Macron veut « garder le cap ». Mais pour quelles réformes ?

Emmanuel Macron by EU2017EE Estonian Presidence (CC BY 2.0)

Emmanuel parle beaucoup de maintenir le cap des réformes. Mais s’est-il véritablement engagé dans la voie de la transformation du pays ?

Par Olivier Maurice.

Il avait théorisé une révolution, puis promis des réformes. Finalement, il semble bien que la montagne ait accouché d’une souris.

Quel bilan concret peut-on tirer de 18 mois de marathon législatif engagé par Emmanuel Macron et de présence ininterrompue du sujet politique sur tous les médias ? Force est de constater qu’il existe un sévère décalage entre le discours tenu par le gouvernement, les députés de la majorité et par le président sur les efforts, les promesses et les effets attendus et ce que l’on constate dans la réalité.

Et que l’on ne dise pas qu’il faut du temps. Les choses sont tellement bloquées dans ce pays que le moindre début du commencement d’un souffle dans la bonne direction déclencherait un effet immédiat. D’ailleurs, les réformes mises en œuvre par les autres pays ont eu des effets quasiment instantanés, que ce soit sur le chômage, la croissance, la réussite scolaire… L’exception française est une excuse un peu usée.

N’est vrai que ce qui impacte le réel. Le reste, c’est du pur baratin.

Le Code du travail

Sensée réaliser ce que les lois Macron et El Khomri n’avaient pas fait : transformer profondément les relations employeurs-employés et supprimer les blocages qui empêchent les entreprises d’embaucher, la réforme du Code du travail a fait un flop monumental : le chômage n’a pas changé d’un iota depuis un an, voire augmenté si on tient compte des exclus des statistiques.

La taxe financière et l’ISF

Autre réforme emblématique, le remplacement de l’impôt sur la fortune et la flat tax sur les revenus du capital étaient censés relancer l’investissement et donc relancer la croissance. Autre échec retentissant : la croissance en France reste en berne et bien inférieure à celle de nos voisins.

Les transports

À part paralyser la France pendant plusieurs mois, on ne voit pas vraiment ce que la réforme de la SNCF a changé dans le rail Français : les trains arrivent toujours autant en retard et on ne trouve toujours que les mêmes billets SNCF pour voyager, même si certains ont été rebaptisé Oui-quelque-chose pour essayer de tromper son monde.

La fonction publique

On comprend mal comment le gouvernement pourrait tenir l’objectif annoncé de supprimer 120 000 postes dans la fonction publique alors que la première année a vu une augmentation du nombre de fonctionnaires et que l’on annonce à peine 1 600 postes en moins pour cette année.

Le budget de l’État

Avec un déficit prévu pour 2019 de 3,4 % du PIB, la dette publique devrait cette année atteindre les 100 % du PIB. Aucun changement donc dans la maîtrise, ou plutôt le manque total de maîtrise des comptes publics.

Le système de santé

Passée quasiment inaperçue, il n’y a pas grand-chose à espérer des mesures visant le système de santé et pompeusement baptisées « Ma santé 2022 » : pas un mot sur le parcours de soin et sur la gabegie de la « petite médecine » qui font de la France le deuxième pays au monde en termes de dépenses de santé malgré des structures de plus en plus indigentes.

La taxe d’habitation

Elle devait disparaître, elle a augmenté. Sa suppression devait concerner tout le monde, par souci de justice. Également par souci de justice, elle ne concernera pas les riches. En fin de compte, on la payera ou pas ? Oui et non, ça dépend. Il n’en demeure pas moins que la taxe d’habitation supprimée du budget des communes, sera compensée. On ne sait pas trop encore comment, mais en fin de compte, la ponction fiscale sera juste déplacée.

L’admission en université

Bien malin qui a vu la différence autre que cosmétique entre parcourssup et APB : après avoir harcelé les élèves à choisir leur orientation dès le primaire, la grande majorité ne saura toujours pas un mois avant la rentrée dans quelle université et pour quel cursus ils seront finalement admis.

Promesses et faux espoirs

On en vient à se poser la question de savoir si les Français ont vraiment cru au changement promis par Emmanuel Macron. Les médias ont voulu y croire, là-dessus il y a peu de doute possible : les premiers mois du quinquennat ont donné lieu à une litanie quasi ininterrompue de louanges sur l’image d’une stature présidentielle retrouvée.

La promesse du nouveau monde a fait naître espoirs chez les uns et craintes chez autres. Espoir que la France sorte enfin de l’enlisement bureaucratique et des blocages catégoriels. Crainte que la France ne perde ses particularités, peur de l’inconnu, peur du déclassement, de l’invasion migratoire, de la perte de souveraineté, de la perte d’identité, de la perte de culture

Le changement n’est pas une mince affaire

Ces peurs sont plus que légitimes : elles vont de pair avec la nécessité de changer : l’être humain réagit naturellement par une augmentation de l’attention dès que son environnement change et que se profilent des dangers potentiels.

C’est bien pour cela que l’on paie des fortunes les spécialistes du changement dans les grandes sociétés, au premier plan desquels les PDG dont la fonction est souvent bien incomprise. Il en est de l’État comme de n’importe quelle entreprise : on ne peut changer ce qu’elle produit que si elle est capable de se changer elle-même, si elle a dans son ADN la capacité de changer.

On ne change les résultats d’une organisation qu’en changeant l’organisation elle-même.

Sans réformes structurelles de fond, sans modifier profondément l’organisation de l’État, sans remettre en question les avantages indus et les revenus captifs, il est totalement illusoire de rêver que la France dévie de sa trajectoire actuelle. Et par réformes structurelles, il faut entendre une modification profonde des organismes sociaux, du domaine de compétence des administrations locales, des circuits de décision pour y associer enfin les citoyens, des organes de surveillance et de gouvernance, de la gestion des ressources humaines, de la suppression des monopoles et autres privilèges…

L’échec de la méthode

Emmanuel Macron a voulu reproduire à l’échelle de l’État la dialectique, l’art de la confrontation des idées et de la synthèse qui ont tant marqué les intellectuels du XIXe et du XXe siècle et dont son prédécesseur, François Hollande en était un champion. Mais ce ne sont pas des idées que les Français réclament. Ce ne sont pas des lois, des discours ou des débats : ce sont des résultats concrets qu’ils pourront mesurer dans leur porte-monnaie, dans leurs libertés, dans leur vie quotidienne. Les Français n’en ont que faire d’avoir tort ou d’avoir raison : ils veulent du concret, du réel, des changements palpables dans leur quotidien.

Il est trop tôt pour dire si le message de ras-le-bol a été entendu, mais on ne peut nier qu’il ait été clair.

Le manque de résultat concret des travaux engagés par Emmanuel Macron aura au moins eu quelques résultats positifs : il prouve sans ambiguïté qu’il est impossible de réformer sans avoir au préalable effectué une cure drastique d’amaigrissement d’un État qui est devenu bien trop obèse et qui en a perdu toute agilité et toute capacité à se remettre en question.

Il prouve surtout qu’il ne suffit pas de légiférer à bride abattue pendant les sacro-saints 100 premiers jours de mandat, ni de s’ébahir devant la pureté intellectuelle et morale du « en même temps » consensuel pour avoir des résultats.