L’Arabie Saoudite tourne mal !

Avec la hausse du pétrole et l’appui américain, l’Arabie se sent plus puissante que jamais. Elle ignore les reproches croissants sur son comportement tant intérieur qu’extérieur.

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Riyad by edward musiak(CC BY-SA 2.0)

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L’Arabie Saoudite tourne mal !

Publié le 14 octobre 2018
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Par Yves Montenay.

L’arrivée au pouvoir du nouveau roi, et à cette occasion de son fils le prince héritier avait suscité de grands espoirs. Mais aujourd’hui c’est le pessimisme qui l’emporte chez les Occidentaux.

Les grands espoirs avaient été symbolisés par la décision d’accorder le droit de conduire aux femmes, l’ouverture de quelques lieux publics, une polémique sur les réseaux sociaux entre adversaires et partisans du voile saoudien, ces derniers disant que son obligation « n’est fondée sur aucun texte religieux » (comme, à mon avis, les autres voiles). Et plus généralement le prince héritier s’était posé comme un frein au pouvoir religieux wahhabite. En économie, il a multiplié proclamations visant à sortir le royaume du « tout pétrole ».

Mais depuis, la déception est forte, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

À l’intérieur de l’Arabie Saoudite, le grand tour de vis

À peine l’autorisation pour les femmes de conduire avait été proclamée que les militantes qui l’avaient demandée étaient emprisonnées.

Il y a eu aussi cet épisode bizarre d’assignation à résidence de grands notables du royaume, libérés moyennant de très importants versements au Trésor saoudien (notion d’ailleurs imprécise). Si faire payer les riches, et probablement corrompus, connait toujours un succès populaire, on est loin des procédures d’un État de droit.

Et il vient d’y avoir cette histoire ahurissante d’un journaliste d’opposition, Jamal Kashoggi, disparu dans le consulat d’Arabie à Istanbul et qui y aurait été abattu par un commando venu spécialement de Riyad.

L’affaire est pimentée par le fait que le journaliste était proche des Frères musulmans, comme le gouvernement turc, alors que la confrérie est opposée au pouvoir royal saoudien. Pour ne rien arranger aux relations turco–saoudiennes, rappelons que la Turquie soutient le Qatar contre l’Arabie.

À l’extérieur, l’obsession iranienne

L’Iran est chiite non seulement par la majorité de sa population mais aussi par son gouvernement religieux dont le chef suprême est censé parler directement à Dieu.

L’Arabie est sunnite, donc ennemie des chiites depuis 14 siècles.

À cela s’ajoute une rivalité régionale entre ces deux puissances du Moyen Orient. Si l’Iran finit par avoir la frappe nucléaire, ce qui est en balance actuellement, l’Arabie menace de faire de même. Les deux pays ont chacun des minorités qui s’estiment brimées, sunnites en Iran, chiites en Arabie.

L’armée iranienne est, directement ou indirectement, présente au Nord du royaume en Irak, en Syrie et au Liban, pays gouvernés de fait ou de droit par des chiites et formant le fameux « arc chiite » reliant l’Iran à la Méditerranée.

Cette présence de l’Iran dans ces pays est la conséquence d’autant de défaites pour l’Arabie, qui a été jusqu’à aider des islamistes sunnites ennemis de leurs gouvernements, dont, un temps, l’État islamique.

Tandis que la rébellion des Houtis chiites du Yémen contre un président sunnite, maintenant tué, au sud, lui donne un désagréable sentiment d’encerclement.

D’où la guerre du Yémen, où l’armée saoudienne, appuyée par celle des Émirats et par la logistique américaine est profondément enlisée.

Elle n’arrive pas à prendre le port d’Hodeida, seul lien de la rébellion avec l’extérieur, malgré plusieurs semaines de combats, et bombarde aveuglément la zone rebelle, y compris écoles, hôpitaux et marchés.

Les protestations internationales s’amplifient, mais l’Arabie est un client tellement important de nombreux pays que ces protestations viennent plutôt des sociétés civiles occidentales que des gouvernements, toujours heureux des grands contrats, notamment d’armement, obtenus auprès du royaume. Seul le Canada a osé parler net et s’est fait immédiatement punir. (voir Crise diplomatique entre le Canada et l’Arabie saoudite).

