi, si le tiers-mondisme a trop de fois donné lieu à des échecs économiques, c’est parce qu’il a souvent sombré dans l’étatisme économique cher à la gauche omnisciente. Et si ce tiers-mondisme a enfanté des dictatures abominables, c’est parce que, à chaque fois, une gauche obnubilée aura justifié les dérives totalitaires des mouvements « révolutionnaires ».

La gauche de Corbyn, Sanders et autres Mélenchon

Avons-nous appris des échecs du tiers-mondisme ? Que dalle ! À en juger par les progrès réalisés par la gauche radicale au cœur des grands pôles démocratiques (Jeremy Corbyn au Royaume Uni et Bernie Sanders et ses alliés aux États-Unis), la tentation du socialisme n’a guère perdu de sa superbe.

Financement sans bornes de la dépense publique par la vieille planche à billets (cette fois-ci présentée sous le label de « théorie monétaire moderne » (modern monetary theory), en plus d’un tir nourri de réglementations et d’interdictions aberrantes au nom de l’égalité sociale et du respect de l’environnement, voilà ce que proposent, en résumé, les nouveaux porte-étendards de la gauche radicale au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Or ce ne sont pas des « réactionnaires indolents » face au malheur du peuple qui mettent en garde contre le danger de cette énième copie de la planche à billets. C’est rien de moins que Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor sous la présidence de Bill Clinton, qui le dit, rejoint en cela par des analystes économiques de renom tels que Kenneth Rogoff et Mohamed El-Erian.

Cette gauche opiniâtre de Bernie Sanders et de Jeremy Corbyn n’a même pas laissé de côté l’arme fatale des expropriations – comment aurait-elle pu se passer de la coqueluche de tous les socialismes de l’Histoire ? Ce n’est pas une blague, cher lecteur. Ce sont deux conseillers clés de Bernie Sanders qui le proposent, s’inspirant qui plus est du Venezuela de Chavez (dans l’obnubilation, il n’y a pas de gêne) : David Sirota et Analilia Mejia, cette dernière étant la directrice politique de l’équipe de campagne de Sanders.

L’entichement pour Chavez et le chavisme, convient-il de le souligner, n’est pas réservé au proche entourage de ces deux socialistes. Corbyn et Sanders l’ont eux-mêmes exprimé dans le passé, plus d’une fois ; comme d’ailleurs, en France, un certain Jean-Luc Mélenchon qui, à la différence de ses homologues britannique et américain, ne démarre pas dans les sondages.

Ce sont donc toutes les politiques ratées de la gauche archaïque, de la gauche radicale de toujours, que Jeremy Corbyn et Bernie Sanders, de même que d’autres figures politiques classées à la gauche de la gauche (en premier lieu Alexandria Ocasio-Cortez, étoile montante du Parti démocrate des États-Unis) sont en train de sortir du placard des vétustés.

Décidément, chez la gauche révolutionnaire, le leurre a ses raisons que la raison ne connaît pas.

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  • Excellent article qui descend jusqu’aux racines du mal.

    • Les racines du mal ? Quoi donc ? L’idéologie socialiste révolutionnaire ! C’est vrai en apparence et seulement en apparence. C’est en réalité la justification a posteriori de notre cerveau d’un comportement biologique (naturel), comme n’importe quel autre trait de caractère. Autrement dit on naît avec ses propriétés révolutionnaires et le contexte fera ou non qu’elles s’expriment par des actes. Bien sûr il y a tout un éventail de plus révolutionnaire au modéré. Une poignée dans un contexte donné peut grossir en foule dans un autre contexte. Voilà pourquoi on retrouve les mêmes schémas dans chaque générations. Ces gens là sont des militants radicaux comme il y en a dans tous les domaines de l’esprit (même chez les libéraux). Ils sont tellement radicaux qu’ils s’opposent au point de vouloir renverser l’ordre existant surtout si celui-ci penche sérieusement vers l’autre extrême. Par exemple la gouvernance de Trump participe au renforcement de la gauche radicale. Ils n’ont qu’une vague idée comment faire après la révolution car le pouvoir n’est pas leur priorité. Tout ce qu’ils veulent c’est ne plus rien voir de l’ancien monde et ne plus avoir à faire avec lui, ce qui explique qu’une fois au pouvoir ils appliquent des politiques complètement farfelues, dangeureuses et isolationistes.

