Marée populaire : quelle réforme propose Macron exactement ?

Emmanuel Macron by EU2017EE Estonian Presidence (CC BY 2.0)

On peut s’interroger sur la profondeur des réformes entreprises par le gouvernement depuis un an, sur leur capacité à restructurer la société française et donc sur la nécessité de s’y opposer ou de les soutenir.

Par Olivier Maurice.  

La gauche française se retrouve donc dans la rue ce 26 mai pour une Marée Populaire destinée à interpeller « Emmanuel Macron, le gouvernement et le Medef » pour en appeler à « une société plus juste, plus solidaire, plus démocratique, plus égalitaire avec un meilleur partage des richesses », en s’opposant à la « restructuration en profondeur de la société Française ».

En dehors du nom douteux de Marée, rappelant avec quelque effroi La Vague, fiction sidérante décrivant la manipulation et l’embrigadement des foules par un discours populiste fascisant et qui se termine en bain de sang…

En dehors également de l’argument usé jusqu’à l’os de la lutte des classes rendant n’importe quel pouvoir forcément injuste, individualiste, totalitaire, anti-démocratique et accapareur de richesses, fusse-t-il régulièrement et démocratiquement élu…

En dehors de la date du 26 mai qui célèbre le cinquantenaire de la négociation des accords de Grenelle, symbole de soi-disant acquis sociaux obtenus par la lutte, accords qui n’ont en fait jamais été ni acceptés, ni signés, ni appliqués…

Donc, en dehors de tout ce marketing… on peut cependant s’interroger sur la profondeur des réformes entreprises par le gouvernement depuis un an, sur leur capacité à restructurer la société française et donc sur la nécessité de s’y opposer ou de les soutenir.

Retour vers le futur

La piste choisie par Emmanuel Macron pour la remise en marche de l’économie et la diminution du chômage repose sur deux piliers : d’un côté l’assouplissement de la législation du travail et de l’autre une diminution des charges pesant à la fois sur les salariés et sur les investisseurs. Le modèle suivi s’inspire en grande partie des réformes Hartz mises en place en Allemagne par le gouvernement social-démocrate de Gerhard Schröder entre 2003 et 2005 que l’on cite très souvent comme étant l’exemple européen.

Cette troisième voie, théorisée par Tony Blair en Angleterre ou Michel Rocard en France, veut

renouveler la social-démocratie et l’adapter à la mondialisation. Refusant à la fois le keynésianisme et le monétarisme, elle propose de s’accommoder du capitalisme en réformant l’État-providence tout en fournissant aux individus l’éducation et les connaissances nécessaires pour trouver leur place dans une nouvelle économie basée sur le savoir.

On reconnait dans ce résumé les thèmes de la campagne d’Emmanuel Macron : le « ni de droite, ni de gauche » et le « nouveau monde ». On comprend également ce qui hérisse le poil de la gauche de la gauche. Pour elle, qui a déjà eu un mal fou à renoncer à l’économie planifiée pour le keynésianisme, un minuscule pas vers l’acceptation de l’épouvantail capitaliste est un véritable sacrilège, l’idée de réformer l’État-providence signifiant tourner le dos au progrès, c’est-à-dire s’éloigner de l’idéal d’une société communiste.

S’ajoute à cela la panique d’un complot visant à empêcher les classes laborieuses de trouver leur place dans le nouveau monde, en modifiant les critères d’entrée à l’université et en les empêchant ainsi d’accéder au savoir qui régirait cette nouvelle économie.

On a vraiment du mal à voir dans la démonstration du 26 mai autre chose qu’un congrès à ciel ouvert, la gauche atomisée en une myriade d’associations et de mouvements politiques ayant décidé de laver son linge sale en public en s’arc-boutant dans une position archaïque et dogmatique.

N’ayant toujours pas digéré le congrès de Tours qui, en 1920, avait opposé communistes et socialistes, les frondeurs et la gauche de la gauche s’opposent à cette troisième voie avec une vigueur décuplée depuis que François Hollande a tenté de la mettre en pratique en initiant quelques réformes portées par Emmanuel Macron alors ministre de l’Économie.

Il s’agit bien d’un combat d’arrière-garde d’une gauche française archaïque qui tente de refaire le match d’il y a 100 ans, en ciblant un président de gauche technocratique qui tente, lui, de mettre en place une politique que l’Angleterre, l’Allemagne et les pays scandinaves ont abandonné il y a 10 ou 20 ans.

La gauche française qui n’a toujours pas compris malgré ses dizaines de millions de morts, que communisme ne rime absolument pas avec progrès, mais avec esclavage, misère, mégalomanie dictatoriale et crimes de masse et que malgré ses centaines de milliards de dette, social-démocratie ne rime pas du tout avec partage, mais avec désindustrialisation, chômage et appauvrissement.

