Désastre économique en vue avec Emmanuel Macron ?

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Avec Emmanuel Macron, on est passé des grands principes au misérable bricolage budgétaire … tout comme sous François Hollande.

Par Dominique Philos.

Si l’on revient sur les interventions d’Emmanuel Macron en ne s’intéressant qu’aux dispositions à caractère fiscal, on s’aperçoit qu’à aucun moment il n’est question de réduire les dépenses de l’État.

Désastre économique en vue ?

Les annonces du 10 décembre au coût total estimé de 10 milliards d’euros sont :

  • la suppression de la hausse de la CSG pour les pensions inférieures à 2000 euros
  • la suppression de la taxe carbone
  • la hausse de la prime d’activité pour les petits salaires
  • la défiscalisation de la prime de 1000 euros de fin d’année pour les salariés

Les annonces du 25 avril au coût estimé de 7 à 10 milliards d’euros sont :

  • la réduction de l’impôt sur le revenu de 5 milliards euros pour 12 millions de contribuables
  • la ré-indexation des pensions de retraite sur l’inflation (coût 2 milliards) qui est en fait une sous indexation des retraites supérieures à 2000 euros car la sous-indexation n’avait été décidée que pour deux ans (2019 et 2020) et a été disqualifiée par le conseil constitutionnel pour 2020
  • la réduction de 120 000 fonctionnaires est ajournée
  • la suppression de la taxe d’habitation totalement non financée dont le coût est estimé à 10 milliards ; il s’agissait d’une mesure purement démagogique destinée à permettre à Emmanuel Macron de gagner les élections de 2017

On remarque d’ailleurs qu’à l’exception de la hausse de la prime d’activité et de la réduction du nombre des fonctionnaires qui sont des mesures de dépenses, les autres ne sont que des mesures d’annulation immédiate ou rétroactive d’impôts, c’est-à-dire que l’État renonce à percevoir certains impôts.

Le problème est qu’avec un budget 2019 à l’origine largement déficitaire, ces nouvelles mesures vont fortement amplifier le déficit alors qu’aucune mesure d’économie n’est prévue.

Le gouvernement n’aura donc pas d’autre choix que de se livrer à son activité favorite : le bonneteau fiscal pour tenter de récupérer ces nouvelles « dépenses » sur certains contribuables, et emprunter pour le surplus !

Haro sur les entreprises !

Après avoir beaucoup tabassé les ménages le gouvernement veut désormais s’attaquer aux niches fiscales des entreprises qui (sic) « doivent se montrer solidaires ».

Le problème est que cet argument totalement démagogique est en parfaite contradiction avec les règles du droit commercial car l’objet social d’une entreprise n’est pas d’être solidaire. Le gouvernement affecte « d’oublier » aussi qu’en cas d’alourdissement de leurs impôts, les entreprises les répercutent toujours sur le client final parce qu’une entreprise, contrairement à un État, doit impérativement ajuster ses prix et ses coûts.

Néanmoins, on sait que la règle en politique est de prendre l’argent où l’on peut et qu’importe si les entreprises françaises subissent déjà les impôts les plus lourds et ont les marges les plus faibles de l’Union Européenne ! Les chômeurs attendront pour retrouver un emploi…

La réduction des dépenses publiques, c’est pour quand ?

On sent clairement que dans un accès de pure démagogie Emmanuel Macron cherche à caresser l’électeur dans le sens du poil alors que tout le monde sait que les comptes publics sont mauvais et que la seule issue passe impérativement par la réduction des dépenses publiques.

Le problème qui se pose à lui est le suivant : une politique de redressement des comptes publics et de la compétitivité passe nécessairement par la fin de la dérive budgétaire et des déficits constants car l’amélioration des revenus des Français dépend d’une forte diminution de la pression fiscale, et non par une augmentation des salaires qui aurait un effet inflationniste sur les prix des marchandises et des services.

La diminution de la pression fiscale peut passer entre autres par :

On notera qu’aucune de ces mesures n’a été envisagée par Emmanuel Macron mais on sait aussi qu’engager de telles réformes mettra aussitôt la population dans la rue. Pire, si l’on organisait un référendum à leur propos, ces mesures seraient rejetées massivement et surtout par ceux qui ont intérêt au maintien du système et notamment les fonctionnaires, les bénéficiaires des régimes spéciaux, des situations de rente et des régimes sociaux !

