28 septembre : la journée du droit à l’avortement

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L’avortement est un sujet extrêmement complexe, qui fait appel autant à la science, qu’à l’éthique et à la notion de vie privée et de propriété de soi.

Par Justine Colinet.

Nous sommes le 28 septembre et, bien que bénéficiant d’une couverture médiatique relativement faible, c’est aujourd’hui la journée internationale du droit à l’avortement.

Avortement : du pour et du contre

Le débat sur le recours à l’avortement est particulièrement polarisé avec d’un côté, les partisans de l’avortement – ceux qui défendent le droit à y accéder – et l’autre extrême, les défenseurs de la vie – ceux qui cherchent à interdire toute forme d’avortement. Il existe trois types d’interruption de grossesse : l’utilisation de ce que l’on appelle la pilule du lendemain, le recours à un traitement médicamenteux en tout début de grossesse et l’intervention chirurgicale.

Du côté des partisans, on défend notamment le besoin des femmes en situation de précarité de contrôler le nombre de leurs enfants pour échapper à la pauvreté. L’argument le plus courant en faveur de l’avortement découle du droit de la femme à disposer de son propre corps. Selon cette logique, le fœtus fait partie du corps de la femme, et celle-ci est libre de poursuivre la grossesse ou pas.

Les opposants à l’avortement évoquent généralement des arguments religieux, parmi lesquels l’existence de l’âme dès l’instant où un spermatozoïde et un ovule fusionnent pour former un zygote.

Une minorité argumente sur la base des droits humains fondamentaux. Dès qu’un zygote est formé, il existe un être humain doté de tous ses droits. Dès lors, les droits du fœtus sont égaux à ceux de la mère, et l’avortement est donc un meurtre.

La journée internationale du droit à l’avortement donne souvent lieu à des manifestations pro ou anti avortement ainsi qu’à divers débats sur ce qui est acceptable ou non qu’une femme décide de faire une fois enceinte. C’est également l’occasion de reprendre le débat sous l’angle des libertés et de la réalité concrète pour nuancer quelque peu les avis souvent très arrêtés sur le sujet.

Tout d’abord, il faut cesser la diabolisation de la femme qui décide d’interrompre une grossesse. Il ne s’agit généralement pas d’une décision faite de gaieté de cœur. La souffrance physique sera souvent accompagnée de détresse psychologique.

Certaines femmes ont eu recours à l’avortement pour éviter de tomber dans la pauvreté, la santé de certaines était mise en danger par la grossesse, d’autres ne vivaient pas dans un foyer leur permettant d’assurer la sécurité de l’enfant et d’autres encore ne voulaient tout simplement pas fonder une famille.

Parfois il s’agit d’une question de santé, physique ou mentale, ou un point de vue idéologique. Parfois, c’est une autre conception du bonheur et de la vie.

Ils vécurent heureux, et eurent beaucoup d’enfants…

Car comme le rappelait très justement Sophie Heine dans les colonnes de Contrepoints :

En plus des injustices subies par la majorité des individus, les femmes font face à des dominations spécifiques ; leur vulnérabilité sociale et physique, ainsi que les discours dominants sur le féminin et le masculin limitent leur potentiel de révolte et de mobilisation. Cette condition ne peut qu’avoir un impact sur le choix ou non d’avorter, d’autant plus que les contraintes subies par les femmes en matière de sexualité et de reproduction sont particulièrement fortes.

C’est sur ce dernier point que le débat est trop souvent mis en sourdine. La question de l’avortement – ou, plus largement, du contrôle des naissances – est intimement liée au rôle des femmes dans chaque société.

Les femmes endurent régulièrement et depuis la nuit des temps une pression sociale selon laquelle elles doivent être sexuellement actives avec leur partenaire et surtout fonder une famille, pas trop tard mais pas trop tôt non plus ; avoir beaucoup d’enfants, mais trop non plus.

