4 raisons qui expliquent pourquoi Macron va dans le mur

Macron n’est pas le président dont la France a besoin. Et ce, sur de si nombreuses dimensions qu’il est devenu certain que son mandat s’achèvera dans la douleur.

Par Claude Robert.

Que les médias officiels le minimisent, par manque de courage voire de liberté, ne change rien aux faits : après l’élection de Hollande, dont le mandat nous a coûté socialement très cher, la France a commis une nouvelle erreur en élisant Macron. Par comparaison, se tromper d’acteur dans un film ne porte préjudice qu’au réalisateur et à son équipe.

Dans une entreprise bien gérée, une erreur de recrutement peut se réparer avant qu’il ne soit trop tard, pendant la période d’essai, ou ensuite, en renvoyant la mauvaise recrue, ou en la déplaçant selon le fameux principe « the right profile at the right place ». Mais lorsqu’un président n’est pas à la hauteur et aggrave les difficultés du pays qui l’a porté au pouvoir  plutôt que de les réduire, le problème est autrement plus ennuyeux.

Il en est ainsi de Macron, dont la gouvernance s’annonce digne du programme qu’il avait présenté avant l’élection, ou plus exactement, du programme qu’il avait bâclé et incomplètement présenté, arguant avec dédain que celui-ci n’était « pas au cœur d’une campagne ». Tel un dictateur en herbe, Macron avouait même qu’une élection présidentielle était une sorte de communion qui s’instaurait entre un candidat et le peuple, privant ce dernier de visibilité, laissant la voie ouverte aux manipulations et aux mensonges de toutes sortes, manipulations et mensonges que les faits ont depuis confirmé.

Macron n’est pas le président dont la France a besoin, et ce sur de si nombreuses dimensions qu’il est devenu certain que son mandat s’achèvera dans la douleur car,

  • sur le plan économique sa compréhension des mécanismes est renversante ;
  • sur le plan politique, il embrouille les cartes et rend son action inintelligible ;
  • d’un point de vue moral, il n’est ni exemplaire ni cohérent ;
  • sur le plan sociétal, en méprisant les problèmes, il attise lui-même les populismes.

Une compréhension renversante des mécanismes économiques

Les faiblesses de la France son archi-connues. À l’exception des experts idéologiquement véreux qui clament que l’on peut s’endetter ad vitam aeternam, la majorité des économistes s’accorde pour pointer du doigt nos travers : poids considérable de l’État et par conséquent des charges, taxes et impôts qui sont à l’origine de l’impressionnante chute de notre compétitivité. La mauvaise orientation de la plupart des indicateurs confirme la gravité du diagnostic : part de marché industrielle mondiale, richesse par habitant, taux de pauvreté, taux de chômage, rentabilité et création des entreprises, taux de suicide, etc.

Combien d’années faudra-t-il répéter qu’il n’existe pas d’exemple de pays ayant réussi socialement parlant en allant au-delà du raisonnable en matière de redistribution ? Les quelques pays riches qui poursuivent dans cette voie étatiste essuient exactement les mêmes échecs : croissance en berne, chômage de masse, accroissement de la pauvreté et de l’exclusion, coût social exorbitant pour des résultats ridicules et purement temporaires. Ainsi se font remarquer les deux plus mauvais élèves européens (parmi les plus riches) : l’Italie et la France qui, avec le Danemark (dans une légèrement moindre mesure), accusent un recul régulier de leur richesse per capita par rapport au reste de l’Europe et au reste du monde.

Dans le concert mondial de la compétition économique, nous faisons partie des losers, ceux dont les citoyens à s’appauvrir et à rester sur le carreau sont de plus en plus nombreux. Ce ne sont pas que des chiffres d’une science économique que certains irréductibles réfractaires accusent d’être « au service des riches ». Ce sont tout simplement des faits.

Qu’est-ce que Macron a réalisé depuis son arrivée au pouvoir ? Au lieu de libéraliser notre économie, contrairement aux apparences, il poursuit dans l’accroissement de la pression confiscatoire des agents économiques. Il a certes promis des réductions mais c’était mensonger : seules les grandes fortunes non investies en immobilier voient leur fardeau s’alléger. Les autres catégories sont de plus en plus taxées, par des moyens de plus en plus variés d’ailleurs. Quant aux entreprises, l’effet des baisses très progressives annoncées n’a pas encore démarré que d’autres taxes s’annoncent auxquelles s’ajoute un prélèvement à la source qui n’est rien d’autre qu’une odieuse externalisation de tâches de l’État dont lui seul tirera bénéfice !

Telle une caste avide d’argent et incapable de diminuer sa nocivité, sous le gouvernement Macron, l’État enfonce un peu plus notre économie : la dette et les prélèvement continuent d’augmenter tandis qu’en corollaire, sans surprise, la croissance ne repart toujours pas et le taux de chômage se maintient à un niveau élevé.

Certes, à la différence d’Hollande, Macron aura tenté quelques réformes : celles de la  SNCF et du droit du travail. Le résultat de la première a été celui que l’on sait, catastrophique, tant par le coût des grèves que par l’inexistence absolue de résultats. Le résultat de la seconde est à la hauteur de son manque d’envergure : pour quelques avantages limités, la lourdeur juridique ce sera accrue un peu plus, tandis que strictement rien n’aura été tenté concernant les inégalités entre le public et le privé.

