Pass sanitaire : l’agent de la division

Screenshot_2021-01-08 Vaccination, confinement la conférence de presse de Jean Castex et Olivier Véran en intégralité - Youtube — BFM TV on Youtube ,

Le pass sanitaire est symptomatique de l’affaiblissement de l’État de droit au profit de l’exploitation de divisions politiques.

Par Olivier Maurice.

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a indiqué que le gouvernement évaluait la possibilité de prolonger le pass sanitaire au-delà du 15 novembre 2021.

Une nouvelle fois, la division qui règne au sein de la société française aura abouti au même résultat : la pérennisation de la mainmise étatique sur un sujet de régulation des comportements, avec tout son cortège de mesures liberticides, de coûts cachés, d’inefficacité organisationnelle et de monopoles destructeurs.

Si elle est appliquée, elle ne sera qu’une énième réédition de la longue liste de mesures législatives qui nous envahissent depuis que l’État a décidé de s’occuper de notre bien-être et de transformer progressivement notre vie en une succession de procédures administratives gérées de bout en bout par des fonctionnaires tatillons et des décideurs politiques carriéristes.

La liberté et le droit

Elle devient vraiment longue, cette liste des sujets « sociétaux » qui divisent et se transforment toujours en lois et en formulaires estampillés CERFA : mariage homosexuel, avortement, PMA, GPA… aujourd’hui vaccination et contrôle sanitaire.

Elle devient vraiment longue, cette liste de libertés qui se transforment un jour en « droits », c’est-à-dire en obligations, en règlements, en financement public et en coercition.

Et comme à chaque fois, on retrouve les deux mêmes camps face à face, figés chacun dans une posture et dans leurs convictions. Chaque événement propre à remettre au-devant de la scène un de ces fameux sujets génère aussitôt de vifs échanges et un déferlement de commentaires enflammés et contradictoires.

La récente épidémie a ainsi permis de propulser le gouvernement encore plus loin dans l’ingérence, en portant le débat sur la question de la vaccination, vue par certains comme un choix personnel, et donc une liberté, et par d’autres comme un respect social permettant par son application le respect de la liberté d’autrui.

Liberté contre liberté, quel magnifique débat ce serait, s’il ne se terminait pas par une description par le détail de ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Le pass sanitaire et la guerre contre les différences d’opinions

Vax ou antivax ? Pass ou anti-pass ? Masque ou anti-masque ? IVG ou anti-IVG ? Légalisation ou anti-légalisation ? PMA ou anti-PMA ? GPA ou anti- GPA ? Pourquoi faudrait-il être tous du même avis ? Est-ce d’ailleurs tout simplement possible ?

Faut-il qu’il y ait toujours, comme pour un match de foot ou de tennis, un gagnant à l’issue de la confrontation, sachant que jamais le débat ne fait changer d’opinion ni l’un ni l’autre camp ?

Ces questions divisent inévitablement. Mais n’est-ce pas tout à fait normal et sain que des avis divers soient présents dans une société ? N’est-ce pas un signe de bonne santé que le doute anime les citoyens ?

Le problème est surtout que tout ce qui divise la population finit en fait par renforcer le pouvoir. Le constat est indiscutable, le résultat de ces débats stériles est en fin de compte toujours le même : moins de liberté et plus d’accaparement des propriétés des individus pour financer des mandats supplémentaires confiés à l’État.

Pass sanitaire et autres mesures : comment stopper cette machine infernale ?

Qu’en est-il donc de nous, libéraux ? Ne ferions-nous pas ainsi trop souvent le jeu de ceux qui nous dirigent ?

Au vu de l’incroyable transformation du gouvernement français dans la gestion de la pandémie, qui en un an est demi est passé de l’amateurisme et l’incompétence les plus flagrants, au statut presque divin de faiseur et de sauveur, on peut clairement se poser la question.

Finalement, les opposants aux actions liberticides mises en place en cascade depuis de nombreuses années ne sont-ils pas devenus les meilleurs alliés d’un pouvoir devenu maitre dans la rhétorique de l’homme de paille, devenu expert dans l’art de ridiculiser ses opposants pour éviter tout débat sur le fond du problème ?

Il est incroyable a postériori de constater comment il a été facile pour le pouvoir d’imposer des mesures aussi inutiles que délétères comme le port du masque obligatoire, le couvre-feu ou le sous-marin du vaccin obligatoire qu’est le passe sanitaire.

Inutiles et délétères, car absolument rien ne permet d’établir que ces mesures n’auraient pas été finalement adoptées, ou pas d’ailleurs, sans l’utilisation de la force, de l’obligation, de la peur de la sanction, mais en fonction de critères d’utilité et d’une judicieuse évaluation du rapport risque-bénéfice.

Une seule chose est certaine : comme il est interdit de comparer, il est totalement impossible d’évaluer des données objectives et la discussion ne peut qu’aboutir qu’en concours de rhétorique.

Le complexe gaulois

Qu’est-ce d’ailleurs que le vaccin, en dehors d’un sujet de controverse politique ? Une incroyable prouesse technologique et entrepreneuriale, qui n’a absolument rien, mais alors rien à voir avec la philosophie et le débat juridique. De quel droit le monde politique a-t-il ainsi nationalisé, socialisé, réquisitionné ce bien commun pour en faire un privilège assorti d’un outil de contrôle ?

