Gilets jaunes : la faillite de l’État-providence

Fermé by Sylvain Naudin(CC BY-SA 2.0)

Si le mouvement des gilets jaunes est si populaire, c’est parce que les Français ont bien compris que la démocratie providence où chacun vivrait des impôts du voisin n’est qu’une fable. OPINION

Par Olivier Maurice.

Quand cessera-t-on de prendre les Français pour des idiots ?

Je me pose avec insistance cette question depuis que j’écoute les commentateurs politiques, les gouvernants, les leaders politiques et autres intervenants s’étendre en théories pour saisir le sens du mouvement des Gilets jaunes et tenter en vain d’y répondre ou de le récupérer.

Ras le bol fiscal, France périphérique en colère, perte de crédit du monde politique, pouvoir d’achat, mondialisation… derrière ces interprétations se cache avant tout la faillite d’un monde imaginaire qui maintient les Français dans un rêve éveillé depuis la fin de la guerre, voire même depuis la Révolution.

Le monde imaginaire de la démocratie providence.

Une illusion n’existe que si on y croit. C’est ce qui différencie la réalité de la fiction, cette dernière cesse d’exister lorsque l’on cesse d’y croire. Et cette fiction est entretenue depuis très longtemps suivant un seul principe : celui de prendre les Français pour des benêts qui croient tout ce qu’on leur raconte.

C’est cette fiction qui est en train de s’effondrer.

Le grand bal des illusions

Parce qu’il parait qu’ils y ont cru, les Français, au meilleur système social du monde. Ils se sont laissé aller à y croire.

Jusqu’au jour où ils ont passé 14 heures aux urgences au milieu des brancards. Jusqu’au jour où il leur a fallu une semaine pour trouver un médecin généraliste qui veuille bien les prendre dans leur clientèle. Jusqu’au jour où ils ont eu à se faire poser un implant dentaire. Jusqu’au jour où ils ont reçu une lettre de Pôle emploi les menaçant de radiation. Jusqu’au au jour où ils se sont fait écraser au tribunal de la Sécurité sociale parce qu’ils réclamaient ce qu’ils pensaient bien être leur droit. Jusqu’au jour où l’URSSAF leur a fait un contrôle de trop.

Jusqu’au jour où ils en ont eu complètement marre qu’on leur dise ce qu’il faut manger, ce qu’il faut boire, comment il faut s’habiller en hiver, comment il faut s’habiller en été, à quelle vitesse il faut rouler …

Jusqu’au jour où ils ont commencé à ne plus prendre au sérieux toutes ces histoires plus abracadabrantesques les unes que les autres que politiciens et journalistes leur servent en boucle.

Jusqu’au jour où ils ont fait le plein et se sont dit que ça commençait vraiment à bien faire.

À crédule, crédule et demi

Mais y ont-ils vraiment cru ? Ou ont-ils simplement décidé d’y croire, faute de mieux ?

Tant que les choses allaient bien, tant que chacun arrivait à trouver son petit avantage dans l’immense bazar de la démocratie providence, on laissait les media dire n’importe quoi et les politiciens sortir leur baratin. De toute façon, pourquoi perdre du temps avec tout cela : les journalistes comme les hommes politiques ont décidé qu’ils auront toujours raison et que rien ne les fera jamais changer d’avis.

De toute façon, plus personne ne vote vraiment. Mais est-ce que ce signal a été compris, voire même simplement entendu ?

Ce qui était drôle et faisait les choux gras des imitateurs et des parodistes : les petits travers, les petits détails qui relèvent régulièrement l’arrogance ou l’incompétence de ceux qui croient nous gouverner, les petites phrases, les polémiques ridicules, les tics de langage caricaturaux et les inepties manifestes… est devenu irritant, lassant pour finalement devenir inadmissible.

Cela fait pourtant des années qu’on leur répète qu’il faut cesser ce petit jeu, qu’il faut cesser de raconter des histoires en multipliant les contre-sens les plus évidents.

