Prendre la réduction des dépenses publiques au sérieux

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Un objectif de 24,5 milliards de réduction par an est politiquement tenable.

Par Claude Sicard.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Le projet de loi de finances (PLF 2019) a été présenté au Conseil des ministres le 24 septembre, et l’Assemblée nationale devra voter le budget dans le cours du dernier trimestre 2018. Le problème de la réduction des dépenses publiques est posé, mais on a le sentiment que, au niveau de l’État, nos dirigeants cafouillent. Dans l’opposition, ce n’est guère mieux. Les propositions des uns et des autres ne reposent manifestement sur aucune analyse sérieuse. Laurent Wauquiez, le président des Républicains (LR) a présenté début septembre ses propositions de réduction de la dépense publique : elles s’élèvent, pour la prochaine année, à 20 milliards d’euros. Il réclame « un vrai effort structurel de réduction du train de vie de l’État », ainsi qu’ « une prestation sociale unique plafonnée à 75 % du SMIC ». Une autre piste consisterait à conditionner l’accès des étrangers au système de protection sociale de notre pays à trois années de cotisation au moins.

Les économies à réaliser pour que notre économie se redresse sont considérables car notre machine économique est étouffée par la pression fiscale. La France a un niveau de dépenses publiques record : 56,4 % du PIB, alors que la moyenne des pays de l’UE se situe à 47 % ; avec pour conséquence d’entraîner des prélèvements obligatoires extrêmement élevés, aujourd’hui les plus élevés d’Europe, et d’obliger l’État à s’endetter un peu plus chaque année. Il faut donc nécessairement faire des économies. Aussi, pendant la campagne présidentielle, les candidats se sont-ils exprimés à ce sujet : Emmanuel Macron a promis 60 milliards d’économies durant son quinquennat, et son concurrent, François Fillon, 100 milliards. Antérieurement, François Hollande avait évoqué le chiffre de 50 milliards. Ces chiffres sont, nous allons le voir, extrêmement éloignés de ce qu’il conviendrait de faire.

Le problème de la réduction des dépenses est, on le sait, extrêmement difficile à résoudre. Et ce principalement pour deux raisons bien compréhensibles : première raison, on va devoir faire un très grand nombre de mécontents, et, seconde raison, il ne faut pas risquer d’affecter par trop la croissance du PIB. Le risque, en ce domaine, est difficile à apprécier.

Les dépenses excessives de l’État et des collectivités territoriales

Dans un article précédent nous avons, par une approche économétrique, chiffré à 245 milliards d’euros l’excédent des dépenses publiques en France, le dépassement par rapport à « la normale » étant de de 19 %.
Les dépenses publiques, en 2017, se ventilaient de la façon suivante :

Répartition des dépenses publiques
État 286,4
Collectivités territoriales 168,5
Dépenses sociales 759,5
Investissements 77,5
Total 1.291,9
(milliards euros)

Les dépenses sociales représentent l’essentiel : 58,8 % du total. Elles sont, de très loin, le poste le plus important, ce que le public semble ignorer. On accuse, en effet, traditionnellement, avant tout, l’obésité de l’État.

Les dépenses sociales :

Elles s’analysent comme suit :

Répartition des dépenses sociales
Santé 249,9
Emploi 44,8
Pauvreté, exclusion 21,3
Vieillesse 325,0
Logement 18,4
Famille 54,6
Frais de gestion 45,5
Total 759,5
(milliards euros)

Les deux postes les plus importants sont la santé et la vieillesse. En matière de santé il est aisé, pour se faire une opinion sur leur importance, de faire des comparaisons avec l’étranger. Ces comparaisons montrent qu’elles sont de 12 % supérieures à « la normale », compte tenu de ce qu’est le niveau de richesse des habitants. Pour ce qui est de la vieillesse, par contre, c’est impossible, les systèmes de retraites n’étant pas les mêmes dans tous les pays.