Cela explique qu’Emmanuel Macron ait essayé de rétablir les comptes en augmentant la pression fiscale sous prétexte d’écologie car il pensait que celle-ci faisait consensus, avec le succès que l’on sait.

S’incliner, renoncer ?

Ce constat amène nécessairement à la question suivante : un président est-il légitime à poursuivre des réformes malgré l’opposition de la population ou doit-il s’incliner et faire ce que veut cette dernière alors que l’on sait qu’il se trouvera toujours une majorité de la population pour vouloir l’augmentation de la dépense publique, le recrutement de nouveaux fonctionnaires, le rétablissement de l’âge de la retraite à 60 ans, l’augmentation des dépenses sociales ; c’est-à-dire toujours plus d’avantages et toujours moins d’efforts. Même si pour cela il faut creuser les déficits et emprunter massivement sur les marchés tout en sachant que cette voie mènera au mieux à reporter sur les générations futures des dettes insupportables et au pire à la faillite pure et simple

Interpréter la volonté populaire ou la respecter relève en principe de la mission du politicien dans le cadre de son mandat. Autrement dit, un politicien responsable doit-il nécessairement se soumettre à la volonté de la majorité même s’il sait que celle-ci se trompe ? Mais n’est-ce pas tromper l’électeur que de lui laisser croire que ce qu’il veut est bon, bien que ce soit mauvais ?

Cela reviendrait donc à s’incliner devant la majorité ou plus exactement devant la plus forte minorité, ou encore devant la plus agissante, la plus motivée, la plus nuisible, la plus violente… et n’est-ce pas ce qu’est en train de faire Emmanuel Macron qui a abandonné ses timides réformes pour se soumettre à la « volonté populaire » et ne plus rien faire du tout !

Peut-on parler de lâcheté ou de lucidité lorsqu’un dirigeant accepte de renoncer à son programme du fait d’une opposition populaire et au contraire devrait-on parler de trahison s’il refuse de faire ce que veut la population car il sait que ce qu’elle veut n’est pas conforme aux intérêts du pays ?

Macron se trouve face au dilemme du politicien et que l’on peut résumer comme suit :

  • promettre des efforts, la réduction des dépenses et des aides sociales ainsi que des temps difficiles avec l’assurance de n’être ni élu ni réélu
  • promettre la facilité et faire l’inverse avec l’assurance d’une contestation massive et de ne pas être réélu
  • être élu et ne rien faire avec l’assurance d’être réélu même si cela aboutit, à la fin, à la faillite du pays

Car cela revient à expliquer à la population qu’il faut désormais faire l’inverse de ce que l’on a toujours fait depuis 40 ans avec l’argent public réputé gratuit et inépuisable mais qui n’existe pas.

La question apparaît à ce jour pratiquement insoluble dans un pays en plein déni de sa situation économique réelle et qui profite pour l’instant des facilités bancaires de la BCE. La France est actuellement dans la situation de la personne surendettée qui continue à dépenser tant que son crédit n’est pas supprimé.

Au-delà de ses discours emphatiques mais creux qui n’abusent personne, il semble bien qu’Emmanuel Macron ait transformé, du fait du mouvement des Gilets jaunes, sa toute petite intention réformatrice et très peu libérale du début de mandat en étatisme bon teint ; ce qui veut dire que la « start up nation » tant vantée est passée à la trappe tout comme le redressement du pays.

Nous sommes passés des grands principes au misérable bricolage budgétaire, tout comme sous François Hollande !

Le dérapage budgétaire apparaît inévitable et va exactement à l’encontre de toute possibilité de redressement du pays. Aucune réforme d’envergure telle que les ont faites les autres pays de l’Union Européenne ne sera d’ailleurs esquissée.

Ce faisant, Emmanuel Macron a choisi la troisième option du dilemme du politicien, celle de celui qui préfère le futur désastre économique pour ne pas être confronté au désastre démocratique présent.

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