      • Avant de renverser l’ordre existant ils ont une tare beaucoup plus profonde : Odium generis humani (Tacite), la haine du genre humain.

        • C’est exactement ce que nous démontrent chaque samedi les gilets jaunes. Hier, il n’y avait pas de black blocs dans les rues, seulement des excités qui veulent tuer la démocratie. Il est intéressant de savoir que la très grande majorité de ces haineux votent à gauche comme l’a souligné une enquête d’une télé étrangère. Etre de gauche ce n’est pas essayer de progresser mais seulement d’empêcher les autres de progresser.

      • « Par exemple la gouvernance de Trump participe au renforcement de la gauche radicale. »

        Gouvernance: anglicisme = manière de gouverner.

        Non, le renforcement était déjà en cours avant même que Trump s’annonce à la présidentielle. Exemple: les Safe space, la politique de lutte contre le RCA, la politique d’Obama imposée par les juges contre le pouvoir législatif.

        L’administration Trump (ou son style) est au contraire une réaction à cette avance.

        D’ailleurs, un président RINO, ou l’actuelle direction démocrate subissent les foudres de ces radicaux et ne tiennent que par le soutien des MSM.

        • «L’administration Trump (ou son style) est au contraire une réaction à cette avance. »
          Tout à fait ce qui n’empêche pas, à son tour de favoriser les radicaux de gauche. Les deux sont liés sur fond de mondialisation.

  • Très bon article.

    « comme d’ailleurs, en France, un certain Jean-Luc Mélenchon »
    Il doit avoir de la concurrence.

  • Les partisans de Corbyn se trouvent dans les universités. Comment des gens instruits peuvent-ils rêver d’un système qui ruine et terrorise le Venezuela?

    • Ben voilà, vous répondez vous même à votre question. Ils sont dans les universités. Au Québec, l’UQAM relèvent plus de la propagande que de l’apprentissage du savoir.

  • Très clair. À garder en mémoire

  • @ Virgile :
    Et bien justement, ils rêvent.

  • On aurait pu penser que le socialisme qui a toujours et partout été un échec, serait enfin remisé au placard. Eh bien non, il renaît toujours. Ce sont semble-t-il les jeunes qui, à chaque génération, se laissent séduire par cette idéologie qui confie à l’Etat le soin d’organiser la générosité en faveur des uns et au détriment des autres.

    • Il renaît toujours parce que chaque génération pense qu’on n’est pas allé assez loin dans le socialisme. Pire, chaque génération se croit dans un pays libéral…

    • @ Jacques Peter,

      Quand une idéologie est basée sur le mensonge et la mauvaise foi; il est inutile d’espérer une remise en cause de l’échec du socialisme par les socialistes eux-même.

    • Je pense surtout qu’on trouve dans chaque génération des personnes qui préfèrent confier leur destinée à l’État plutôt qu’à des entreprises. Sans réaliser que l’État, ce n’est pas un « père » par définition bienveillant et désintéressé, c’est une machine gérée par des fonctionnaires parfaitement humains, avec leurs forces et leurs faiblesses. Et pour certains, leurs intérêts qui ne sont pas nécessairement ceux de la majorité des administrés.

    • on oublie un peu la simple jalousie des lettrés pour les commerçants..ils « méritent » le pouvoir…

    • Il y a eu un bon article de Contrepoints sur le sujet : https://www.contrepoints.org/2017/11/16/303253-liberaux-vingt-metier-remettez-ouvrage
      « Le combat des libéraux contre les idées folles du socialisme est une lutte sans fin. »

  • Le terme de ‘leurre’ m’a fait penser à la baudroie.

    C’est un véritable monstre à tête énorme et a la dentition effrayante qui agite depuis le haut de sa tête un petit appendice qui fait penser à un petit poisson ou une crevette, et quand un malheureux poisson s’intéresse à cet artifice, les redoutables mâchoires de la baudroie l’engloutissent à la vitesse de l’éclair.

    Alors je dit qu’il faut transformer la baudroie en lotte, c’est à dire le morceau délicieux qu’on trouve sur l’étal du poissonnier, une fois que ce dernier lui a tranché cette horrible tête qui équivaut aux deux tiers de la bête !

  • Les libéraux comme l’auteur, tombent dans le piège qu’espérait déjà Lenine : « Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendront »…

    – l’abolition des frontières
    – la destruction des nations
    – la primauté de l’individu

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