L’Arabie a même poussé la provocation jusqu’à demander d’adhérer à l’organisation internationale de la francophonie (OIF), alors que notre langue n’y est pratiquée que par quelques dizaines de milliers de Libanais et de Maghrébins, par ailleurs arabophones. Mais le royaume satisfait sur ce point les conditions d’adhésion puisqu’il multiplie les partenariats avec les universités françaises et encourage la diffusion de notre langue.

L’obstacle est plutôt que le régime a une philosophie totalement opposée à l’objet de l’OIF à savoir la tolérance, la liberté, les droits de l’homme… et de la femme.

De plus il finance largement l’expansion du wahhabisme dans les pays francophones, à la grande peur de leurs gouvernants. Mais comme les Occidentaux, ces derniers ne le disent pas trop fort, voire même soutiennent cette candidature, comme le Sénégal ou le Gabon (qui n’est pas musulman) moyennant de probables contreparties ! Le possible meurtre de Jamal Kashoggi fera-t-il déborder le vase ? Ce 12 octobre, nous apprenons que l’Arabie a remis à plus tard sa candidature. Trump, toujours aussi direct, se pose publiquement la question de la dénonciation de ce crime, tout en rajoutant « qu’il faut trouver une forme de protestation qui ne remette pas en jeu nos grands contrats » (110 Md$ pour les seules ventes d’armes… notamment pour la guerre au Yemen)

Une poussée d’orgueil

Avec la hausse du pétrole et l’appui américain, l’Arabie se sent plus puissante que jamais. Elle ignore les reproches croissants sur son comportement tant intérieur qu’extérieur.

Mais chacun se souvient de l’assassinat du roi Faysal par son neveu. Les proches parents du roi précédent, furieux de voir le prince héritier les écarter du pouvoir, seront peut-être tentés de fédérer des oppositions, notamment si l’enlisement se poursuit au Yémen.

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  • Vivement que l’ on trouve une alternative au pétrole.

  • Le pire, c’est le financement du wahhabisme et la formation de cadres africains à l’université de Ryad. Quand le cours du pétrole était pas, j’en espérais le tarissement.

  • D’abord on ne peut que se réjouir de voir un frère musulman découpé en tranches. Ils (les frères) sont les ennemis de l’occident, de l’Egypte, des EAU et des saoudiens.
    D’autre part, l’Arabie Saoudite est, contrairement à ce qu’on croit, dans un état de faiblesse extrême: incapable de mater les houthis, elle est directement menacée par l’arc perso-turc et la seule je dis bien la seule puissance arabe digne de ce nom se trouve en grande difficulté. Hereusement, le prix du pétrole lui donne un peu de mou, mais l’arc chiite est maintenant très puissant…
    Trump a tort de s’irriter, mais il ne le fait en fait en fait que pour être un peu politiquement correct, c’est sa manie, de temps en temps…

  • Si un pays comme l’Arabie Saoudite remplit les conditions d’adhésion à l’Organisation Internationale de la Francophonie malgré une faible proportion de locuteurs francophones, c’est que ces conditions sont inadaptées : elles devraient être modifiées de telle sorte que l’OIF ne regroupe que les pays réellement francophones, c’est-à-dire avec une proportion de locuteurs francophones majoritaires dans leurs populations.

    Les pays qui sont simplement sympathisants de la Francophonie, sans être majoritairement francophones, pourraient éventuellement être regroupés dans une « amicale » à part.

    Cette modification des conditions d’adhésion à l’OIF permettrait de sortir de la confusion introduite par la candidature d’un pays notoirement non francophone, étant avant tout profondément arabophone.

    J’ai du mal à comprendre les critères d’adhésion à l’OIF, car elle semble privilégier les critères politiques au détriment des critères linguistiques. Si la langue française a pour cette organisation une importance finalement accessoire, elle devrait créer une entité avec un nom plus précis qui pourrait être, par exemple, l’Organisation Internationale des Démocraties Francophones. Le critère de la langue serait par ailleurs privilégié dans l’OIF qui accueillerait ainsi sans problème les dictatures francophones.

    Ainsi, chaque pays candidat se verrait accepté dans l’une des trois organisations qui lui serait la mieux adaptée. Il n’y aurait plus de risque de provocation de la part d’une candidature inadaptée car toute candidature se verrait proposée l’adhésion à une organisation plus ou moins francophone et plus ou moins démocratique ou antidémocratique qui lui corresponde. La francophonie sortirait de la confusion et, pour les francophones qui veulent contribuer à la vitalité de cet ensemble linguistique, ils sauraient mieux à quoi eux-mêmes adhèrent et ce qu’ils cautionnent.

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