États-Unis : les démocrates en route vers le socialisme

Elizabeth Warren by Marc Nozell (CC BY 2.0) — Marc Nozell, CC-BY

Depuis sa première élection en 2012, la sénatrice Elizabeth Warren représente le visage de la radicalisation du Parti démocrate vers un socialisme très ouvert, où le gouvernement décide des gagnants et des perdants.

Par Pierre-Guy Veer.

Depuis sa première élection en 2012, la sénatrice Elizabeth Warren représente le visage de la radicalisation du Parti démocrate vers un socialisme très ouvert, où le gouvernement décide des gagnants et des perdants.

Son dernier cheval de bataille : scinder les grandes compagnies technologiques. Ainsi, elle prétend vouloir protéger les consommateurs et protéger la concurrence – réparer le capitalisme, comme titre le New York Times en prenant sa défense. Elle reçoit également le support « d’économistes » comme Robert Reich, qui rappelle les mythes des monopoles du XIXe siècle que le gouvernement a vaillamment défaits.

Oui : mythe. Car jamais dans l’histoire de l’humanité il n’y a eu de monopole 1) qui se soit formé sans aucune intervention des gouvernements et 2) qui ait agi comme un monopole, c’est-à-dire en restreignant l’offre pour artificiellement augmenter les prix. La loi Sherman de 1890, la base des lois antitrust aux États-Unis allait à l’encontre de la réalité.

En effet, lors des audiences du 51e Congrès autour de l’adoption de la loi, on avait étudié quelques 17 secteurs industriels souffrant supposément des trusts, et donc d’un marché anti-concurrentiel. Les résultats ? 15 de ces industries ont montré une productivité exponentiellement supérieure à la croissance économique de l’époque, sans compter que l’indice des prix à la consommation avait aussi diminué.

Standard Oil de John D. Rockefeller, vous dites ? Oui, il a sans doute profité d’aide du gouvernement – le capitalisme pur n’a jamais existé. Mais ce qui a contribué à la croissance de sa compagnie est l’innovation, qui a fortement diminué les prix du pétrole raffiné – de quelque 90 % entre 1870 et 1897. Bref, c’est tout l’inverse d’un monopole.

Ce qui a finalement causé la chute de Standard Oil fut la jalousie d’un concurrent incapable de rivaliser avec l’efficacité de la compagnie de Rockefeller. Littéralement : la « journaliste » Ida Tarbell, fille d’un président de compagnie pétrolière ne pouvant pas accoter Rockefeller, a participé à une campagne de dénigrement pour convaincre (avec succès) que Standard Oil était un monopole… alors qu’il y avait une centaine de concurrents dont Texaco. Fait intéressant : les prix réels du pétrole ont augmenté après l’éclatement de Standard Oil (1911), comme si les marchés aimaient ce supposé monopole.

La courte mémoire des politiciens

Les personnes qui ignorent l’histoire sont condamnées à répéter ses erreurs. Elizabeth Warren s’apprête à le faire avec sa croisade contre « Big Tech. »

Comme les barrières à l’entrée des hautes technologies sont minimes – contrairement aux pharmaceutiques, par exemple – quiconque avec un minimum de connaissances en codage peut créer un programme et, si ledit programme est populaire, finir par dominer.

Quiconque a plus de 30 ans se souviendra sans doute de moteurs de recherche comme Altavista ou Yahoo, qui ont fortement dominé jusqu’à l’arrivée d’un concurrent supérieur, Google. La position dominante de ce dernier pourrait bientôt vaciller avec l’arrivée de concurrents qui, supposément, ne vous espionnent pas comme Duck Duck Go.

Et que dire de MySpace, qui était jadis le paroxysme du réseautage social avant l’arrivée d’un concurrent visiblement supérieur, Facebook. Finalement, Blockbuster avait une position « monopolistique » dans la location de vidéo (incomparable au Super Club Vidéotron) jusqu’à l’arrivée de Red Box et Netflix. Ce dernier doit maintenant faire face à une concurrence féroce dans la diffusion en ligne comme Hulu et, prochainement, Disney.

Le monde des hautes technologies est fortement concurrentiel. À l’instar du Guilded Age du XIXe siècle, les nombreuses innovations technologiques (livraison de produits améliorée avec Amazon, covoiturage facilité avec Uber, réseautage étendu avec Twitter) arrivées depuis le début du millénaire ont grandement changé nos vies. Tant et aussi longtemps que les gouvernements n’y mettront pas leurs sales pattes, les joueurs dominants finiront (sans doute) par laisser place à ces concurrents plus efficaces.

Bref, si Elizabeth Warren veut vraiment « réformer » le capitalisme, elle devrait plutôt apprendre les deux mots essentiels de l’économie, en français : laisser faire. Car du moment que le gouvernement intervient dans l’économie, il favorise toujours une partie au détriment d’une autre. C’est ce qui a causé la totalité des crises économiques depuis 100 ans.