L’immigration et les Français : perdre son identité ou perdre son âme ?

Immigration : il faut débusquer les fausses nouvelles et croyances côté anti et rappeler aux pro que le respect de la loi est un principe fondamental de nos sociétés tant pour les entrées que pour le comportement ultérieur.

Par Yves Montenay.

Parlez de manière raisonnable de l’immigration et vous perdez tous vos amis ! Vous n’y êtes pas suffisamment hostile pour les uns et vous êtes sans cœur pour les autres ! Et pourtant cette question très importante nécessitera du consensus.

Commençons par une constatation basique : nous sommes en démocratie, la majorité des électeurs français, et celle d’une bonne partie des pays occidentaux, sont opposés à l’immigration, parfois très violemment. Les gouvernements les suivent donc.

Certains opposants à l’immigration vont parfois très loin, avec un racisme à peine caché, et repassent en boucle une pluie d’infox (fake news) qui fait monter leur exaspération : combien de fois ai-je entendu dire que « Les Africains se moquent de nous qui les payons pour avoir beaucoup d’enfants », confondant le nombre d’enfants par femme et celui d’un père polygame.

Le gouvernement est ainsi sans cesse débordé sur sa droite, qui le trouve trop laxiste, tout en étant violemment attaqué sur sa gauche, au nom de l’humanité élémentaire, voire de façon plus idéologique.

Avec d’autres Français, j’aimerais sortir de cette quasi guerre civile, et pour cela il faut commencer par y voir clair. D’où cet article qui veut démonter les arguments excessifs de part et d’autre.

Ces arguments sont juridiques, identitaires, sécuritaires et économiques. Comme toujours on y trouve du vrai et du fantasmé.

Respecter la loi ? Oui, mais…

Pour les opposants, c’est simple : une immigration illégale est interdite par définition, et il faut respecter la loi.

Concernant l’immigration légale, ils demandent des lois plus sévères, notamment concernant le regroupement familial, oubliant que nous avons signé des traités internationaux interdisant de séparer les familles.

Comme le nombre de réfugiés, et souvent leur religion (l’islam) les inquiètent également, ils veulent restreindre le droit d’asile. Or on voit mal comment le réduire dans le cas des Syriens ou des Érythréens et malheureusement de bien d’autres qui risquent leur sécurité et leur vie en restant dans leur pays.

Les partisans de l’immigration estiment les lois actuelles illégitimes car contraires au devoir humanitaire d’assistance. Selon eux, il faut donc accueillir tous les migrants, quel que soit leur statut : réfugiés politiques, victimes de conflits ou réfugiés économiques.

À notre avis il ne faut pas jouer avec le droit qui est depuis les Romains un des fondements de la civilisation occidentale. Il faut s’attaquer aux vrais et faux problèmes concrets posés par son application.

Dialogue de sourds sur l’identitaire

Les arguments identitaires, tels que « L’immigration sape la civilisation occidentale » ou « l’identité française », sont controversés parce que la notion même d’identité est imprécise, bien que profondément ressentie par une partie de la population.

Rappelons que l’apparition de l’identité en politique vient de la gauche, dans un contexte de protection des minorités. C’est donc la majorité qui s’estime maintenant mise en minorité, ou menacée de l’être.

Sur ce thème de l’identité, les pro rétorquent que cette notion est impossible à définir, et donc qu’elle n’existe pas. Et même si elle existait, cela resterait une idée personnelle que nous n’avons pas à imposer aux autres, et notamment aux nouveaux arrivants.

Même l’évocation des racines chrétiennes de l’Europe (à côté des racines grecques et romaines), pourtant constatation historiquement évidente et qui devrait être consensuelle, est prétexte à une guerre de religion entre ceux qui ne veulent pas froisser les autres et ceux qui en font un outil de discrimination !

Certains vont plus loin : les nations sont des entités artificielles et les frontières ne devraient pas exister.

Les deux camps évitent ainsi la question pourtant fondamentale de l’assimilation, les opposants parce qu’ils la jugent impossible, et les partisans parce qu’ils ne la trouvent pas souhaitable.

Mais la réalité est nuancée : au travail, vous constatez la présence de collègues, de fournisseurs, de clients, d’interlocuteurs dans l’administration etc. qui sont parfaitement intégrés, voire assimilés. Inversement, dans la rue, les opposants trouveront 1000 exemples allant dans le sens de leur thèse.

Source : Insee, Recensement de la population, 2014.

Mon avis est que l’immigration n’est pas du tout un bloc comme l’usage du mot le sous-entend souvent, bloc pour lequel on cite des chiffres impressionnants (un quart de la population française serait composé d’immigrés ou descendants d’immigrés), ou carrément fantaisistes (10 à 15 millions de musulmans, au lieu de 4 à 5).

