Fidel Castro : plus près de Goebbels que de Marx

Fidel Castro-Havana-1978 by Marcelo Montecino(CC BY-SA 2.0)

Les défenseurs du régime cubain font l’apologie de Castro sur la base de ses avancées sociales. Des arguments qui ne tiennent pas la route et relèvent de la propagande.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Fidel Castro-Havana-1978 by Marcelo Montecino(CC BY-SA 2.0)

Le décès de Fidel Castro donna lieu, chez les représentants et les sympathisants de la gauche auto-dénommée « révolutionnaire », à un torrent d’éloges à la mémoire de leur idole disparue.

La propagande du régime cubain dénoncée par l’absurde

Ce faisant, et comme à l’accoutumée, ils ont fait litière de l’effroyable solde laissé par Fidel Castro en termes d’emprisonnements, de tortures, d’assassinats et autres violations des droits humains élémentaires. Ignoré, aussi, le désastre économique produit par l’expérience castriste, laquelle n’a pu survivre que par l’aide astronomique fournie, d’abord par l’Union Soviétique et ensuite par le Venezuela d’Hugo Chavez et son successeur.

Pour justifier leur obnubilation, les « révolutionnaires » de l’Amérique latine, de St. Germain-des-Prés et d’ailleurs ont invoqué les soi-disant « conquêtes sociales de la Révolution » — des « conquêtes qui, à force d’être martelées par la propagande castriste, sont devenues ce que l’économiste et historien cubain Roberto Alvarez Quiñones appelle, preuves à l’appui, « le mythe meilleur vendu par Fidel ».

De telles « conquêtes » ne passent en tout cas pas le tamis d’une analyse objective.

La réalité du régime cubain

Si l’éducation à Cuba est digne de louanges, pourquoi ce pays n’occupe-t-il pas une des premières places dans les palmarès des universités de l’Amérique latine et du monde ? Comment peut-on qualifier de « conquête sociale » les services de santé alors que, à Cuba, les hôpitaux se trouvent dans un état délabré et que se procurer des médicaments devient une odyssée pour la majorité des Cubains ?

Si vraiment l’égalité sociale a droit de cité, pourquoi bon nombre de Cubaines et de Cubains diplômés, et même des mineurs, ont besoin de vendre leurs corps à des touristes afin de pouvoir boucler les fins de mois – au point que Fidel eut le toupet d’affirmer que « les prostituées cubaines sont les plus cultivées du monde » ?

Cependant que la prostitution fait rage au sein de la population, la caste gouvernante vit dans une opulence que le Cubain de la rue ne saurait pas même envisager.

Quant à l’égalité de genres, l’écrivaine contestataire Wendy Guerra met quiconque au défi de donner le nom d’une seule femme ayant le rang de ministre.

D’autre part, est-ce le fruit du hasard que la femme ayant le plus de résonance au sein du régime cubain n’est autre que Mariela Castro, directrice du Centre National d’Éducation Sexuelle et, surtout, fille du Président Raul Castro – et de ce fait membre de la dynastie régnante ?

Comme le soutient Laritza Diversent, directrice de l’ONG Cubalex (Centre d’Information Légale), que peut-on attendre d’institutions qui n’hésitent pas à tabasser sauvagement et en public des femmes telles que les Dames en Blanc [qui essaient de manifester chaque dimanche pour la libération des prisonniers politiques et pour l’instauration de la démocratie] ?.

Si vraiment l’égalité raciale est une réalité, pourquoi, alors, comme le souligne un reportage de la chaîne BBC Mundo, les Cubains d’origine africaine « ont des postes de travail au bas de l’échelle, perçoivent des revenus inférieurs (à la moyenne), habitent les pires logements et sont majorité dans les prisons, et minorité dans les universités » ?.

La défense du régime cubain par la gauche antidémocratique et les sites pro castristes rappelle l’argumentaire du nazisme, dont le chef de la propagande, Joseph Goebbels, dans un fameux article publié en janvier 1939 sous le titre « Que veut vraiment l’Amérique ? » (Was will eigentlich Amerika ?), se vantait que l’Allemagne nazie était parvenue à éliminer le chômage alors que l’Amérique comptait entre 11 et 12 millions de sans-emploi.