Comment peuvent-ils encore aujourd’hui, alors que Paris brûle chaque samedi, continuer à croire qu’ils trompent réellement quelqu’un ?

Miser sur l’ignorance

Une des dernières stratégies de communication trouvée par le gouvernement pour discréditer les Gilets jaunes et qui s’ajoute à la liste déjà peu reluisante que je listais dans mon dernier article, illustre parfaitement cette arrogance, dans un remake du populaire sophisme de la crémière, de la métaphore du beurre et du sourire :

Les Gilets jaunes sont un mouvement un peu contradictoire qui veut à la fois moins d’impôts et plus de services publics.

Il faut vraiment être persuadé de l’inculture des Français pour penser que ceux-ci ne comprendraient pas ce que signifie la notion de gain de productivité. Il faut être bien perché sur son piédestal pour croire qu’ils ignorent ce qu’est le fordisme et comment on a pu, avec la mise en chaîne de la fabrication de la Ford T en 1908, faire que l’on ait à payer moins de dollars pour avoir davantage de voitures.

Il faut vraiment être déconnecté du monde réel pour ignorer que chaque ouvrier, chaque employé, chaque artisan, chaque commerçant se retrouve chaque jour, plusieurs fois par jour, devant cette double injonction : faire toujours plus, donner encore plus… mais toujours pour moins cher, pour plus vite et de meilleure qualité.

L’excuse de l’exception Française

La dépense publique, c’est 1 291 milliards d’euros, 56,5 % du PIB. Record mondial.

Comment peut-on donc espérer nous faire croire qu’il soit impossible de faire quelques petites économies ? Cela fait des décennies, depuis la mise en place du modèle social du CNR juste après la guerre que l’on n’a fait aucune réforme. 73 ans à ne faire qu’augmenter les dépenses publiques sans jamais chercher une seule fois à les diminuer.

Comment peut-on espérer nous faire croire que nous serions les seuls au monde pour lesquels il serait impossible de payer moins d’impôts ? Nous faire croire que la disponibilité des services publics n’est qu’une question d’argent. Même pas de moyens, une simple question d’argent.

Qui irait voir son patron ou ses clients et oserait leur expliquer que s’il ne travaille pas plus, c’est simplement parce qu’il est Français ?

Démagogie

Comment peut-on également croire qu’on allait résoudre le problème en un claquement de doigts, en sortant du chapeau des solutions magiques, comme celle de réduire le salaire des députés ou les pensions des anciens Présidents. Même si le symbole est force d’exemple, ces dépenses ne sont rien dans l’océan de taxes, d’impôts et de déficit.

Un million d’euros, c’est le 0,0000007 ème des dépenses publiques, c’est un litre d’eau dans une piscine olympique.

La tranche supérieure de l’impôt sur le revenu, celle qui impose à 45 % ne représente que 0,7 % des dépenses publiques. Tout comme diminuer le salaire des députés, taxer les riches n’est qu’un argument démagogique qui ne résiste pas une seule seconde à l’analyse des chiffres.

Quel Français n’a pas autour de lui quelqu’un qui n’arrive pas à boucler ses fins de mois ? Combien de personnes sont parties de France, lasses de cette suspicion permanente du « riche » ?

Avec Internet, l’époque où les classes sociales vivaient à coté l’une de l’autre sans jamais se parler est révolue. Tout le monde a bien compris que les histoires de politique des riches ou de politiques des pauvres sont avant tout entretenues par les politiques, parce qu’elles ne servent en fin de compte qu’à jeter les gens les uns contre les autres, à diviser pour mieux régner.

Taxer pour ne pas réformer

Malgré les innombrables taxes en tout genre, la moitié de la dépense publique provient de 2 prélèvements principaux : la taxe sur la valeur ajoutée (203 Md€) et les charges sociales (488 Md€).