Or, évoquer l’immigration comme un bloc n’a aucun sens puisqu’on amalgame ainsi une immigration ancienne, majoritairement européenne et largement assimilée après quelques décennies de rejet : Italiens « trop catholiques », Polonais et Espagnols « trop frustes », Juifs « trop … » (l’histoire nous a laissé un large choix).

Quant aux immigrations récentes, elles sont extrêmement diverses et opposées entre elles. Voyez l’animosité entre Asiatiques et Maghrébins, et les divisions à l’intérieur de chaque groupe :

  • entre musulmans et non musulmans, ces derniers comprenant une partie de la population d’origine ou d’ascendance musulmane devenue athée ou chrétienne,
  • entre musulmans, non seulement du fait de leur comportement religieux mais aussi du fait de leur nationalité : Turcs/Arabes, Marocains/Algériens etc.

Il en va de même pour certains discours un peu rapides assimilant immigration et activistes musulmans, ces derniers n’en étant qu’une infime proportion. Néanmoins dangereuse, nous sommes tous d’accord là-dessus, y compris la grande majorité des musulmans de France.

Il faut aussi rappeler que l’intégration et l’assimilation se construisent, notamment par l’école et l’emploi, et qu’elle est freinée par une partie de nos élites qui voient en elle une insupportable contrainte culturelle, ce que je trouve absurde et dangereux. Malheureusement, l’intégration est également freinée par la réticence de certains employeurs.

Le sécuritaire entre vrais risques et obsessions contre-productives

La réaction sécuritaire, elle, est très compréhensible puisque la violence est revendiquée par les activistes musulmans.

Mais, là aussi, la division est profonde : pour les anti immigration, l’islam mène par nature à l’islamisme, voire au djihadisme, tandis que pour les défenseurs de l’immigration les musulmans sont d’abord des victimes pour toutes sortes de raisons qui se cumulent (anciens colonisés, discriminés…).

À mon avis les deux ont tort, et de toute façon on ne peut condamner tout un groupe du fait de l’activité de certains de ses membres.

Une bonne contribution à la sécurité est le signalement des individus dangereux aux autorités par leurs proches, ce qui a permis d’éviter de nombreux attentats. Et ce signalement, qui va au rebours des solidarités locales et familiales, sera d’autant plus facile que les proches se sentiront bien acceptés par la population française. À cet égard, l’hostilité envers eux d’une partie de la population est terriblement contre-productive !

Les arguments économiques méritent un développement particulier.

L’ignorance économique

Pour les opposants, l’immigration est une catastrophe du fait du coût de l’accueil, puis de l’entretien des chômeurs, ces derniers le demeurant éternellement par manque de qualification, et par manque de motivation du fait des prestations sociales et de trafics rémunérateurs.

Pour les partisans, l’humanité doit primer sur l’économique si l’impact de l’immigration est négatif, et même s’il est positif. Car « les hommes ne sont pas des marchandises et c’est pour d’autres raisons qu’il faut les accepter ».

À mon avis si tous les hommes étaient interchangeables, l’immigration serait un bienfait : notre économie, ainsi que la sauvegarde de nos retraites, est freinée par un manque de travailleurs, y compris non qualifiés.

Mais nos chômeurs direz-vous ? L’exemple classique d’un chômeur qui n’accepte pas un emploi à 500 km de chez lui parce que son conjoint a le sien près de son domicile actuel et qu’il est propriétaire de son logement illustre l’avantage théorique de l’immigration : le nouveau venu peut aller n’importe où géographiquement et dans une certaine mesure professionnellement.

En sens inverse, vous entendrez souvent qu’un paysan malien ne peut compenser notre manque d’informaticiens ou d’infirmières. Mais les migrants sont rarement des paysans : ils font souvent partie de la classe moyenne, sinon ils n’auraient ni les connaissances notamment linguistiques nécessaires au voyage, ni l’argent pour les passeurs, argent qui vient de la vente de leurs biens ou de contributions familiales.

Par ailleurs, comme dit plus haut, les personnes non qualifiées sont également utiles à notre économie, tel le personnel de surveillance ou les nounous africaines qui permettent d’utiliser les qualifications des parents et particulièrement celle des mères. On peut résumer cela brutalement : économiquement, nous avons besoin de migrants qui travaillent.

Or ils ne travaillent pas, assurent les anti. Là aussi c’est largement faux : comme dit, voyez nos collègues, clients ou fournisseurs.

Les autres, soit travaillent au noir (restauration et autres métiers de bouche, bâtiment…) ou sous des prête-noms (intérim…), soit effectivement ne travaillent pas du tout. Cela parce que soit l’assistance sociale leur suffit, soit par ce qu’ils n’en ont pas le droit, étant en attente de leur statut, soit parce que leur logement est trop loin des emplois disponibles dont ils n’ont même pas connaissance à temps s’ils vivent dans de grands ensembles de banlieues très mal desservis.

