Les entreprises françaises n’arrivent plus à recruter

Selon les entreprises interrogées par l’INSEE, le premier frein à l’embauche est la réglementation.

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Chômage recherche d'emploi (Crédits : TaxCredits.net, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

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Les entreprises françaises n’arrivent plus à recruter

Publié le 2 janvier 2018
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Par Alexis Vintray.

C’est une étude de l’INSEE dont on a à peine entendu parler, mais qui devrait pourtant choquer : les entreprises françaises n’arrivent plus à recruter le personnel dont elles ont besoin, et ce alors que le chômage à 9,8 % est à plus du double de l’Allemagne ou du Royaume-Uni. Pourquoi cette aberration ?

Le constat : 61 % des entreprises qui recrutent ont du mal à recruter

En octobre 2017, selon la dernière livraison de l’étude INSEE, la moitié des entreprises de l’industrie, des services et du bâtiment rencontrent des barrières qui les empêchent d’embaucher davantage de salariés, que ce soit en CDI ou en CDD de longue durée. Seules 32 % des entreprises disent ne rencontrer aucun problème, tandis que 18 % se disent non concernées, en particulier car elles n’ont pas de plans de recrutement. Cela veut dire que sur les entreprises qui souhaitent recruter, 61 % n’arrivent pas à le faire comme elles le souhaiteraient.

Dans le bâtiment, ce sont près de 70 % des entreprises qui sont confrontées à cette impossibilité de recruter, et 80 % des entreprises qui cherchent à recruter. Quel que soit le secteur, la catégorie d’entreprise la plus contrainte dans ses embauches est celle des PME.

Les entreprises citent notamment l’indisponibilité d’une main-d’œuvre compétente (32 %), l’incertitude liée à la situation économique (25 %), les coûts liés à l’emploi (22 %) et la réglementation (17 %). Dans les 22 % qui listent les coûts liés à l’emploi, 17 % (plus des trois quarts) évoquent des « cotisations sociales trop élevées », un facteur directement lié à la réglementation. Le premier frein à l’embauche est donc la réglementation (34 %).

Pourquoi une telle situation ? Que faire ?

Tous les facteurs ne se règlent pas facilement, mais tous pourraient se régler s’il y avait une volonté politique. Ainsi de la réglementation, où les principaux obstacles cités par les entreprises sont les risques juridiques associés au licenciement ou les coûts du licenciement : dans les deux cas, timidement mais certainement, des premières mesures positives ont été prises. Mais il reste encore à amplifier le message car les réformes restent timides par rapport à nos voisins. Sans quoi les craintes sur la pérennité de la législation du travail resteront les plus fortes, les entrepreneurs craignant la réversibilité de mesures déjà trop timides.

De même, le manque d’une main-d’œuvre compétente est intimement lié aux choix éducatifs faits par l’État depuis des décennies désormais : par refus d’assumer la sélection à l’université, la France forme des millions d’étudiants à des métiers dont elle sait qu’ils n’ont actuellement pas du tout assez de débouchés. L’exemple le plus criant peut-être est la psychologie, où la France représente la moitié des effectifs d’étudiants en psychologie européens pour moins de 20 % de la population. Vous avez dit absurde ? Pire, pour deux psychologues qui exercent, dont une large part à temps partiel, trois étudiants sont en fac de psychologie !

Pour deux psychologues qui exercent, dont une large part à temps partiel, trois étudiants sont en fac de psychologie

Enfin, l’incertitude économique est au moins autant exogène que causée par les perpétuels revirements de la puissance publique, en particulier sur la fiscalité, la politique industrielle, la politique monétaire, etc. Nulle réforme n’est nécessaire là, juste la promesse de ne rien faire. Mais les politiques, toujours prêts à brasser du vent pour se faire croire utiles, seront-ils capables un jour de l’entendre ? Espérons le car le message des entreprises est clair : elles n’attendent que de pouvoir créer des emplois, à condition qu’on les laisse le faire !

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  • Il manque à l’analyse un point très important voir essentiel : 25% de la population active est employée à vie dans la fonction publique, ce qui prive le marché de l’emploi d’une partie gigantesque de compétences : il est clairement plus interressant de travailler comme agent territorial que dans le BTP.

    C’est ici que se situe l’origine du chômage et de la faible competitivité des entreprises Française qui sont incapable de recruter dans certain domaine.

    Tous le baratin sur l’éducation et la formation est une fausse excuse, sauf que laisser des gens à l’école prive encore plus les entreprises de ressources.

    La cause première de l’effondrement économique de la France est la politique Etatique de confiscation des ressources, dont la main d’oeuvre et les talents.