Le reste est principalement financé par l’impôt sur le revenu (78 Md€), l’impôt sur les sociétés (60 Md€), les impôts sur l’habitat – taxe d’habitation et impôt foncier (60 Md€) et le déficit (75 Md€).

Ces chiffres, comme tous les autres sont facilement disponibles en une simple recherche sur Internet. Comment peut-on nous faire croire que quelqu’un ignorerait l’état déplorable des finances publiques et le besoin impérieux pour l’État de trouver des solutions ?

Tout le monde a bien compris que l’intérêt de la fiscalité écologique est avant tout comptable, qu’elle permet de créer une nouvelle entrée d’argent qui peut potentiellement atteindre le 50 ou 100 milliards d’euros dans quelques années, l’État étant quasiment à bout de ces capacités d’augmenter ses recettes sur ses 6 moyens de financement principaux (TVA, charges, IR, IS, foncier et déficit)

Les fonctionnaires de Bercy et les débats télévisés auront beau chercher une solution pour rééquilibrer les dépenses publiques en taxant davantage l’un et moins l’autre ou vice-versa et en faisant des plans sur la comète : il n’y en a pas. Il est évident que ce n’est pas du côté des recettes qu’il faut chercher la solution, mais bien du côté des dépenses.

La fable des taxes ciblées

Mais on continue à croire que les Français gobent toutes ces fariboles. Et comme cela ne suffisait pas, on y rajoute systématiquement une autre, encore plus énorme : celle qui consiste à prétendre que les impôts ou les taxes cibleraient une catégorie sociale particulière ou un élément économique particulier : les riches pour l’ISF, la pollution pour la taxe carbone etc.

Hé oui, on continue à penser que les Français sont suffisamment crédules pour croire que quand on taxe les carburants, on taxe la pollution, mais pas du tout l’essence qui permet d’aller au travail.

Une taxe finit toujours par se répercuter dans l’économie et par toucher tout le monde. Dans le prix d’une baguette de pain, il n’y a pas que la TVA, il y a aussi la taxe sur les carburants du tracteur qui a labouré la terre, de la moissonneuse, des camions qui ont acheminé le grain et la farine. Il y a les taxes sur l’électricité qui a fait tourner le moulin et chauffé le four. Il y a les charges sociales que payent l’agriculteur, le boulanger, le meunier. Les impôts fonciers de la boulangerie, du moulin, de l’exploitation agricole. Et toutes les taxes se retrouvent dans le prix de la baguette. Sans les taxes, une baguette ne coûterait pas 1 euro, mais quelques malheureux centimes.

On croirait que le pouvoir ne fait jamais ses courses, ne sait pas ce qu’est un hard-discount, qu’il n’a pas compris que le principal effet de la mondialisation est la chute des prix. Pense-t-il vraiment que les gens n’ont pas compris pourquoi les prix des produits étrangers sont aussi bas ? Qu’ils n’ont pas remarqué que la baisse des prix est bonne pour tous les produits… sauf bizarrement ceux que l’État réglemente, comme par les carburants, le gaz ou l’électricité.

Tout le monde paie les frais de l’incompétence et de l’arrogance

En fin de compte, c’est toujours le citoyen, chaque citoyen, tous les citoyens qui paient.

Cela fait 50 ans que le budget de l’État est en déficit. Ça fait 50 ans que l’État invente des histoires pour essayer de s’en sortir. Ça fait 50 ans que l’État fait la chasse à tout ce qui peut être imposé et invente de nouvelles taxes pour chasser l’argent dans tous les recoins de l’économie. Comme si des chanceux pouvaient être passés à travers les mailles du filet pendant 50 ans.

50 ans… voire même peut être 200 ans…

50 ans que l’État est en faillite. En faillite budgétaire, et en faillite politique.

Nous sommes tous logés à la même enseigne : nous sommes tous des contribuables que l’on prend pour des simplets qui gobent toutes les histoires qu’on leur raconte. Nous sommes tous des Gilets jaunes.