À cette variété des situations s’ajoute l’hétérogénéité des migrants : les Asiatiques, les Portugais et les Turcs ont la réputation d’être particulièrement actifs, les Roms, chrétiens et citoyens européens, de l’être nettement moins.

Bref, tout jugement tranché sur le travail des migrants n’a pas de sens. Comme toujours on est ramené à des cas individuels.

De toute façon les partisans répètent que peu importe le contexte économique, culturel ou autre, l’essentiel est d’accueillir des personnes en difficulté.

L’humanitaire, priorité ou inconscience ?

Mais « c’est à cause de vous qu’ils sont en difficulté » objectent les pro : pourquoi se lancer en mer lorsque l’on sait que l’on est dans l’illégalité et donc probablement refoulé, et que l’on connaît la brutalité des mafias de passeurs et le danger de mourir noyé ?

« C’est parce que vous, les pros, leur avez dit qu’une régularisation était possible, et que des bateaux de sauvetage les attendaient. D’ailleurs les passeurs ont intérêt à prévenir les sauveteurs de manière à maintenir la demande des migrants et donc leur business. »

Les pros démentent avec indignation : « ils sont là, on ne va quand même pas leur tirer dessus, surtout après ce qu’ils ont subi ! » Et rajoutent parfois : « en tant qu’ancien colonisateur, nous avons une responsabilité dans le sous-développement et donc dans leur pauvreté » (ce qui ne me paraît pas fondé).

Rappelons enfin le raisonnement attribué à l’extrême gauche, très minoritaire j’espère : « facilitons ces entrées massives, car tout est bon pour détruire cette société que nous détestons (capitaliste, libérale, inégalitaire…) ».

Les gouvernements européens s’échinent à trouver une solution respectant les deux points de vue : sauver, oui, admettre, non (sauf les demandeurs d’asile, ce qui implique des formalités de plusieurs mois).

Ils ont renforcé l’étanchéité des frontières européennes, et les arrivées par mer ont considérablement décru par rapport à la vague de 2015 qui était favorisée par la Turquie.

Mais alors où doivent-il séjourner provisoirement ? Discussion d’autant plus complexe que les gouvernements européens ne sont pas d’accord entre eux.

Cette division de l’opinion occidentale est en décalage avec la migration massive potentielle

La situation économique, politique et démographique de l’Afrique et de bien d’autres pays explique qu’il est parfaitement logique pour des dizaines, voire des centaines de millions de personnes, de tenter de s’installer en Occident.

De plus, c’est une manne pour leurs gouvernements et leurs proches restés au pays : les transferts financiers des émigrés vers l’Afrique sont maintenant supérieurs à l’aide internationale.

Accessoirement les bénéfices des passeurs deviennent extrêmement importants, avec des retombées sur certains responsables politiques des pays de départ.

Bref, toutes les conditions d’une migration massive sont réunies.

En face, la division des citoyens occidentaux est sans cesse avivée par la dramatisation naturelle des médias, qui ne sont pas là pour parler « des trains qui arrivent à l’heure » mais de ce qui se vend, c’est-à-dire le dramatique et le scandaleux, sans parler du déluge de fausses données et de fausses nouvelles qui exacerbent les deux camps.

Il faut sortir de ce faux dilemme « perdre son identité ou perdre son âme ». Car l’identité, ça se construit. Pour nous-mêmes d’abord : donnons à nos enfants une bonne culture historique et générale, et si elle est solide, elle s’imposera aux nouveaux venus.

Cela a été mille fois vérifié avec l’assimilation, même à distance, de nombreux étrangers, dont certains sont devenus de grands écrivains francophones.

Les opposants, étant majoritaires, ont pour eux le droit et la démocratie, mais il est de leur intérêt de veiller à une information plus exacte, car des gestes de haine ou un témoignage particulièrement touchant feraient basculer l’opinion dans l’autre sens. C’est ce qui vient d’arriver aux États-Unis, avec les photos d’enfants séparés de leurs parents et derrière les barreaux.

Il faut débusquer les fausses nouvelles et croyances côté anti et rappeler aux pro que le respect de la loi est un principe fondamental de nos sociétés tant pour les entrées que pour le comportement ultérieur.

C’est ce que je m’efforce de faire ici, et dans d’autres articles qui dénoncent le fantasme du grand remplacement, démographiquement infondé (il y a plus de 500 millions d’Européens ! ).

Maintenant, aux hommes politiques de proposer des solutions, de préférence consensuelles, par exemple en se préoccupant davantage du développement et surtout de la sécurité en Afrique. Car ce sont les violences qui poussent les migrants vers nous, directement pour l’asile ou indirectement en ruinant l’économie locale.

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