Parce que clairement, un objet mis en quelques semaines à la disposition de tous, pour une somme modique, est clairement un bien commun, alors que le chantage à la liberté n’est rien d’autre que la distribution totalement arbitraire d’un privilège qui n’a aucune raison d’être.

Il est incroyable a postériori de réaliser que les raisons qui ont rendu si facile l’imposition de ces mesures aussi liberticides que dégradantes reposent toutes sur la peur de l’autre et sur l’argument fallacieux qu’il est indispensable de légiférer les libertés pour les transformer en droits et en devoirs.

Il en est de même pour tous ces sujets : vaccin, masque, IVG, PMA, GPA, nourriture, stupéfiants… il faut absolument que tout le pays suive des règles, et invariablement les mêmes règles, utilise obligatoirement la même procédure administrative et qu’il finance la machine nécessaire à l’élaboration et à la mise en place de cet ordre républicain.

Tout doit être propre, organisé, bien rangé ! Tout doit être étatisé.

Rendre à César…

Cet argument est exactement le même que celui qui nous dicte qu’il faudrait absolument avoir un jugement moral, et par voie de conséquence juridique et légal, sur le comportement des autres lorsque l’on en vient aux questions comportementales : usage de drogue, sexualité, vaccin, famille…

Mais qu’est-ce que le gouvernement politique, qu’est-ce que le monopole de la violence légitime, qu’est-ce que cette association criminelle légale qu’est l’État a à voir avec tout cela ?

Plus encore : de quel droit n’importe quel citoyen peut-il s’instaurer juge de la vie des autres et de quel droit peut-il décider de peser sur les décisions des personnes qu’il croise ou pas dans la rue et dont très généralement, il ignore tout et se moque totalement de ce qu’elles peuvent bien faire au quotidien ?

Plus et plus encore : comment pouvons-nous supporter que cet embrasement de violence des uns envers les autres, ce non-respect des choix personnels, cette ingérence dans la vie des gens soient à l’opposé d’être réprimés (ce qui est quand même fondamentalement la justification de l’État), mais justement initiés, développés et encouragés par le pouvoir lui-même ?

Il faut absolument que cette dégringolade vers le totalitarisme cesse avant qu’il ne soit trop tard.

Illégitime parce qu’il sort de son mandat

Que les choses soient claires une fois pour toutes : la pensée libérale n’est pas de se prononcer sur le bien-fondé des décisions du gouvernement quand il sort de sa juridiction, mais d’imposer au gouvernement de ne jamais remettre en question les décisions personnelles des citoyens sur leurs choix de vie et de respecter leur intégrité physique et morale.

La première question à se poser est celle-ci : est-ce vraiment à l’État de s’occuper de cela ?

La démocratie vient après l’État de droit. Il ne peut y avoir de démocratie quand l’État abuse de sa position pour opprimer ne serait-ce qu’une minuscule minorité de citoyens ou quand il use de celle-ci pour créer la division ou pour imposer l’agenda de ses dirigeants.

Pour être plus explicite : c’est au gouvernement de suivre les lois qui protègent chaque citoyen et les lois n’ont pas à être écrites pour imposer un quelconque projet ou une quelconque entreprise. Encore moins pour prouver que l’État n’est pas impuissant ou pour valoriser ceux qui le pilotent pour qu’ils puissent garder leur poste.

Les citoyens n’ont aucun devoir vis-à-vis du pouvoir et le pouvoir n’a aucun droit de distribuer quelque privilège que ce soit, quelles qu’en soient les justifications avancées.

« Dans un État formé, qui subsiste, et se soutient, en demeurant appuyé sur les fondements, et qui agit conformément à sa nature, c’est-à-dire, par rapport à la conservation de la société, il n’y a qu’un pouvoir suprême, qui est le pouvoir législatif, auquel tous les autres doivent être subordonnés ; mais cela n’empêche pas que le pouvoir législatif ayant été confié, afin que ceux qui l’administreraient agissent pour certaines fins, le peuple ne se réserve toujours le pouvoir souverain d’abolir le gouvernement ou de le changer, lorsqu’il voit que les conducteurs, en qui il avait mis tant de confiance, agissent d’une manière contraire à afin pour laquelle ils avaient été revêtus d’autorité. Car tout le pouvoir qui est donné et confié en vue d’une fin, étant limité par cette fin-là, dès que cette fin vient à être négligée par les personnes qui ont reçu le pouvoir dont nous parlons, et qu’ils font des choses qui y sont directement opposées ; la confiance qu’on avait mise en eux doit nécessairement cesser et l’autorité qui leur avait été remise est dévolue au peuple, qui peut la placer de nouveau où il jugera à propos, pour sa sûreté et pour son avantage. Ainsi, le peuple garde toujours le pouvoir souverain de se délivrer des entreprises de toutes sortes de personnes, même de ses législateurs, s’ils venaient à être assez fous ou assez méchants, pour former des desseins contre les libertés et les propriétés des sujets. »

John Locke, 1690, Traité du gouvernement civil, chapitre XIII : De la subordination des Pouvoirs de l’État.

Il est vraiment temps de remettre l’État à sa place.

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