Pression fiscale sur les particuliers, pression politique sur Macron

La pression fiscale augmente discrètement sur les particuliers, malgré les grandes déclarations du gouvernement qui disent le contraire.

Par Éric Verhaeghe. 

La pression fiscale sur les particuliers risque de devenir un puissant talon d’Achille pour Emmanuel Macron. Elle ne cesse en effet d’augmenter, comme si les individus avaient désormais vocation à financer l’essentiel des nouvelles politiques publiques. Pendant ce temps, les recettes fiscales issues des entreprises s’effondrent.

Forte hausse de la pression fiscale sur les particuliers

Les derniers chiffres de la situation mensuelle du budget de l’État sont particulièrement évocateurs sur le sujet. On en trouvera ci-dessus une belle synthèse, au 30 juin, dressée par Bercy. Une rapide lecture des mouvements enregistrés sur les recettes comparés au 30 juin 2017 souligne toute la difficulté des discussions budgétaires qui auront lieu à l’automne sur le budget 2019.

En un an, les recettes fiscales nettes ont baissé de 3,5 milliards d’euros, c’est-à-dire de 2,4 %. Mais le produit de l’impôt sur le revenu a augmenté de 1,5 milliards d’euros. Le produit de la taxe sur les carburants a augmenté de 500 milliards d’euros (environ 10 %). Le produit de la TVA a augmenté de 2 milliards d’euros (soit 4 % de hausse).

Autrement dit, en un an, les particuliers ont vu leur pression fiscale augmenter de 4 milliards d’euros ! Un chiffre qui annihile la baisse des cotisations sociales. Dans la pratique, chaque Français a versé 60 € nouveaux à l’État en un an.

La pression fiscale frappe durement les classes moyennes

On retirera quelques évidences de cette accumulation de chiffres.

Si l’on se souvient que seuls 50 % des ménages acquittent un impôt sur le revenu positif, on comprendra que la vigueur de la hausse de l’impôt sur le revenu (3,3 %) touche d’abord les classes moyennes, grands perdants de l’exercice budgétaire 2018, et probables grands perdants de l’exercice 2019, sauf à ce qu’Emmanuel Macron n’annonce pour eux une mesure compensatoire (ce dont on doute). Une fois de plus, donc, les classes moyennes portent l’essentiel de l’effort collectif.

Mais l’augmentation du produit de la taxe sur les carburants d’environ 10 % constitue une mesure générale qui frappe pour le coup encore plus durement les ménages périphériques : ceux qui vivent loin des métropoles et qui ont besoin de la voiture pour vivre au jour le jour.

Quant à l’envolée de 4 % de la TVA, on voit bien qu’elle frappe d’abord les classes moyennes, mais qu’elle n’épargne pas les plus petits. Seuls ceux qui ont une capacité d’épargne importante échappent à ses dégâts.

Impôt juste et baisse des dépenses publiques

En matière de justice des recettes, le gouvernement dispose de très peu de marges. Il pourrait en effet décider de relever la fiscalité des entreprises, mais cela contreviendrait aux engagements déjà pris sur la baisse de l’impôt sur les sociétés, qui doit être ramené dans la moyenne européenne. Une telle option plomberait donc la compétitivité des entreprises françaises et compromettrait la croissance.

La seule solution consiste à baisser les dépenses publiques, notamment en taillant dans la trop forte hausse de la masse salariale des fonctionnaires. Pour Emmanuel Macron, c’est la seule façon d’expliquer que les efforts des uns sont parallèles aux efforts des autres.

Président des riches ou président des fonctionnaires ?

En reposant le dilemme macronien d’une autre façon, on peut donc soutenir que si Macron est perçu comme le président des riches, c’est largement parce qu’il demande beaucoup aux classes moyennes… pour ménager sa base électorale de fonctionnaires. En ce sens, président des riches rime avec président des fonctionnaires.

Si Emmanuel Macron veut se « déporter » sur sa gauche, et perdre son étiquette de président des riches, il devient urgent pour lui de tailler dans les dépenses publiques qui imposent une pression fiscale trop importante.

Toute la question est de savoir si, après l’affaire Benalla, il dispose encore de l’autorité et de la légitimité nécessaires pour parvenir à réformer la dépense publique. La difficulté du gouvernement à tirer des conclusions opérationnelles du projet CAP 2022, projet de réduction des dépenses publiques, soulève, sur ce sujet, de vraies questions…

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