Une action politique rendue inintelligible à force d’embrouillaminis

Hollande avait beaucoup œuvré pour le brouillage des cartes. Tel un avion furtif tapissé de formes lisses et poreuses, il s’était fait passer pour un réformateur ultra-libéral chez les gauchistes et pour un libéral chez les socialistes1, tout en asphyxiant le pays de taxes et d’impôts au plus mauvais moment, lors de la reprise économique dont nos voisins ont naturellement et largement bénéficié dès la fin de la crise bancaire. Cette erreur impardonnable avait pour origine un certain Macron, alors conseiller fiscal de Hollande avant de devenir son ministre de l’Économie.

De façon troublante, ce brouillage des cartes continue, comme si Macron y mettait une énergie toute particulière. Ainsi a-t-il claironné sa transformation du statut de la SNCF qui, vu de loin, a bien sûr toutes les apparences d’une mesure libérale. Ainsi a-t-il supprimé l’impôt sur la fortune (hors immobilier), ce qui, pris séparément du reste, devient un symbole du même genre.

Ainsi répète-il à l’envi qu’il n’est pas question pour lui de ralentir le rythme des réformes alors qu’il ne fait que poursuivre l’œuvre engagée par les précédents présidents, en particulier le dernier d’entre eux, son mentor Hollande, à savoir ponctionner la société civile pour renforcer une mainmise étatique au seul bénéfice d’une noblesse d’État maintenue à l’abri des problèmes du pays et d’une minorité de riches non investis dans l’immobilier dont il a été décidé tout d’un coup d’alléger le fardeau.

Macron est coutumier des brouillages politiques. Pour se faire élire, n’avait-il pas noyé ses rivaux dans un ventre mou appelé centre et récupéré de nombreux socialistes à la condition qu’ils changent d’étiquette ?

Toutefois, de tels enfumages comportent deux risques à terme. Le premier, qui est le moins grave, est celui qu’a essuyé Hollande en se mettant à dos tout le spectre politique, chacun pensant qu’il se trouvait de l’autre côté. Le second, beaucoup plus pernicieux, est celui qui consiste à vider de sens les concepts pourtant décisifs en matière de gestion de la cité. Avec Macron, ce travail de sabotage de la visibilité politico-économique entrepris par Hollande bat son plein, et va accroître encore un peu plus le divorce entre la plupart des Français et la science économique d’une part, le libéralisme d’autre part. Un désastre en devenir pour la démocratie.

Sur le plan sociétal, il attise les populismes en méprisant les problèmes

Alors qu’entre 60 % à 80 % des Européens sont hostiles à une arrivée massive de migrants — ce qui n’est pas rien —, Macron qualifie ces réactions de « lèpre populiste ». Au lieu d’entendre ces craintes qui ne sont que l’expression d’une peur légitime face à une menace de l’identité nationale des peuples qui composent l’Europe, Macron stigmatise ces craintes avec le tact qui le caractérise. Ses remarques et son comportement incitent d’ailleurs à se demander s’il se rend compte des différences culturelles qui sous-tendent ces peurs, différences qui avaient pourtant incité Claude Levy-Strauss à admettre, sur le tard, après des années de catéchisme relativiste, combien certaines cultures2 pouvaient s’avérer peu compatibles avec la nôtre. Faut-il être prétentieux à ce point pour croire, comme les mauvais publicitaires, qu’il suffit de dire l’inverse de qui est perçu pour changer une perception ? Macron pense-t-il posséder le don de retourner comme une crêpe l’opinion publique juste avec des mots et des moulinets ? Ne se rend-il donc pas compte que c’est au contraire le meilleur moyen d’attiser cette « lèpre populiste » ? Difficile de ne pas voir en lui l’archétype du pompier pyromane qui crie au feu plus fort que tout le monde…

Sans doute ne le fait-il même pas volontairement, lorsqu’on le voit sur les photos serrer la main du Prince d’Arabie Saoudite tout en s’inclinant avec déférence, tandis qu’il se tient bien droit devant le pape et lui caresse la joue. Inutile de rappeler les autres clichés qui ont suscité la polémique et qui ne sont dénués ni de provocation ni de vulgarité. Toutes ces saillies ont un point commun : une espèce de détestation de la culture franco-européenne. Pourquoi ? C’est un mystère. Libre à chacun de préférer telle ou telle culture. Le seul problème, c’est que Macron est notre président.

Sur le plan moral, il n’est ni exemplaire ni cohérent

Un président d’un pays, c’est comme un patron dans une entreprise ou comme les parents dans une famille : il ne suffit pas de donner des ordres pour qu’ils soient exécutés, il ne suffit pas de dire ce qui est bien pour que ce soit partagé, encore faut-il donner l’exemple et l’envie d’en faire autant. Or, dans l’inconscient collectif français, Macron est le président qui

  • choisit les médias habilités à couvrir ses déclarations et ses déplacements ;
  • s’entoure, maintient ou tente de protéger des collaborateurs mis en cause dans des affaires ;
  • recrute des barbouzes pour casser des manifestants dans la rue puis profère des menaces contre toute enquête pouvant le mettre éventuellement en cause.

À cela s’ajoute cette façon toute méprisante de se comporter avec des Français qui s’adressent à lui. Cette morgue vis-à-vis du peuple est considérablement délétère, à fortiori dans un pays en crise économique et identitaire. Il donne une image désastreuse du pouvoir politique et finit par susciter le rejet de sa personne.

Hélas, accumuler autant d’erreurs laisse peu d’espoir de revirement. Il faut être totalement grisé par le pouvoir ou terriblement inconscient pour les avoir collectionnées de la sorte.

Sur le web

  1. Il était même régulièrement taxé de « réformateur » dans Le Point !
  2.  Claude-Levy-Strauss évoquait une culture en particulier, celle qui inquiète actuellement.