« Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme » de Raymond Boudon

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« Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme » de Raymond Boudon

Publié le 3 août 2015
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Par Johan Rivalland

Pourquoi les intellectuels ...
Pourquoi les intellectuels …

En guise d’introduction, Raymond Boudon commence par tirer le constat de la faible tradition libérale parmi les intellectuels. Il note cependant que le phénomène est variable selon les pays, les milieux, conjonctures et spécialités.

Quoi qu’il en soit, trop d’importance est accordée, selon lui, aux déterminismes sociaux en sociologie des idées. C’est pourquoi il préfère, quant à lui, s’intéresser à la rationalité cognitive et adopter, par conséquent, une approche centrée sur les raisons sociocognitives.

Encore faut-il que l’on s’entende sur le sens à donner à « intellectuels », dont il existe différents types, et à la définition du libéralisme. C’est ce qu’il s’attache donc à faire avant d’articuler son ouvrage en deux grandes parties : ce qu’il appelle « l’offre » d’idées hostiles au libéralisme, dans un premier temps, et ce qui en motive la production, puis la « demande » de telles idées, qualifiées d’ « illibérales », dans un second temps, qui peuvent expliquer pourquoi elles trouvent un tel écho.

Différentes théories (contre-modèle marxiste, entre autres, mais pas seulement), mouvements ayant eu une influence (anthropologie, psychologie, sociologie, structuralisme), visions de l’homme, de la société ou de l’État, et explications (ignorance, attrait de la simplicité, conformisme de la pensée, image du libéralisme difficile à assumer même par beaucoup de libéraux, vocabulaire manipulé et réducteur, désinformation ou mimétisme, entre autres là encore), relayés par les milieux journalistiques, politiques ou syndicaux, notamment, sont ainsi passés en revue.

Avant que l’auteur, face à la somme de clichés et idées reçues sur le libéralisme, ne s’interroge, dans d’ultimes développements, sur l’avenir (« Et demain ? »).

Quelques extraits

Selon Raymond Boudon, l’une des raisons qui expliquent le faible attrait du libéralisme chez les intellectuels français est l’absence de formulation d’une vision globale du monde. À l’inverse, « de même que le biologiste en sait chaque jour davantage sur les processus vitaux, mais est de moins en moins en mesure d’expliquer l’essence de la vie, de même le sociologue d’inspiration libérale se contente de proposer des explications de phénomènes circonscrits ».

Se référant aux idées de Karl Popper, Raymond Boudon montre que le vérificationnisme est « le dénominateur commun de bien des « démonstrations » fausses. Une théorie passe en effet facilement pour vraie dès lors qu’elle paraît confirmée par certains faits. » D’où le malentendu. D’autant que ses pourfendeurs sont doués de l’art de contrer les objections, à l’aide d’arguments toujours simples et porteurs, ce qui imperméabilise cette théorie, présumée « utile », contre la critique.

« Ces mécanismes sont porteurs, je crois, d’un danger pour la démocratie, nous dit l’auteur. Non parce que les idées fausses, fragiles et douteuses impressionnent nécessairement le public. Car le sens commun, si décrié par les intellectuels qui se voient comme les guides du Peuple, existe bel et bien. Cette notion incertaine désigne simplement le fait que tous les hommes obéissent aux mêmes mécanismes cognitifs de base. Il y a danger pour la démocratie, plutôt parce que les idées utiles et fausses ont une influence directe sur les citoyens les plus jeunes : car il faut dans bien des cas du temps – et souvent beaucoup de temps – pour découvrir qu’une idée utile est fausse. Il faut même quelquefois attendre d’être frappé au visage par la brutalité d’une donnée de fait, comme l’invasion de Budapest par les chars soviétiques en 1956.

Sinon, on ne comprendrait pas que tant d’hommes et de femmes qui se sont signalés ensuite par une grande acuité d’esprit aient d’abord épousé des idées dont ils ont souvent eux-mêmes de la peine à comprendre pourquoi ils y ont adhéré.

Le danger pour la démocratie provient aussi de ce que les idées utiles et fausses exercent une influence indirecte sur les hommes politiques et autres « décideurs » qui, passant outre les messages que leur dicte le sens commun, ont tendance à confondre l’opinion des intellectuels, des médias et des minorités actives avec l’opinion tout court. »

« … le fin du fin est d’être conformiste, de se laisser porter par le courant, mais de paraître « moderne », d' »avant-garde » : de réussir à passer pour un homme « de progrès », qu’il s’agisse d’art, de sciences humaines ou de politique. Ce mécanisme explique aussi la facilité avec laquelle certains intellectuels passent d’un conformisme à l’autre. Il rend également compte du culte de l’avant-garde : celui-ci combine la réalité et les avantages du conformisme avec les apparences de l’ouverture d’esprit et du sens du progrès. »

Si de nombreux exemples émaillent le raisonnement et la démonstration, Raymond Boudon n’en pense pas moins que, malgré l’affaiblissement relatif de beaucoup des théories ou mécanismes décrits ci-dessus, il faudra probablement une ou plusieurs générations avant que tout cet ensemble puisse évoluer vers une réflexion plus saine et moins empreinte d’a priori et déformations.