Nous sommes au XXIe siècle, et pourtant, il semble toujours difficile pour l’opinion publique de réaliser que l’ambition de toutes les femmes n’est pas de créer un foyer et de s’occuper d’enfants. Heureusement, elles sont de plus en plus nombreuses à avoir le courage de s’extraire de ce carcan traditionnel pour se lancer dans l’entrepreneuriat, voyager, vivre de leur passion.

Ces femmes nous montrent qu’il ne faut pas nécessairement fonder une famille pour avoir de la valeur ou être reconnue socialement. Mais la pression de la société existe réellement et rend cette liberté de disposer de son corps et d’avorter bien relative. Cette pression ne disparaîtra qu’au fil du travail sur les mentalités et les idées reçues.

L’accès à l’avortement dans le monde

L’histoire de l’accès à l’avortement varie d’un pays à l’autre en fonction de la culture, du niveau de technologie et de l’importance de la religion. Par exemple, pour les pays à prédominance catholique l’avortement a souvent été interdit. C’est encore le cas en Europe, par exemple à Malte, pays catholique où la peine minimale encourue est de 18 mois de prison, ainsi que dans les trois micro-États d’Andorre, du Vatican et de Saint-Marin.

En Afrique, le Congo, l’Égypte, le Gabon, la Guinée-Bissau, Madagascar, la Mauritanie et le Sénégal interdisent aussi le recours à l’avortement, de même que le Honduras, le Nicaragua, le Surinam, Haïti, le Salvador et la République dominicaine en Amérique, ou les Philippines, l’Irak et le Laos en Asie.

Dans la plupart des autres pays du monde, si l’avortement n’est pas interdit, il reste très encadré par l’État. Au États-Unis, ce droit est régulièrement menacé et remis en question, comme récemment avec une nouvelle loi restrictive au Texas.

En Pologne, depuis octobre 2020, l’avortement est interdit pour malformation du fœtus. Il n’y est permis qu’en cas de viol, d’inceste ou lorsque la vie de la mère est en danger.

Un débat complexe qui mérite plus d’information

Enfin, un volet doit absolument être abordé : celui de l’éducation sexuelle absente dans de nombreux pays et insuffisante dans la plupart de ceux où elle est pratiquée.  Il y a un réel travail à effectuer en ce qui concerne l’information sur la sexualité et la connaissance des différents moyens de contraception dès l’adolescence.

C’est un sujet malheureusement tabou à l’heure actuelle, ce qui empêche un vrai apprentissage des risques, dangers et responsabilités que cela implique. Bien sûr, tous les jeunes ne sont pas actifs, mais un jeune averti en vaudra deux : être sexuellement actif, c’est également développer des responsabilités. C’est dans la  tranche d’âge des 20-29 ans que les avortements sont les plus fréquents en France.

L’avortement est un sujet extrêmement complexe qui fait appel autant à la science, qu’à l’éthique et aux notions de vie privée et de propriété de soi. La femme face à cette décision va forcément se poser la question du bien-être de l’enfant s’il venait au monde.

C’est une question à laquelle il est presqu’impossible de répondre à l’avance et un choix bien évidemment difficile, d’où l’importance de prendre en compte la réalité du terrain, qu’il s’agisse du statut socio-économique, de la santé ou du souhait d’élever un enfant. Plutôt que de réglementer la grossesse, il s’agirait d’être à l’écoute et d’accompagner ces décisions au cas par cas, dans le respect de la liberté et des droits de tous.

Pour terminer, une réflexion qui pourrait ouvrir le prochain débat sur l’avortement auquel vous participerez : dans ce monde où il reste tellement peu de libertés et de propriétés, nos corps appartiennent-ils à l’État ? Doit-il légiférer sur le fait ou non qu’une femme puisse mettre fin à une grossesse quel que soit son motif ? L’État est-il mieux placé que les médecins, les parents, les religieux ou les scientifiques ? Et si les femmes ne peuvent pas contrôler leur propre corps, comment peuvent-elles être véritablement libérées ?

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