    • D’abord la fonction publique et assimilés c’est 29,4% de la population active de ce pays (voir l’excellent article du Point du 18 novembre 2014). Bien d’accord avec votre commentaire que l’on peut compléter en ajoutant que cette fonction publique est payée en moyenne 20% de plus à fonction équivalente dans le privé, sans compter les avantages et prébendes extravagants que se sont votés depuis 50 ans les politiciens tous ou presque fonctionnaires

    • Je dirais non seulement prive mais en plus se met en concurrence avec le privé. L’emploi public détruit également des emplois dans le privé à cause du phénomène de substitution.

    • Autre hypothèse : il faudrait peut être augmenter les salaires, ça donnerait peut être plus envie aux gens de se former et faire carrière, ou de faire des missions temporaires loin du foyer, notamment dans le BTP. Vous remarquerez dans ce graphique que le salaire est un frein pour seulement 9% des entreprises, il y a donc de la marge.
      « la cause première… est la politique Etatique de confiscation des ressources, dont la main d’oeuvre et les talents » : vous pensez que les fonctionnaires ont des ressources et du talent. lol.

      • Il faudrait peut être aussi que les vaches pondent des œufs.

        Ce graphique prend les choses complètement à l’envers et est limite insultant : le #1 explique gentiment que les gens qui cherchent du boulot sont des gros nuls (des incompétents) le #2 que les chefs d’entreprises sont des gros froussards et le #3 que les patrons sont des radins et des exploiteurs et que comme vous le dites « yaka » payer les gens correctement

  • Dans le désordre, la catastrophe que représente la France dans ce domaine (comme dans tant d’autres) tient à:
    1. Tronc commun jusqu’à 16 ans et non envoi en apprentissage dès 14 ans de ceux qui, à l’évidence, ne sont pas faits pour les études intellectuelles, sans que l’apprentissage soit vu comme un constat d’échec: en Allemagne nombe de PDG de grosses entreprises sont issus de l’apprentissage.
    2. virer 2, 5 millions de fonctionnaires inutiles, ce qui implique de revoir de fond en comble les missions de l’état.
    3. Revoir toute la poltique d’indemnisation du chômage avec indemnités dégressives.
    4. Mettre des examens à tous les niveaux: examen d’entrée en 6ème, bepc, vrai bac noté comme il y a 60 ans et sélection à l’entrée dans les universités. Pour les grandes écoles, c’est déjà le cas avec le succès que tout le monde peut constater.
    5. suppression de l’ENA
    6. et tant d’autres….

  • Mais nos imbéciles de politiciens fourreront toujours leur nez là où il ne faut pas. Les véritables responsables du chômage en France ce sont eux, et rien qu’eux! Il faut les virer.

  • @StephaneBoulot à raison. Il faut même aller plus loin en s’habituant à retrouver le sens des mots: il n’y a pas en France de « marché du travail ».
    La notion de « marché » impliquerait une libre concurrence, une liberté des prix et des contrats. Rien de tout cela dans une économie administrée.

  • 29,4 c’est sans compter les « entreprises privées » qui dépendent de l’état pour leur commandes, les salariés d’associations financées par l’état, les salariés de la sécu, des urssafs (de droit privés) et bien d’autres non?

  • Le bâtiment a besoin d’apprentis pour lesquels il soit hors de question d’aller plutôt en fac de psycho. Mais tant qu’eux-mêmes et leurs parents ambitionneront sans être détrompés un poste de gratte-papier masterisé considéré comme plus prestigieux, et qu’on parlera de sélection plutôt que d’orientation adaptée aux goûts, aux aptitudes, et aux possibilités de carrière, aucune chance.

  • la plupart des emplois non pourvus sont des emplois où tu gagnes une misère …… ceci explique certainement cela …..

    • @nanard and co
      Bonsoir et bonne année,
      « la plupart des emplois non pourvus sont des emplois où tu gagnes une misère … » une misère en France, à cause des prélèvements. En Suisse une caissière chez Aldi gagne 4300€ bruts, (moins 350€ pour le net).
      Jetez un oeil à la case « total employeur » ou  » coût employeur » et comparez là avec celle « net à payer ». Demandez-vous où passe la différence, ou plutôt qui l’empoche sans se fatiguer. La vraie valeur de votre travail est dans la case la plus fournie en €.

      • Edit :
        En France, pour le même salaire brut, pour un emploi semblable (oui je sais, 4300€ pour une caissière, où va-t-on ?) le site de Pôle Emploi simule :
        4300€ brut
        3364€ net (contre 3950 pour la caissière suisse)
        6005€ à verser au total pour l’employeur, d’après le site.
        https://entreprise.pole-emploi.fr/cout-salarie/

        Coût total employeur auquel on soustrait le salaire net donne : 2641€, qui s’envolent directement dans la nasse de l’Etat sans même avoir touché les bords de la poche de l’employé(e).

