La croissance économique stagne, l’inflation réglementaire repart

Emmanuel Macron by EU2017EE Estonian Presidence (CC BY 2.0)

Il n’y a donc aucune remise en cause, même à terme, du poids de l’État, du nombre des fonctionnaires, des rigidités réglementaires et des normes qui asphyxient l’économie

Par Dominique Philos.

Après le court intermède favorable de 2017, nous sommes retombés dans la croissance molle et les prévisions optimistes de l’équipe Macron s’avèrent désormais inatteignables.

La croissance pour 2018 ne sera ni de 2%, ni de 1.8, ni même de 1.7 ; elle sera même probablement inférieure à 1.5%. Ce phénomène de ralentissement atteint toute la zone euro, ce qui permet de penser que la France ne pourra pas, comme en 2017, compter sur une croissance exogène pour tirer sa propre économie vers le haut.

Le chômage va de nouveau augmenter et les comptes publics encore se dégrader. Malgré ses accents volontaristes, l’optimisme affiché par Emmanuel Macron va s’engluer dans les mêmes difficultés que celles rencontrées lors des deux précédents quinquennats, avec une marge de manoeuvre nulle ou à peu près.

Macron a beau multiplier les réformes afin de créer l’illusion d’un programme structuré et cohérent et de persuader les esprits d’une transformation du pays, il n’y a en fait aucune véritable réforme, aucun changement important. Il a par ailleurs expérimenté, avec la SNCF, la capacité de résistance de certaines catégories socioprofessionnelles et ne sous-estime pas non plus celle qui pourrait émaner d’une administration tentaculaire dont l’État ne peut pas se passer.

Les mesures phares du gouvernement

Les mesures prévues pour entrer en application sont :

  • La mise en place d’un bonus/malus pour les entreprises afin de limiter la précarité de l’emploi et l’usage abusif de CDD, sans voir qu’on s’attaque à la conséquence et non à la cause de la précarité, à savoir qu’il est très difficile pour une entreprise de se séparer d’un salarié embauché en CDI lorsque les circonstances l’exigent ;
  • La remise en cause des taux réduits de TVA qui « profiteraient de manière indue aux entreprises » alors que c’est le consommateur final, c’est-à-dire le Français moyen, qui paie la TVA ;
  • La reprise de la dette de la SNCF (35 Md€), sans remettre en cause les avantages acquis ni le mode de fonctionnement de cet établissement public qui va donc continuer à accumuler déficits et dettes ;
  • La mise en place du prélèvement de l’impôt à la source, lequel a pour but de rendre l’impôt opaque afin qu’il soit mieux acceptable tout en étant majorable à tout instant. Il s’agit en réalité d’une machine à cash, toute majoration du taux de prélèvement entraînant immédiatement une augmentation des rentrées fiscales, sans le décalage actuel d’un an.

Toujours plus de taxes

Ces différentes mesures interviendront après :

 

Nous attendons avec impatience les détails de la suppression de la taxe d’habitation ; laquelle, faute de financement et d’économies, sera nécessairement remplacée par un autre impôt ou donnera lieu à l’alourdissement d’un impôt déjà existant.

Parallèlement, on laisse perdurer un capitalisme d’État aux performances absolument lamentables (SNCF, Areva, EDF-RTE, Air France, Naval Group qui vient de perdre 250 M€, via sa filiale Nava Énergies, dans des investissements douteux dans l’hydrolien …) et qui coûtent des fortunes au contribuable alors même qu’elles fonctionnent souvent en situation de monopole !

Et la phase temporaire d’amélioration de la conjoncture n’a même pas été mise à profit pour tenter de limiter l’inflation des dépenses publiques mais il est vrai que le dérapage des dépenses est considéré comme naturel pour un gouvernement dirigé par des étatistes convaincus.

Car si la croissance a été de 2% en 2017, les recettes fiscales ont explosé de 4 %, soit deux fois plus que la croissance du PIB, et leur poids dans le PIB a augmenté de 0,7 point à 53,9 %.

