Les entreprises françaises n’arrivent plus à recruter

Chômage recherche d'emploi (Crédits : TaxCredits.net, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Selon les entreprises interrogées par l’INSEE, le premier frein à l’embauche est la réglementation.

Par Alexis Vintray.

C’est une étude de l’INSEE dont on a à peine entendu parler, mais qui devrait pourtant choquer : les entreprises françaises n’arrivent plus à recruter le personnel dont elles ont besoin, et ce alors que le chômage, à 9,8%, est à plus du double de l’Allemagne ou du Royaume-Uni. Pourquoi cette aberration ?

Le constat : 61% des entreprises qui recrutent ont du mal à recruter

En octobre 2017, selon la dernière livraison de l’étude INSEE, la moitié des entreprises de l’industrie, des services et du bâtiment rencontrent des barrières qui les empêchent d’embaucher davantage de salariés, que ce soit en CDI ou en CDD de longue durée. Seules 32% des entreprises disent ne rencontrer aucun problème, tandis que 18% se disent non concernées, en particulier car elles n’ont pas de plans de recrutement. Cela veut dire que sur les entreprises qui souhaitent recruter, 61% n’arrivent pas à le faire comme elles le souhaiteraient.

Dans le bâtiment, ce sont près de 70% des entreprises qui sont confrontées à cette impossibilité de recruter, et 80% des entreprises qui cherchent à recruter. Quel que soit le secteur, la catégorie d’entreprise la plus contrainte dans ses embauches est celle des PME.

Les entreprises citent notamment l’indisponibilité d’une main-d’œuvre compétente (32 %), l’incertitude liée à la situation économique (25 %), les coûts liés à l’emploi (22 %) et la réglementation (17 %). Dans les 22% qui listent les coûts liés à l’emploi, 17% (plus des 3/4) évoquent des « cotisations sociales trop élevées », un facteur directement lié à la réglementation. Le premier frein à l’embauche est donc la réglementation (34%).

Pourquoi une telle situation ? Que faire ?

Tous les facteurs ne se règlent pas facilement, mais tous pourraient se régler s’il y avait une volonté politique. Ainsi de la réglementation, où les principaux obstacles cités par les entreprises sont les risques juridiques associés au licenciement ou les coûts du licenciement : dans les deux cas, timidement mais certainement, des premières mesures positives ont été prises. Mais il reste encore à amplifier le message, car les réformes restent timides par rapport à nos voisins. Sans quoi les craintes sur la pérennité de la législation du travail resteront les plus fortes, les entrepreneurs craignant la réversibilité de mesures déjà trop timides.

De même, le manque d’une main d’œuvre compétente est intimement lié aux choix éducatifs faits par l’État depuis des décennies désormais : par refus d’assumer la sélection à l’université, la France forme des millions d’étudiants à des métiers dont elle sait qu’ils n’ont actuellement pas du tout assez de débouchés. L’exemple le plus criant peut-être est la psychologie, où la France représente la moitié des effectifs d’étudiants en psychologie européens pour moins de 20% de la population. Vous avez dit absurde ? Pire, pour 2 psychologues qui exercent, dont une large part à temps partiel, 3 étudiants sont en fac de psychologie !

Pour 2 psychologues qui exercent, dont une large part à temps partiel, 3 étudiants sont en fac de psychologie

Enfin, l’incertitude économique est au moins autant exogène que causée par les perpétuels revirements de la puissance publique, en particulier sur la fiscalité, la politique industrielle, la politique monétaire, etc. Nulle réforme n’est nécessaire là, juste la promesse de ne rien faire. Mais les politiques, toujours prêts à brasser du vent pour se faire croire utiles, seront-ils capables un jour de l’entendre ? Espérons le car le message des entreprises est clair : elles n’attendent que de pouvoir créer des emplois, à condition qu’on les laisse le faire !