        J’ajouterai qu’en moyenne quand un employeur fait 100 de chiffre d’affaire, il est « allégé » de 68. Il lui reste 32 pour payer son ou ses employés, son ou ses actionnaires, sa banque, et lui-même.

        • A noter que les français, toujours complètement inconscients et ignares, n’ont absolument aucune idée de ce qu’ils coûtent à leurs employeurs… qui s’en foutent plein les poches, ainsi que leurs actionnaires! Alors que c’est l’Etat le responsable de leurs salaires minables comparés à ceux des Suisses.

        • Très bonne remarque.
          Il faudrait peut être commencer par supprimer cette escroquerie qu’est la notion de salaire brut, et directement parler du total payé par l’employeur.

    • @ nanar
      Pas seulement, il y a des emplois bien payés mais dont les français ne veulent pas car trop astreignants, et ceux où ils ne sont pas assez formés pour les occuper!

  • « Vous pensez sérieusement que le bâtiment a besoin de masters 2 à foison pour poser un batardeau ou talocher un enduit »

    Vous postulez pour avoir un César du commentaire le plus méprisant ou celui du plus arrogant ?

    cpef

  • Sur le premier frein, sortir de la logique de diplôme, pour recruter, puis promouvoir en fonction des compétences réelles et de la motivation sera long… et la formation des apprentis est déjà sous le joug des organisations syndicales patronales…. On verra bien ce que donnera le chantier en cours sur l’utilisation des milliards de la formation professionnelle.

    Par contre, sur l’incertitude économique, mettre en place un contrat de travail unique, valable pour tous, et contractualisant les conditions de licenciement…. est possible…
    Par contre, sur le cout/reglementation de l’embauche … je suis toujours ébahi par ces réponses… les cotisations sociales font parties du salaire du salarié… je suis surpris que les employeurs ne réclament pas la possibilité de verser le salaire complet, charge à chaque salarié de s’assurer lui même auprès des assureurs sociaux. Juste un décompte d’heure/jour, multiplié par le taux, + 10% de congés payés… et hop…. ZERO cout/risque administratif pour l’employeur. [ noter que le salarié peut s’il le souhaite ne pas prendre tous ses congés… ou au contraire en prendre plus avec l’accord du patron]

    Bref, pourquoi ne pas expérimenter une libéralisation TOTALE… Reste aux assurances sociales et aux individus d’innover pour accompagner et gérer ce report de charge qui pèse sur l’employeur aujourd’hui.
    La fameuse « flexi sécurité » , gérée cette fois par l’individu… avec les milliards aujourd’hui captés par les syndicats à leur profit

    • Etant moi même diplômé, je mettrais un bémol à votre commentaire :
      Un (bon) diplôme garantit quand même un certain niveau et des compétences qu’un autodidacte ne peut pas acquérir dans le même laps de temps.

      Par contre, il n’est pas la panacée.
      Mon école m’a prévenu très tôt : le diplôme ne sera réellement valable que 3 ans. Après c’est l’expérience professionnelle et les compétences qui priment (ou devraient…)

  • Ceux qui préconisent une augmentation des salaires ne se rendent pas compte de ce que payent déjà les entreprises. Comme il a déjà été dis par d’autres commentateurs, l’état prends la part du lion sur les salaires et c’est pour cela qu’ils sont bas.
    un bon exemple que je connais : la Polynésie française, ou les impôts sont inexistants et les cotisations sociales inférieures à celles de l’hexagone, mon frère infirmier gagne 3fois le salaire français. il était partis la bas pour l’aventure, ben maintenant il veut y rester, même si le coût de la vie est plus élevé, il est largement gagnant. Mais c’est vrai que c’est bien mieux d’être obligé de cotiser à des assurances dont on ne se sert jamais, ou à des retraites de misère, la preuve, mon frère veut rester là bas définitivement

    • Il suffit de faire le calcul à partir des données fournies par STF.
      Si on ajoute les 2641 piqués par l’Etat aux 3364, il percevrait donc 6005€. C’est du racket.

  • La saison dernière un de mes amis, entrepreneur de travaux agricoles a du laisser au garage 2 moissonneuses batteuses sur 8 faute de chauffeur…Salaire offert: 2000€ net pour 35h+heures sup. à 50% la semaine et 100% le weekend soit environ 4000€ net par mois…. 3 de ses chauffeurs sont des retraités qui arrondissent leur pelote de mai à novembre…Les autres des membres de sa famille…Des candidats envoyés par Pole Emploi on refusé: »Vous vous rendez compte, vous nous demandez de travailler »….
    La France est foutue…C’est un pays de feignants…

  • Les commentaires sont fermés.

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