Cela signifie d’une part que si le déficit public a baissé, c’est surtout parce que la pression fiscale a augmenté plus vite que le PIB alors que d’un autre côté les dépenses publiques ont encore fortement augmenté de 2,5 %en 2017, et d’autre part que si le déficit public de la France est passé sous la barre des 3 % du PIB (à 2,6 %, contre 3,4 % en 2016 et 4,1 % en 2013), la croissance a en fait été confisquée par l’État par le biais de l’augmentation de la pression fiscale.

On continue comme avant, avec les mêmes recettes qui n’ont pas fonctionné parce qu’on ne sait pas faire autrement, et la caste au pouvoir, cette noblesse d’État, va tirer sur la vieille ficelle du tabassage fiscal et du crédit jusqu’à ce qu’elle casse ; et ce d’autant plus que les vieux artifices spoliateurs, tels qu’inflation et dévaluation, qui permettaient auparavant de combler les dettes, sont devenus soit impossibles à mettre en œuvre soit inopérants.

Il n’y a donc aucune remise en cause, même à terme, du poids de l’État, du nombre des fonctionnaires, des rigidités réglementaires et des normes qui asphyxient l’économie… juste des petits aménagements à la marge pour les quelques mesures favorables, et un véritable matraquage réglementaire et fiscal pour le reste.

Nous assistons à la sempiternelle croissance des normes et des réglementations, à l’édiction de nouvelles exigences, de nouveaux contrôles, de nouvelles administrations, de nouvelles charges administratives ou financières pour les entreprises ou les particuliers, donc à un accroissement du poids de l’État.

Fatalement, ces excès d’impôts et de normes auront forcément des répercussions sur la croissance future dès 2018 mais, par habitude, par conformisme, par peur de déplaire au souverain, la caste au pouvoir est incapable de se déjuger et l’État est finalement incapable de se réformer.

La pression fiscale s’intensifie

La seule issue trouvée à ce jour n’a donc été que l’augmentation perpétuelle des impôts et de la pression fiscale… exercice qui, évidemment, va trouver à un moment ou à un autre ses limites.

Nous sommes pris dans un cercle vicieux dont nos hauts fonctionnaires n’ont pas encore trouvé l’issue : quand la croissance repart, la pression fiscale augmente, ce qui signifie que les bénéfices de la croissance sont captés par l’État et quand la croissance devient insuffisante, la pression fiscale continue d’augmenter parce qu’il faut continuer à financer des dépenses en augmentation constante, ou alors accepter d’aggraver le déficit en empruntant ; ce qui n’est qu’une manière de différer le prélèvement fiscal.

Autrement dit, quand tout va bien on augmente les impôts et quand tout va mal on augmente encore les impôts.

Ce mécanisme s’explique par le fait, qu’en France, a été mis place un système de tiers-payant qui évolue en un système de gaspillage et d’abus généralisés car chacun veut y trouver son avantage sans aucune considération pour les coûts engendrés ; ce qui explique pourquoi tous les comptes soient dans le rouge.

Entre ceux qui ne comprennent pas le fonctionnement de l’économie et pensent que tout va bien et ceux qui ont compris qu’il était plus facile de vivre aux dépens des autres, le développement excessif de l’État providence a transformé la France en une espèce de caisse commune où tout le monde se sert, jusqu’au jour de la faillite pure et simple du pays.

Le crédit gratuit via les rachats massifs de dettes par la BCE cessera un jour et, ce jour là, le coût des intérêts va s’envoler entraînant la dette dans une spirale haussière qui pourrait très rapidement devenir incontrôlable. Nous sommes de plus à la merci de la guerre économique enclenchée par D. Trump, d’un évènement fortuit, d’une crise financière internationale et d’une remontée des taux d’intérêts alors que les comptes du pays vont retourner dans le rouge et tangenter à nouveau avec les 3% de déficit pour 2018.

Sauf incident de parcours imprévu et catastrophique, nous avons encore quelques années devant nous à profiter de ce système, et il restera toujours une loi sur les fake news qui pourrait bien aider le pouvoir à nous faire penser correctement ; et ces radars qui crépitent le long des routes limitées à 80 km/h pour nous rappeler que nous sommes en liberté surveillée…

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