« Occupy Wall Street » : les entreprises ont-elles trop de pouvoir?

Non, la vraie racine du problème est que ce sont les gouvernements qui ont trop de pouvoir

Non, la vraie racine du problème est que ce sont les gouvernements qui ont trop de pouvoir.

Par Bradley Doucet (*), depuis Montréal, Québec
Un article du Québécois Libre

Alors que le mouvement «Occuper Wall Street» entre dans sa cinquième semaine et se propage dans plusieurs villes du monde, il est intéressant d’examiner l’une des croyances fondamentales qui anime ce groupe hétéroclite de manifestants, à savoir que les entreprises ont trop de pouvoir. Malgré le fait que cette croyance ne soit pas complètement fausse, elle passe complètement à côté de la vraie racine du problème: le fait que les gouvernements aient trop de pouvoir.

Il est vrai que certaines grandes sociétés bénéficient d’avantages injustifiables comme une protection contre la concurrence étrangère, des barrières artificiellement élevées à l’entrée pour les concurrents locaux, des privilèges monopolistiques, un traitement fiscal préférentiel, de généreuses subventions, et ainsi de suite. Les banques en particulier, ont la capacité de fabriquer des profits à partir de presque rien grâce à la monnaie fiduciaire, au système de réserves fractionnaires et aux lois établissant un cours légal. (Voir ma récente critique du livre de Chris Leithner, The Evil Princes of Martin Place, pour une discussion plus approfondie sur ce qui fait que le système bancaire est brisé.)

Mais d’où viennent ces avantages et ces pouvoirs que possèdent les entreprises? Ils proviennent des gouvernements. Ce sont les gouvernements qui jouissent d’un monopole sur l’usage de la force. Les acteurs gouvernementaux utilisent ce pouvoir légitimement lorsqu’ils protègent les personnes contre des dangers tels le vol, la fraude, les agressions, le meurtre et le risque d’invasion étrangère. Par contre, ils l’utilisent de façon illégitime lorsqu’ils accordent des privilèges spéciaux à des entreprises influentes.

Ce qui cloche dans l’approche des manifestants, qui se concentrent sur le pouvoir des entreprises au lieu de dénoncer le problème beaucoup plus fondamental qu’est le pouvoir des gouvernements, est que cela peut trop facilement conduire à la promotion de solutions improductives, voire contre-productives.

Tenter de réglementer les banques pour les empêcher de jouer au casino avec notre richesse ne fonctionnera jamais alors que les gouvernements se servent de leur monopole sur la force pour maintenir en place le système bancaire actuel, un système frauduleux, tout en le renflouant occasionnellement avec nos impôts. Tenter de réglementer les entreprises est inutile lorsque ces mêmes entreprises finissent inévitablement par capturer les organismes de régulation. Les lois sur le financement des partis politiques ne pourront jamais «sortir l’argent de la politique». Lorsque les gouvernements ont tant de cadeaux et de privilèges à distribuer, les plus riches, les plus branchés, les élites les plus enracinées dans le système vont inévitablement mettre la main sur la majeure partie de ces cadeaux et privilèges.

La seule solution viable à la collusion des entreprises et des gouvernements (mieux connu sous le nom de «corporatisme» ou «capitalisme de copinage») est que les gouvernements n’aient plus de cadeaux et de privilèges à distribuer. Ils doivent se limiter à l’utilisation de leur pouvoir pour protéger les individus contre les dangers énumérés ci-haut. Dans un monde où la seule chose que les gouvernements puissent faire est de faire respecter une série de règles simples visant à nous protéger contre le vol, la fraude, ou le meurtre, les entreprises seraient dépouillées de tout leur prétendu pouvoir. Et elles ne pourraient prospérer que sur la base de l’échange volontaire, en offrant des biens et services que les gens veulent au prix qu’ils sont prêts et capables de payer, un prix qui reflète toutes les pressions concurrentielles sur le marché libre.

Comme l’a écrit Steven Horwitz cette semaine sur le site The Freeman, «dans des marchés libres, le pouvoir serait entre les mains des 99% d’entre nous qui achètent les produits, pas le 1% qui les vendent. Dans des marchés libres, le pouvoir serait réellement entre les mains des gens – pouvoir que l’on pourrait accorder ou retirer comme bon nous semble. Ce sont les plans de sauvetages, les subventions, et les monopoles qui donnent le pouvoir au 1% plutôt qu’au reste d’entre nous.»

On n’a pas à se résigner à l’existence de ce capitalisme de copinage. Nous pourrions avoir un système dans lequel le pouvoir repose vraiment entre les mains du peuple. Mais cela ne se produira que si un nombre suffisant d’entre nous comprennent les causes réelles du problème et réclament une véritable solution: une réduction draconienne du pouvoir des gouvernements.

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Article publié originellement sur le Blogue du Québécois Libre le 17.10.2011, repris avec l’aimable autorisation du Québécois Libre.

(*) Bradley Doucet est l’éditeur anglais du QL. Un écrivain résidant à Montréal, il a étudié la philosophie et l’économie et complète présentement un roman sur la poursuite du bonheur.