La propagande nazie brandissait donc la création d’emplois pour justifier, ou tout au moins faire oublier, les crimes du régime nazi. Par un subterfuge similaire, la propagande castriste fait ressortir les services sociaux déglingués et les fausses conquêtes dans le domaine de l’égalité pour essayer de faire taire les critiques à l’absence totale de libertés publiques à Cuba durant plus d’un demi-siècle.

Dans l’article susmentionné, Goebbels soutient également : « Le national-socialisme est l’idée politique et la vision du monde qui guident aujourd’hui l’Allemagne. C’est toute la nation allemande qui l’affirme. Critiquer le national-socialisme équivaut donc à critiquer le peuple allemand dans sa totalité ».

À l’instar de Goebbels, les scribes du castrisme et les médias officiels considèrent toute critique au régime comme une attaque à Cuba – comme si la nation et le peuple cubain pouvaient être assimilés au régime dictatorial en place.

D’autre part, de même que dans son article Goebbels nie que le national-socialisme soit une dictature, ainsi le castrisme et ses caisses de résonance prétendent que ce qui s’est instauré à Cuba n’est pas un régime dictatorial. Selon leur argumentaire, le peuple cubain s’est tout simplement doté d’un modèle de démocratie différent du multipartisme.

Pourquoi, alors, ne permet-on pas aux Cubains d’exprimer ce choix librement, dans les urnes ? Pourquoi le régime castriste condamna-t-il à de longues années de prison les promoteurs du Projet Varela, lequel proposait, en conformité avec la Constitution du pays, de consulter le peuple pour connaître la forme de gouvernement que celui-ci souhaite avoir ?

Agissant de la sorte, le régime cubain traite les citoyens de l’île comme des enfants n’ayant pas atteint l’âge de raison, incapables de décider par eux-mêmes, au moyen du libre débat et d’élections transparentes, du destin de leur pays.

Et pour que la ressemblance entre la propagande nazie et celle du castrisme soit complète, l’une et l’autre se distinguent pour stigmatiser une communauté spécifique.

Ainsi, pour Goebbels, « l’opinion publique américaine, influencée par les Juifs, essaie de s’immiscer d’une manière intolérable dans la politique interne de l’Allemagne ». Pour le castrisme, ce sont les exilés cubains en Floride, les gusanos (« vers de terre »), qui mènent les médias et le Congrès des États-Unis à prendre une position critique envers la dictature cubaine.

Or, de même que la propagande nazie – nous le savons aujourd’hui – ne parvint pas à occulter le caractère génocide et criminel du Troisième Reich, ainsi les louanges aux soi-disant « conquêtes sociales de la Révolution cubaine » ne réussiront pas à faire oblitérer les ravages économiques, sociaux, et surtout humains, engendrés par le socialisme cubain.

Le plus intéressant de l’histoire, c’est que, pour rester prosternés devant le castrisme comme ils font, les auto-dénommés révolutionnaires tournent le dos au postulat fondamental de leur prophète Karl Marx, à savoir : c’est l’économie qui détermine la viabilité (ou le manque de viabilité) de tout système politique et social.

En effet, si Marx plaida en faveur du socialisme, c’est parce qu’il pensait que le capitalisme avait épuisé son potentiel de développement et que le contrôle de l’économie par l’État (dans le but d’instaurer in fine la société sans classes) était mieux à même de développer ce qu’il appelait les « forces productives », c’est-à-dire la base matérielle et technologique de la société.

N’en déplaise aux épigones de Marx – qui annoncent à chaque génération la « crise finale du capitalisme » – le système qu’ils honnissent continue à dicter le progrès matériel et technologique dans le monde, alors que leur cher socialisme a échoué partout où il aura été instauré, y compris à Cuba.

Aussi, s’ils étaient cohérents avec le postulat de base du marxisme (à savoir : aucun système ne peut tenir, et moins encore prévaloir, s’il n’est pas capable de créer une économie forte et dynamique) les « révolutionnaires » pro castristes admettraient l’échec universel du socialisme et abandonneraient par voie de conséquence leur obnubilation devant le castrisme et son défunt leader.

Du fait de calquer les méthodes de propagande du nazisme, et de ne pas en tirer les conséquences du postulat de base du marxisme (concernant, répétons-le, le rôle fondamental que joue l’économie dans la viabilité de tout système social) on ne peut que conclure que le castrisme et la gauche qui le soutient sont plus près de Joseph Goebbels que de Karl Marx.