Anne Hidalgo et son scandaleux hommage à Che Guevara

Anne Hidalgo by Human Rights for All (CC BY-NC-ND 2.0)

Anne Hidalgo déclenche encore une polémique avec ses propos sur Che Guevara.

Par Phoebe Ann Moses.

Décidément, pas un jour ne passe sans que la Mairie de Paris ne déclenche la colère ou l’agacement. Cette fois, c’est à propos de Che Guevara qu’Anne Hidalgo a créé la polémique. Jugez plutôt : lors de l’inauguration d’une exposition à Paris consacrée au Che1 (car, oui, à Paris, on consacre des expositions à des dictateurs), Anne Hidalgo a déclaré :

Avec l’exposition Le CHE à Paris, la capitale rend hommage à une figure de la révolution devenue une icône militante et romantique.

Tout de suite, levée de boucliers : comment, Madame Hidalgo qualifierait Che Guevara d’ « icône romantique » ? Un meurtrier ? Prendrait-elle modèle sur Ségolène Royal, elle-même groupie de Fidel Castro ?

Anne Hidalgo, bien entendu, se défend. D’abord, évidemment, les attaques viendraient de l’extrême droite. Pas de chance, les critiques ne viennent pas que de là, loin s’en faut.

Parmi les multiples indignations, Jérôme Dubus, conseiller de Paris La République en marche a déclaré à l’AFP :

Une fois de plus, Anne Hidalgo se trompe de combat et oublie qu’elle est la maire de la capitale des droits de l’homme.

Et Valérie Boyer, député LR, a renchéri :

Sur HuffigtonPost, on découvre que, contactée par France Info,

la mairie de Paris dénonce une polémique « instrumentalisée par l’extrême-droite » et appelle à « lire précisément ce qu’Anne Hidalgo écrit », assurant qu’ « elle ne dit pas qu’il [le Che, ndlr] est une icône romantique mais qu’il l’est devenu ». « Tous ceux qui se posent des questions feraient bien d’aller voir l’exposition avant d’en parler », ajoute la municipalité.

Alors, au risque de décevoir : non, justement, les gens ne se « posent pas de questions » sur Che Guevara. Au contraire, les gens savent. Ils savent les intimidations. Ils savent les exécutions. Ils ne portent pas aux nues un dictateur sanguinaire, quelque belle figure que des esprits attendris puissent lui trouver. Ils ne se laisseront pas émouvoir par le poète, ni n’admireront le phytothérapeute.

D’autre part, si Anne Hidalgo dément avoir associé le Che et l’icône romantique grâce à l’emploi du verbe « devenir », et non du verbe « être », il reste néanmoins qu’elle qualifiait bel et bien l’exposition d’ « hommage ».

Hommage : Don qui exprime le respect, l’admiration, la reconnaissance de quelqu’un ; marque de respect. (Larousse).

Le site Sortir à Paris a d’ailleurs bien pris note de la polémique suscitée par la Maire de Paris et rectifie sa présentation de l’exposition par une bien curieuse tournure, qui laisse pantois :
anne hidalgo

Parce qu’il y a « un avis à se faire » pour trancher entre le romantisme ou « la part d’ombre » ? Décidément on aime les euphémismes à Paris…

Il vaut mieux en rire qu’en pleurer, avec ce tweet de Raphaël Enthoven, qui suggère à Anne Hidalgo d’organiser en 2019 une expo « Touche pas à mon Pol Pot ».

Anne Hidalgo

Mais ce serait laisser passer une occasion de souligner que l’inculture et l’indignité n’empêchent nullement des personnalités politiques d’exprimer publiquement leur point de vue. À moins que ce ne soit purement démagogique. Ou plus tristement, l’expression d’une conviction personnelle.

  1. Plus précisément, cette exposition « explore plusieurs facettes du Che : le lecteur insatiable, le sportif, le voyageur, le guérillero, le marxiste aspirant à voir émerger l’« homme nouveau », le médecin-phytothérapeute mais aussi le poète, le photographe et l’amateur d’art ». C’est la présentation flatteuse qu’en fait le très officiel site Que faire à Paris ?