Inventaires du communisme

L'énigme du XXème siècle, ou comment l’idéologie communiste a-t-elle pu exercer cette force d’attraction ravageuse qui n’en finit pas de resurgir sous d’autres formes. Retour sur les dernières conversations de François Furet sur le sujet, juste avant sa disparition.
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Inventaires du communisme

Publié le 23 août 2013
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L’énigme du XXe siècle, ou comment l’idéologie communiste a-t-elle pu exercer cette force d’attraction ravageuse qui n’en finit pas de resurgir sous d’autres formes. Retour sur les dernières conversations de François Furet sur le sujet, juste avant sa disparition.

Par Johan Rivalland.

Ce petit livre est la restitution de quelques passages de conversations menées avec Paul Ricœur, peu après la parution de l’ultime ouvrage de François Furet Le Passé d’une illusion : essai sur l’idée du communisme au XXe siècle. Seuls les propos de ce dernier sont reproduits, dans un mélange de fragments à l’état brut des bandes sonores et de passages revisités par le célèbre historien de la Révolution française. Un travail inachevé, en raison du décès de François Furet en 1997.

Cette suite de réflexions vise à tenter de trouver des explications à l’illusion et l’enchantement communistes. Qu’est-ce qui a pu ainsi conduire à une telle force d’attraction et de séduction, malgré tout ce que l’on sait aujourd’hui de ses ravages ? Au-delà des mensonges, manipulations, effets de la propagande, c’est l’emprise de l’imagination qui a permis de créer cette force d’attraction. Mais par quels mécanismes, s’interroge François Furet, malgré tous les démentis des faits et de l’histoire ?

Les parallèles avec la Révolution française sont instructifs, même si l’auteur en montre aussi les différences, de même que l’étude des socialismes et du sentiment d’universel, qui se sont régulièrement heurté à la force des passions nationales et au manque de réalisme, tandis que l’auteur montre, chose très intéressante, que l’idéologie actuelle des « droits de l’homme » serait en passe de prendre le relais de ces formes passées de dérives.

Terreur, exaltation de l’Homme nouveau, constructivisme, autant d’éléments qui mènent au totalitarisme, dans ce qu’il a de commun notamment avec le nazisme. Un rapprochement qui continue d’être récusé en référence à l’affrontement du nazisme et du communisme sur les champs de bataille durant la seconde guerre mondiale, malgré les collusions évidentes révélées par de nombreux intellectuels durant l’entre-deux-guerres, oubliées aujourd’hui. Or, l’anti-fascisme est une construction intellectuelle forgée de toute pièce par les communistes, qui ont fait du fascisme le produit du capitalisme financier dans sa phase ultime et ont donc bâti un mythe anti-capitaliste absurde, mais tenu pour vrai, qui relève de la passion et rend ainsi taboue la comparaison entre nazisme et fascisme.

Quoi qu’il en soit, François Furet s’interroge sur les ressorts de la détestation de la société bourgeoise qui, au-delà de son caractère « normal » selon lui, qui dure depuis deux siècles, a laissé place à des idéologies extrémistes comme le fascisme et le communisme, au point d’aboutir aux folies collectives et criminelles que l’on connait. Comment autant d’esprits aussi bien « primitifs que sophistiqués et venant d’horizons divers » ont-ils pu succomber à l’attrait de ces idéologies ? Telle est l’énigme qu’il cherche à élucider.

Enfin, ce qui inquiète véritablement François Furet et motive son écrit est le peu de réflexion qui existe sur l’histoire du XXe siècle et, au-delà, l’oubli de l’histoire tout court, les individus en étant de plus en plus coupés, prisonniers qu’ils sont de la technique, des superstitions, ou de leur mode de vie. Qui saura encore, bientôt, ce qu’est le communisme ? La religion civile des droits de l’homme sera-t-elle la seule idée qui restera aux jeunes générations ? Là s’arrête la réflexion de François Furet, puisque cet écrit restera inachevé, pour les raisons que l’on sait…

– François Furet, Inventaires du communisme, Éditions de l’EHESS, mars 2012, 92 pages.

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  • « Qu’est-ce qui a pu ainsi conduire à une telle force d’attraction et de séduction, malgré tout ce que l’on sait aujourd’hui de ses ravages ? »

    Une hypothèse (qui en vaut une autre) : après des millénaires de dictats divers et variés, l’idée de liberté apparaît comme un vide immense qu’on ne sait pas remplir. L’ordre factice autoritaire, aussi criminel qu’il puisse être, a un petit quelque chose de confortable, de rassurant, de douillet. La séduction du crime collectiviste marxiste, c’est le syndrome de Stockholm des peuples.