La BIRD donne, globalement, les dépenses sociales des différents pays du monde, en pourcentage des PIB. Elles varient beaucoup, d’un pays à l’autre, et se trouvent d’autant plus importantes que les pays sont riches. Nous les avons rapportées, dans le tableau ci-dessous, au nombre d’habitants, pour pouvoir faire une corrélation avec les PIB par tête de ces différents pays :

Chiffres pour la corrélation entre dépenses sociales et PIB
Pays Dépenses sociales/habitant PIB/tête
Chili 4 986 15 346
Espagne 9 733 28 156
Corée du Sud 4 449 29 742
France 13 538 38 476
Grande Bretagne 11 712 39 720
Allemagne 11 112 44 469
Suède 12 416 53 442
Etats-Unis 10 738 59 531
Irlande 19 791 69 330
Norvège 21 200 75 304
Luxembourg 23 372 104 103
(US$)

Il existe une corrélation évidente entre les PIB/tête, pris comme variables explicatives, et les dépenses sociales par habitant, comme le montre le graphique ci après :

Corrélation PIB/tête – dépenses sociales/habitant
Source :
Dépense sociale/tête : calculées à partir du ratio depenses sociales/PlB
PIB/tête BIRD 2017

La droite de régression qui exprime cette relation nous indique que la France, compte tenu du niveau de PIB/tête qui est le sien, devrait se situer à 10 000 dollars par habitant, et non pas à 13 538 comme c’est le cas. Cela signifie qu’il y a un excès très important de dépenses sociales dans notre pays, excès que l’on peut estimer, ainsi, à un peu plus de 25 %. Il y aurait donc lieu de préconiser de baisser les dépenses sociales de notre pays de ce pourcentage, soit la somme colossale de 197 milliards d’euros. Ce chiffre est considérable, et une telle économie est totalement impossible à réaliser en raison des dégâts qu’elle causerait à la population, notamment aux plus démunis. Et, au plan politique, aucun gouvernement n’y résisterait. Emmanuel Macron, par prudence, a annoncé, durant sa campagne électorale, une réduction de 25 milliards des dépenses sociales, à réaliser en cinq ans, au cours de sa mandature.

Les effectifs de la fonction publique :

Les effectifs de la fonction publique sont dans le viseur de tous les partis d’opposition. L’État est traditionnellement accusé d’être obèse, et de gaspiller l’argent public. On s’en est pris, récemment, à la nouvelle vaisselle de l’Élysée, et à la piscine du fort de Brégançon.

Qu’en est-il, réellement ? Les effectifs de la fonction publique se décomposent de la façon suivante :

Répartition des effectifs de la fonction publique
Fonction Publique d’État 2 398 000
Fonction Publique Territoriale 1 889 000
Fonction Publique Hospitalière 1 163 000
Total 5 450 000

Nous avons, dans un article précédent, proposé une méthode pour évaluer correctement les sur-effectifs de la fonction publique d’un pays, en tenant compte de son niveau de développement économique. Cette approche économétrique nous a conduit à chiffrer à 348 000 agents l’excédent des effectifs de la fonction publique en France, ce chiffre incluant les emplois aidés. Hors ces emplois exceptionnels, le sureffectif se limite donc à 158 000 personnes, soit 3 % seulement, et au niveau des trois fonctions publiques. L’économie à réaliser serait de 8 milliards d’euros, et de 10 milliards avec la suppression des emplois aidés.

Le cadrage des économies à réaliser

Compte tenu des éléments précédents, on peut cadrer de la façon suivante les économies qui seraient à réaliser pour ramener l’économie française à une situation normale, et lui permettre de retrouver son dynamisme. Il y a 10 milliards d’économies à faire sur les effectifs de la fonction publique, à partager entre l’État et les collectivités locales, 38 milliards sur l’ensemble des dépenses de l’État, et 197 milliards sur toutes les dépenses sociales. Au rythme de 60 milliards par quinquennat, nous allons en avoir pour 20 ans.

Un programme étalé sur 10 ans donnerait les résultats suivant :

Plan de redressement des dépenses publiques à 10 ans
Dépenses 2017 Économies Rythme annuel Objectif final
Dépenses sociales 759,5 197,0 19,7 562,5
Fonction publique 280,5 10,0 1,0 270,5
Investissements 77,5 77,5
Autres 174,4 38,0 3,8 136,4
Totaux 1 291,9 245,0 24,5 1 046,9

Un objectif de 24,5 milliards par an est politiquement tenable. Sur la durée d’une mandature présidentielle, il s’agirait de 122,5 milliards d’euros. Or, Emmanuel Macron a prévu seulement 60 milliards d’euros, soit deux fois moins.

Telle est la feuille de route qu’il conviendrait de communiquer à notre ministère de l’ Économie.

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