La troisième voie est une impasse

Contrairement à ce que l’on entend régulièrement, l’efficacité des réformes Hartz en Allemagne est plus que discutable. En effet, le chômage n’a commencé à diminuer qu’à partir de 2006, un an après l’arrivée au pouvoir d’Angela Merkel. Depuis, le nombre de chômeurs en Allemagne n’a fait que diminuer, n’accusant même aucun effet dû à la crise de 2008.

Il est actuellement sous la barre des 4% qui correspond plus ou moins au seuil incompressible du plein emploi. La baisse continue depuis plus de 10 ans semble bien prouver que c’est bien l’action conduite par l’actuel chancelier qui est en est responsable et non les réformes de l’État-providence entreprises en 2003 par les socio-démocrates.

Le bilan du blairisme en Grande-Bretagne est tout aussi mitigé. Si Tony Blair a réussi pendant ses mandats à maintenir le faible taux de chômage qu’il avait hérité de l’ère Thatcher, le déficit public et la dette Anglaise n’ont fait qu’augmenter jusqu’à atteindre un niveau astronomique, fragilisant la société anglaise qui a pris de plein fouet la crise de 2008 et a vu alors le chômage bondir, signant le départ de son ministre des finances et successeur Gordon Brown.

Le bilan est quasiment le même dans les pays scandinaves qui ont vu nombre de leurs fleurons industriels disparaître petit à petit et ont gravement accusé la crise de 2008.

On ne saurait donc donner complétement tort aux Trotskistes, Maoïstes, Stalinistes, Castristes et autres afficionados de la révolution bolivarienne : la social-démocratie reconvertie en troisième voie pseudo libérale et pseudo moderniste a été un échec dans toute l’Europe du Nord. Échec qui a fortement déteint sur la construction européenne et plongé le continent au bord du gouffre, reproduisant partout les mêmes problèmes : déficit budgétaire, désindustrialisation, chômage, fragilité devant les crises, et par réaction : repli sur soi et populisme.

C’est bien grâce à la reprise en main de l’économie Allemande par Angela Merkel, à celle du Royaume-Uni par David Cameron et surtout à la lumière de la crise de 2008 qui a mis en évidence la fragilité des politiques néo-keynésiennes de la 3e voie, que les pays d’Europe du Nord affichent aujourd’hui une santé resplendissante et absolument pas grâce à la social-démocratie mâtinée de social-libéralisme que tous ces pays ont abandonné après en avoir fait les frais.

La seule direction possible

La direction engagée par le président Macron a donc clairement fait ses preuves : celle de l’échec programmé. Modifier le mode de partage du gâteau fiscal ne résoudra aucun des problèmes structuraux et risque de grandement diviser la population française en étant perçue à juste titre comme une politique des riches.

Alors, est-ce que la gauche de la gauche livre un combat d’arrière-garde ou anticipe-t-elle plusieurs coups d’avance sur l’échiquier, ayant dans le fond fait le même constat que le Nord de l’Europe a fini par admettre, après plusieurs décennies de léthargie dans les vapeurs de la douce social-démocratie ?

La solution aux problèmes de la France est connue et elle a prouvé son efficacité. Il n’y a qu’une seule façon de sortir le pays de la spirale du déficit public,  désindustrialisation et chômage : réduire la taille de l’État pour donner à l’économie la place de se développer et arrêter de ponctionner les générations présentes et futures en les faisant payer les intérêts de déficits publics inutiles.

Retrouver le plein emploi ne se fera qu’en rendant à l’économie les compétences qui lui manquent et qu’elle doit financer dans l’État. Un rapide calcul, sachant qu’un emploi dans le service public supprimé crée environ 3 emplois, nous indique qu’il faut supprimer de la fonction publique environ 500 000 fonctionnaires. (L’image illustrant l’exemple anglais parle d’emplois bruts créés et ne tient pas compte des reclassifications et des destructions, ce qui aboutit à un ratio net d’environ 3 pour 1)

Il s’agit tout simplement de mettre en place ce que les pays autour de nous ont appris et que leurs résultats économiques confirment. Il ne s’agit pas de détruire le service public, il s’agit de le remplacer : les entreprises privées font mieux et moins cher ce que l’État nous promet. Il ne s’agit pas d’austérité, mais d’élévation du pouvoir d’achat pour tout le monde.

Il s’agit de rompre avec un modèle social qui ne fait qu’appauvrir le pays, ne profite qu’à quelques privilégiés payés par les impôts prélevés aux autres et qui, non content de taxer au-delà du raisonnable, trouve tout naturel d’empêcher les gens de circuler ou de suivre les cours, tout en nous faisant la leçon sur le progrès et le partage à longueur de journée.