    La liberté nécessite que chacun maîtrise sa peur du vide. La liberté, c’est finalement une question d’éducation qui, pour les parents, consiste à apprendre à leurs enfants : « n’ayez pas peur » !

    • vous voulez dire que le communisme est une alternative aux religions, créées de toute pièce par l’homme devant la peur de la mort et de l’au-delà ? Car Lénine n’a-t-il pas dit que la religion est l’opium du peuple ou quelque chose de ressemblant. Le communisme (comme le fascisme) peut être considéré comme un succédané de religion, avec ses livres (Le Capital, Le Petit Livre Rouge, …) ses rites, les parades militaires (celle du 14 juillet à Paris m’a toujours hérissé le poil), les affiches à la gloire du travail, une nomenclatura détentrice des dogmes et donc du pouvoir. Je ne vois pas beaucoup de différence entre le pape et Staline. D’ailleurs l’histoire a tendance à oublier les exactions des chrétiens pour la plus grande gloire du pape, les guerres de religion (même chose au Moyen-Orient entre Chiites et sunnites) entre catholiques et protestants. Pas de différence, c’est vraiment se décourager de la nature humaine fondamentalement mauvaise …

      • Y a-t-il moins d’idéologie dans les Droits de l’Homme et dans la Liberté telles que définies et présentées actuellement que dans le Communisme et le Fascisme que vous désignez? Ces mêmes Droits de l’Homme qui ont servi et servent encore de Casus Belli officiel par ailleurs.

        Quant à l’Histoire, je pense au contraire qu’au moins entre 1789 et 1940, elle a plutôt bien frappé sur le monde chrétien, du moins le monde catholique.

        Enfin, même si c’est un détail, la « nature humaine », par définition, n’est ni bonne ni mauvaise. La nature est neutre par essence, c’est le rapport aux autres qui permet de définir le bien et le mal. Rousseau a beaucoup apporté dans cette optique.

        • La plupart des tyrans se justifient par la liberté. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont libéraux. Beaucoup dénaturent le mot liberté, beaucoup se l’accaparent pour en faire n’importe quoi.
          Hitler, par exemple, voulait réinstaurer la liberté économique de la nation Allemande face à la finance internationale.
          La liberté, ça reste le droit de faire ce qui ne nuit pas à autrui.

          Quant à la nature du bien, donc, lorsqu’un État décide de tuer des millions de personnes, ce n’est pas mal ?
          Il est certain que d’un point de vue purement matérialiste, le bien, bon, le beau, le droit n’existent pas.

    • Cavaignac : Le syndrome de Stockholm c’est lorsque l’otage comprend – au moins implicitement – que tout dépend désormais du preneur d’otage. C’est comme un nouveau monde pour lui avec ce dernier comme maitre. C’est pourquoi l’otage redoute autant l’assaut des forces de l’ordre que le preneur d’otage lui-même. L’origine du danger et de la responsabilité de la situation s’en retrouve totalement inversé. C’est effectivement un peu la situation mentale des peuples coincés dans un pays communiste – par ex. – et qui redoutent l’assaut « impérialiste ».

      Qu’est-ce qui continue d’attirer des personnes cultivées vers les idées communistes ? Je dirais qu’outre l’idéalisme archaïque diffusé pendant des siècles (le bien contre le mal), le révisionnisme historique est très important et pratiquement jamais remis en question publiquement. Mais surtout le temps passe et on oublie en se disant que ça n’a rien à voir.

      Maintenant à l’origine première je pense que la théorie marxiste de lutte des classes entretient le mythe d’une guerre civile perpétuelle et que donner raison aux faits revient aussi à donner raison à l’ennemi. C’est donc autant par stratégie politique que par refoulement idéologique que après vu ou su on continue de croire ou à mentir.

  • Philippe Le Corroller
    23 août 2013 at 18 h 43 min

    Sur « l’anti-fascisme », cette  » construction intellectuelle forgée de toutes pièces par les communistes « , un livre fameux de Pierre-André Taguieff paru en 2007, titré  » Les contre-réactionnaires  » est particulièrement éclairant !

  • un des principaux ressort de l’adhèsion des foules au communisme, est vieux comme le monde, il s’agit tout simplement du mensonges: quand on vous disez que l’urss était le paradis des travailleurs, difficile de ne pas le croire sans aller y voir.
    dans mon village, dans les années 50, l’institutrice était communiste, c’etait une femme intelligente et sévère. encartée au parti, elle à eu l’occasion de visiter l’urss. aprés son retours, elle n’à plus jamais parlé de communisme à qui que ce soit !

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