Covid-19 : les mesures liberticides vont continuer

Jailed by disastrous (CC BY-NC-ND 2.0) — disastrous , CC-BY

Les mesures liberticides modulées au gré des chiffres quotidiens nous préparent une société atomisée dont le coût sanitaire et social est loin d’être calculé.

Par Jonathan Frickert.

« Même la nuit la plus sombre prendra fin et le soleil se lèvera. »

Ces quelques mots écrits par Victor Hugo et tirés des Misérables semblent avoir été écrits par notre gouvernement. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si cette phrase a été réutilisée ce mercredi lors du discours d’une députée à l’Assemblée nationale.

Pourtant, entre une fin de confinement peu ressentie par les Français, une troisième vague que tous savent inévitable et un vaccin qui peine à arriver et alors que le pays de la gastronomie et de la culture n’a toujours pas rouvert ses salles de spectacles et ses restaurants, on peine à voir poindre le soleil tant promis sur nos libertés.

Une situation que ne devraient pas améliorer les dernières déclarations de Jean-François Delfraissy à nos confrères du Parisien.

Trois à six mois à tenir

Alors qu’un sondage Elabe publié au début du mois montre que les 18-24 ans se disent inquiets et las face à la situation sanitaire, le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy n’a guère donné de raisons d’améliorer les choses.

Dans une entrevue au Parisien, J.-F. Delfraissy a tenu à faire le point sur l’épidémie à l’approche des fêtes.

Si le président du Conseil scientifique n’estime pas nécessaire de décaler la rentrée scolaire, prévue le 4 janvier, il a tout de même tenu à lister plusieurs faits destinés à justifier la vigilance des autorités.

Évoquant un plateau de 10 à 15 000 cas par jour, Jean-François Delfraissy a fait le point sur l’actualité au sujet des mutations du virus, craignant celle de la protéine Spike permettant au virus de s’accrocher et qui pourrait bien renforcer la contagion de ce dernier.

L’ancien directeur de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales en profite pour noter l’incohérence de la Mairie de Paris, quelques jours après l’inauguration du prolongement de la ligne 14 du métro alors que les salles de spectacles sont toujours contraintes à la fermeture.

Enfin, si le directivisme ressenti par beaucoup de Français les amène à être prêts à passer outre le processus de contrôle propre à tout produit de santé, Jean-François Delfraissy a rappelé l’intérêt de surveiller les effets secondaires sur le long terme des différents vaccins entrant actuellement sur les marchés mondiaux.

Constatant la lenteur du processus vaccinal et le risque accru de troisième vague, l’immunologue a évoqué une sortie de crise pour la deuxième moitié de l’année 2021, fixant un nouveau délai aux Français, de l’ordre de 3 à 6 mois avant de pouvoir enfin relâcher la pression.

Un pays de gastronomie sans gastronomie

Il y a encore quelques années, beaucoup auraient dit que le pays de la culture et de la gastronomie ne peut pas tuer ses salles de spectacles ni ses restaurants.

C’est pourtant chose faite avec le report de la réouverture des salles de cinéma et le maintien de fermeture des restaurants.

Des mesures de restrictions frappant un emploi direct sur 10 – sans compter les sous-traitants – et dont les conséquences sont déjà largement visibles.

Ainsi, selon Gira conseil, spécialiste du secteur, près d’un restaurateur sur deux serait menacé de faillite, et ce malgré le chômage partiel, les prêts garantis par l’État et les facilités en termes de cotisations.

Même son de cloche du côté du secteur culturel. Alors que l’année cinématographique, pourtant prometteuse en termes de productions, semblant être en passe de trouver son point d’équilibre avec la concurrence de la VOD, les salles enregistrent une chute de chiffre d’affaires fulgurante. Le terme de « faillite » est désormais sur les lèvres de tous les exploitants de salle.

Une situation qui rejoint celle de toute l’économie française pour ne pas dire européenne et mondiale, déjà frappée par un blocage des recrutements depuis plusieurs mois, un chômage de près de 9 % au troisième trimestre et un million de Français touchés par la pauvreté.

Ce désastre a des conséquences sociales, à la manière de la hausse des demandes en divorces et des violences conjugales.

Au centre de cette économie en berne : un PIB qui devrait se contracter d’un dixième cette année. Or, les études économiques rappellent régulièrement l’importance d’un facteur dans le croissance d’une économie et le bien-être général d’une société et des individus qui la composent : la liberté.

C’est donc bel et bien du côté de cette liberté perdue qu’il faut trouver la cause de la morosité ambiante.

Un prétexte liberticide, mesures liberticides

Doté d’une conception aristocratique du pouvoir, et après une campagne présidentielle fondée sur l’idée de liberté, Emmanuel Macron s’est rapidement montré comme un tenant d’une politique illibérale, semblable à un Vladimir Poutine ou à un Viktor Orban contre qui il s’est pourtant positionné sur la scène européenne.

Ses frappes – j’utilise le terme à dessein tant on peut les comparer aux opérations militaires ponctuelles – à l’encontre de la liberté d’information dans le projet de loi sur la sécurité globale, toujours objet d’importantes manifestations, ainsi que contre la liberté scolaire, au prétexte de lutte contre un séparatisme qu’il n’ose pas nommer, sont des preuves détachées du contexte sanitaire.

La Covid aura permis de justifier de nouvelles mesures, comme le note au niveau mondial l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale dans son dernier rapport annuel sur l’état des démocraties mondiales.

L’occasion de faire un rapide tour d’horizon des libertés malmenées durant l’année écoulée. Pour des raisons de facilité, laissons de côté les mesures locales.

