Taxe sur le luxe : l’imbécile confusion

Il y a une imbécile confusion à confondre les signes extérieurs de richesse avec les signes extérieurs de consommation.

Par Henri Dumas.

Ce mélange constant entre le capital et la consommation est non seulement insupportable mais socialement suicidaire, d’autant que la foule y croit, aiguisée par son fond hideux d’envie.

D’abord les signes extérieurs

Peut-on vivre sans signe extérieur ? Comment pourrait s’organiser une société sans signe extérieur ? Les tribus les plus primitives cultivent les signes extérieurs.

Car, en réalité, lorsque l’on rencontre son prochain, que voit-on en premier si ce n’est ses signes extérieurs ? Ce sont eux qui le définissent.

Peut-on imaginer un SDF faisant la manche en costume trois pièces impeccable ou un ministre allant à son ministère habillé en SDF ?

Bien plus, une des qualités essentielles pour survivre dans l’organisation des hommes est justement la sensibilité qui permet de reconnaître les signes extérieurs sincères de l’honnête homme de ceux falsifiés de l’escroc.

Donc, nous mettons tous un soin particulier à veiller au bon emploi de nos signes extérieurs. Certains transgressent volontairement leurs règles, d’autres les appliquent avec précision, tous sont jugés par rapport à cela.

Des signes importants

Il s’agit d’un premier jugement évidemment, si l’occasion nous est donnée d’entrer en connaissance plus approfondie avec quelqu’un, alors les signes extérieurs qui le définissent seront moins importants à nos yeux, mais ils seront toujours là, en contrepoint s’il le faut.

Pensons aux magistrats et à leurs Palais de Justice, à leurs estrades et à leurs accoutrements nécessaires à leur autorité. Pensons à nos hommes politiques, à leurs mairies, leurs  conseils généraux ou régionaux luxueux, leurs voitures de fonction, leurs huissiers, sans lesquels ils auraient l’impression d’être nus.

Et que dire de nos militaires, de nos gendarmes, de notre police qui pour rien au monde ne se départiraient de leurs uniformes et autres signes extérieurs d’autorité.

Alors pourquoi les rois de l’économie n’auraient-ils pas besoin des signes extérieurs de richesse qui les mettent à la place sociale qu’ils revendiquent dans leur système ?

Que pour chacun d’eux cela soit ou non justifié, là n’est pas le problème.

Pourquoi chaque homme aurait-il la nécessité de signes extérieurs d’existence et pas les acteurs économiques ? C’est absurde.

De la confusion entre les signes extérieurs

Sauf les mythomanes avérés, rares sont ceux qui se déguisent en gendarme, si l’on exclut le sympathique animateur de rue de Saint Tropez.

Tout simplement la chose est totalement interdite, tant la puissance du signe extérieur permettrait alors tous les excès.

Il n’y a pas, dans l’esprit de la population, de confusion entre la jouissance du pouvoir autorisée par l’uniforme et la fonction respectée du gendarme. Personne ne revendique le droit de se déguiser en gendarme le weekend pour satisfaire un souhait de commandement.

Il ne vient pas à l’idée de nos énarques de taxer les signes extérieurs de la maréchaussée.

Pouvoir et signes extérieurs du pouvoir sont acceptés, ne sont pas revendiqués par ceux qui sont extérieurs au pouvoir. Alors que dans l’absolu ils le pourraient, peut-être certains en rêvent-ils d’ailleurs ?

En réalité, personne ne confond le pouvoir qu’il s’octroie personnellement et les signes extérieurs du pouvoir que la société attribue à ceux auxquels elle confie officiellement ce pouvoir.

Les signes extérieurs de richesse

Ils sont évidemment un étalage de richesse, c’est une évidence.

Tout un chacun est impressionné par le Qatari qui finance le PSG, c’est un signe extérieur de sa richesse. Tout comme l’achat par tel Chinois d’une propriété dans le bordelais. Évidemment, yachts et jets font partie de cette panoplie sans laquelle un entrepreneur n’est pas reconnu par ses pairs à l’échelle du monde.

Nul ne peut nier qu’une certaine vulgarité, souvent liée à l’exagération, peut entacher les signes extérieurs.

Il en est ainsi, la plupart du temps, des uniformes du pouvoir des dictateurs, ainsi que de certains signes extérieurs de richesse des nouveaux riches.

Mais cela n’a pas d’incidence sur la nécessité des signes extérieurs qui, dans le cas des signes de richesse, lorsqu’ils sont discrets pour les non initiés sont souvent encore plus coûteux pour les initiés.

Le signe extérieur de richesse doit être coûteux, très coûteux, c’est la raison même de son existence. Est-il pour autant un acte de consommation personnelle ?

La réponse est non.  D’abord parce qu’il est une obligation, ensuite parce qu’il est une charge. Il n’est pas libre. Or la consommation, elle, est libre, c’est même sa définition.

Tout comme l’uniforme est une contrainte rapidement plus lourde que ses avantages — Lady Di en souffrait terriblement — les signes extérieurs de richesse sont plus contraignants que gratifiants.

Quel intérêt de les imposer lourdement ?

Absolument aucun.

Pourquoi ne pas imposer les robes des magistrats, l’uniforme des gendarmes, les palais de la république, etc.

L’imposition des signes extérieurs est absurde, cela revient à imposer les signes de reconnaissance dont les hommes ont besoin entre eux pour se retrouver dans le labyrinthe de l’organisation sociale.

Sauf à vouloir volontairement perdre une catégorie sociale dans ce labyrinthe, la neutraliser pour la voir disparaître, il est absurde de l’amputer de ses signes extérieurs.

C’est bien tout le problème soulevé par l’imposition des signes extérieurs de richesse, il ne s’agit pas de justice sociale, mais d’éradication des riches.

Que cela soit dit. Au moins nous saurions où nous en sommes.

Un pays qui voue ses riches à la disparition doit assumer les conséquences pour lui dans le monde, que chacun connait.

Stop donc à l’imbécile confusion. Soyons clairs sur ce sujet.

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