Raymond Boudon, Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le libéralisme ?Odile Jacob, février 2004, 242 pages.

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Voir les commentaires (13)

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  • Pour ma part je pense que le constructivisme prend aussi sa source dans l’ego surdimensionné des gens aiment penser qu’ils ont tout compris, alors qu’ils feraient mieux d’adopter la socratique posture libérale qui encourage à la prudence sur ce que l’on pense savoir.

    • lemiere jacques
      3 août 2015 at 8 h 50 min

      oui

    • Stéphane Montabert
      3 août 2015 at 23 h 28 min

      Pour la plupart les intellectuels n’aiment pas le libéralisme parce qu’en leur fort intérieur ils savent très bien quelle serait leur réelle valeur sur le marché, si leur travail obéissait à la loi de l’offre et de la demande…

      Haïr le libéralisme est aussi pour eux la seule façon d’assurer leur survie professionnelle dans un milieu parasite vivant aux crochets de l’économie privée.

  • Les intellectuels haissent non seulement le libéralisme mais aussi la droite . L’affaire Maffesoli en est un excellent exemple: http://www.atlantico.fr/decryptage#Rp36057aDWVEmTCp.99
    Les universitaires francais sont des gauchistes sectaires qui haissent toute personne ne pensant pas comme eux

  • Dans le même genre:
    Les intellectuels et le socialisme de Hayek: http://herve.dequengo.free.fr/Hayek/Hayek1.htm

  • Stéphane Boulots
    3 août 2015 at 15 h 35 min

    Penser le monde, c’est le restreindre.

    Les intellectuels ont peur du vide, de l’inconnu, du transcendant, du doute, de l’irrationnel, du non expliqué mais constaté…

    Bref ce que les libéraux considèrent comme une qualité (la capacité à s’extraire d’un système formel, fermé, réglé) est pour les intellectuels inadmissible.

  • J’ai un autre théorie : en moyenne quand on est fainéant on se doit d’être intelligent, : maximiser les résultats en en faisant le moins possible. Donc en moyenne toujours les gens intelligents auront tendance à développer des modèles ou il auront un maximum de résultat en en faisant le moins possible, et là on verse vers la gauche et la répartition …. ce qui amène les dérives qu’on connait …. Bien sur cela est en moyenne. Un autre point est le fait que l’utilisation poussée de l’intellect ne se fait pas en regard d’un travail « manuel » ou de « gestion ». Donc pour maximiser le travail intellectuel il ne faut pas « travailler », d’où à nouveau la prépondérance aux intellectuels d’être de gauche.

    • Suite à certains commentaires je vais rajouter une dimension : il y a deux sorte d’intellectuel, ceux qui veulent formater le monde et ceux qui veulent simplement le comprendre

    • Eh oui il existe une fiction qui s’appelle l’état et a travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre au dépens de tout le monde. Priorité aux intelligents, donc.

  • On ne définit pas assez précisément « intellectuel » dans l’article pour pouvoir discuter précisément ici;

    s’il s’agit de leaders d’opinion qui cherchent des rentes de situation, c’est a dire des grandes gueules qui ont obtenu un certificat d’aptitude a l’ouvrir, un diplôme quelconque quoi, c’est pas si compliqué, et ce n’est même pas absolument nécéssaire. De mon point de vue on ne peut pas vraiment parler d’intellectuels… De gens éduqués et intelligents, certes. mais pas plus.

    • Johan Rivalland
      4 août 2015 at 11 h 01 min

      Je vous cite Raymond Boudon, pour la définition qu’il propose des « intellectuels » et va guider sa réflexion :

      « Avant toutes choses, il faut reconnaître que la catégorie des « intellectuels » est hétéroclite. Certains proposent des idées, des thèmes ou des théories sur divers sujets, relatifs avant tout à l’homme et à la société : ce sont des « producteurs » d’idées. D’autres sont plutôt des « consommateurs » d’idées, comme la plupart des enseignants du secondaire. D’autres encore, comme les journalistes, sont des « médiateurs » : des intermédiaires entre les producteurs d’idées et le public. Bien entendu, il existe aussi des types mixtes. Le médiateur peut profiter de sa notoriété pour tenter de se composer un profil de penseur ; le penseur se fait médiateur pour attirer l’attention sur ses écrits : une stratégie recommandée, notamment en période d’inflation « culturelle ». »

  • Je ne crois pas non plus que les intellectuels aiment la théorie de l’évolution, sauf bien sûr, dans sa partie humaine finale, où la culture est sensée prendre le pas sur le hasard et l’individualisme.

  • article intéressant: http://www.spectator.co.uk/features/9589072/how-british-universities-spread-misery-around-the-world/
    (les universités ont provoqués bc de dégats dans le monde).
    Je rappelle quand même que l’ensemble des gens qui ont dirigés la Grèce ces dernières décennies venaient des meilleurs universités anglosaxonnes, on voit le résultat.
    Les Universités sont les fiefs de la gauche. Les médias et les Universités sont les deux instruments de la gauche pour imposer sa pensée unique.
    Cela fait longtemps que les universités ne sont plus des lieux de savoirs mais des lieux de propagande

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