La première des libertés à avoir été largement restreinte est évidemment la liberté de réunion, et ce avant toute autre. Dès le 8 mars, les rassemblements de plus de 50 personnes ont été interdits dans les principaux foyers de contamination, avant que les regroupements de plus de 1000 personnes ne soient interdits sur l’ensemble du territoire dès le lendemain.

Cette interdiction frappe particulièrement les lieux cultuels, et notamment les cérémonies d’enterrement, rendant le travail de deuil compliqué pour certaines familles. Une difficulté s’ajoutant aux nombreuses conséquences psychologiques et sociales des mesures.

La deuxième liberté réduite est chronologiquement la liberté d’enseignement. Réduite sans être évidemment supprimée et touchant toujours la limite de l’acceptable, comme la plupart des libertés évoquées. Les crèches et écoles, allant de l’école maternelle à l’université, ont ainsi commencé à être fermées dès le 8 mars dans les principaux foyers, avant que la mesure ne soit appliquée à tout le territoire à compter du 12 mars.

Troisième liberté restreinte, et sans doute la mère de toutes les autres : la liberté de circuler, ou liberté de déplacement, avec la fermeture des lieux publics dits « non indispensables » dès le 14 mars et, évidement, les deux confinements ainsi que les couvre-feux décrétés à partir du 16 mars.

Les différentes attestations, devenues symboles de ces périodes où se déplacer exigeait une permission, renforcent l’atmosphère de guerre et surtout d’infantilisation.

Plus méconnue, la liberté de travailler est également dans le trio de tête des grandes perdantes des mesures gouvernementales, avec l’encouragement du chômage partiel dès mi-mars et du télétravail. S’il est inutile de rappeler les conséquences économiques de ces mesures, déjà évoquées plus haut dans le présent article, il est intéressant de noter la distinction entre les emplois qu’on pourrait qualifier de « télétravaillables », essentiellement tertiaires, continuant d’être exercés malgré les confinements successifs, et les emplois « non télétravaillables », à la manière du secteur du BTP, où la seule compensation aura été pécuniaire, entre les subventions, les prêts et les largesses des URSSAF.

Évidemment, tout un chacun verra que les libertés évoquées ne sont pas revenues à la normale. Les dates données ne concernent que les débuts de ces atteintes, et le contexte laisse penser que nous ne sommes malheureusement pas près de retrouver nos libertés perdues.

Liberté et santé : une fausse opposition

Il serait très simple pour les détracteurs de cette réalité de nous expliquer que la liberté vaut bien peu de choses lorsque la santé est menacée.

Cet argument est le pendant moderne de celui voulant que la liberté doive s’effacer devant l’impératif sécuritaire. Un argument qui ne date pas d’hier, mais qui n’a eu de cesse d’être réfuté au cours de l’Histoire. L’État imposant une restriction des libertés pour assurer la sécurité ne fait rien d’autre que démunir les individus de leurs protections contre le Léviathan.

Pour bien comprendre l’absurdité de ce raisonnement liberticide, imaginez une seconde vous retrouver en pleine rue, dans un contexte insurrectionnel. Votre vie est en danger. Vous ne savez que faire pour la protéger. Il vous est possible de fuir ou de lutter, mais vous n’avez aucune certitude de rester en vie. Une personne vous propose de venir vous abriter chez elle, vous donnant cette certitude tant recherchée. Seulement, lorsque le loquet de la porte est fermé, vous découvrez que cette personne ne vous souhaite pas forcément que du bien.

Troquer sa liberté contre de la sécurité consiste exactement à vous placer dans cette situation. Il s’agit de vous dépouiller des moyens de lutte dont vous disposiez sous prétexte de vous garantir la vie.

Politiquement, ces protections ne sont rien d’autre que les corps intermédiaires, au premier chef desquels les associations et les entreprises, menacées par la fin de la liberté de réunion et de travail.

En restreignant les liens sociaux, on isole les individus.

Mais la question de l’opposition entre santé et liberté va plus loin qu’une question d’équilibre politique : elle nie la nécessité psychologique et vitale de la liberté, en particulier pour un animal politique et social tel que l’est l’être humain.

De la même manière que l’univers carcéral, par la privation de liberté qu’il induit, crée des troubles psychiatriques notoires, la privation de liberté que constitue le confinement provoque à son tour un certain nombre de problèmes de cet ordre.

On ne compte plus la hausse des cas de déprime, d’insomnie et d’épisodes anxieux, renforcée par l’atmosphère de suspicion permanente dans laquelle nous vivons depuis bientôt un an.

Chaque jour, sans le savoir, vous fréquentez sans doute des personnes infectées par le virus.

Ajoutée aux mesures liberticides modulées au gré des chiffres quotidiens, cette situation nous prépare une société atomisée dont le coût sanitaire et social est loin d’être calculé.

Une interminable année

L’histoire des sociétés est organisée non pas par des dates mais par de grands événements politiques traversant l’Histoire. Dans cette optique, on considère que le XXe siècle a commencé avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale et s’est terminée par le 11 septembre 2001.

En extrapolant cette logique, en l’annualisant, l’année 2020 aura débuté un certain 17 novembre 2019, jour évoquant le patient zéro. Reste à savoir si celle-ci se terminera bel et bien d’ici trois à six mois comme l’annonce Jean-François Delfraissy, ou si l’année se transformera en décennie pour les historiens qui étudieront notre ère.

L’histoire récente n’aura en tout cas guère contredit les plus pessimistes, voyant dans les différentes restrictions aux libertés des pieux profondément enfoncés dans le paysage français.

 

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