Vaccination : nouvel échec de l’État-stratège

vaccine BY VCU Capital News Service(CC BY-NC 2.0) — VCU Capital News , CC-BY

Après les lits de réanimation, après les masques, les gels, après les tests de dépistages, la politique vaccinale montre à son tour la capacité de la bureaucratie française à générer de l’inefficacité.

Par Jonathan Frickert.

Alors que le nombre de contaminations semble être à la baisse, la France a fêté ce mardi ses 20 millions d’injections pratiquées.

Cocorico ? Pas tellement. Selon nos confrères de Ouest-France, à l’heure où nous écrivons ces lignes près de 730 centres de vaccinations auraient des places vacantes pour un total de 280 000 places abandonnées par les Français concernés par la vaccination.

Au point que l’actuelle maire de Paris et potentielle candidate socialiste à l’élection présidentielle appelle le gouvernement à « débrider la question de l’âge ». Un comble pour une édile gouvernant avec un parti au cœur de la polémique depuis plusieurs jours avec une affiche visant explicitement les boomers.

L’affaire prend une tournure politique, puisqu’elle révèle une nouvelle fois les défaillances de l’État-stratège, s’arrogeant le droit d’organiser et de définir les priorités mais qui se montre incapable d’administrer convenablement ses stocks de vaccins.

Vaccination : une population trop jeune ?

Comment expliquer ces désaffections ? Une des premières explications avancées est la situation géographique des vaccinodromes ouverts au début du mois d’avril, situés dans des zones où la population n’est pas concernée par la politique vaccinale.

Cette thèse est notamment étayée par le cas du Stade de France, situé en Seine-Saint-Denis, un des départements les plus jeunes de l’Hexagone où seuls 17 % de la population se situe dans la tranche d’âge concernée par la vaccination, soit 10 points de moins que l’ensemble de la population.

Une psychose bien utile

Mais l’explication la plus plausible tient dans la psychose entourant le vaccin AstraZeneca. Début avril, France Info contait ainsi l’histoire de centres de vaccinations de la région des Hauts-de-France où jusqu’à 900 rendez-vous n’ont pas été honorés lors du week-end pascal.

En cause : la polémique autour des cas de thromboses frappant des patients vaccinés avec le vaccin britannique, et contre lequel les plaintes se multiplient, qu’il s’agisse de particuliers ou directement de la part de Bruxelles, alors que des experts canadiens estiment qu’il serait moins dangereux pour la santé qu’une simple baignade.

Interrogé par France 3 Hauts-de-France, Daniel Camus, infectiologue et épidémiologiste à l’Institut Pasteur de Lille, évoque une mauvaise campagne d’information de la part des autorités. Ces dernières se sont par ailleurs largement engouffrées dans la brèche en cédant à leur tour à la panique.

Une constance mortifère

Malgré les désistements, nombreux sont ceux qui tentent en vain de profiter de ces créneaux libérés.

Lorsque le gouvernement tente de se draper des oripeaux de la constance, il le fait systématiquement dans la direction de l’inefficacité. En témoignent les interventions des différents acteurs de la campagne vaccinale.

Ainsi, à l’issue d’une visite à l’ARS d’Île-de-France à Saint-Denis, le ministre de la Santé Olivier Véran a rappelé attendre que 80 % de la classe d’âge prioritaire soit vaccinée avant d’élargir les critères de vaccination. De son côté, Alain Fischer, le fameux « Monsieur Vaccins » a rappelé la priorité mise sur les personnes vulnérables, tout en assurant que les doses inutilisées ne sont pas gâchées.

Compte tenu du refus de vaccination de certains Français, le gouvernement risque donc d’attendre bien longtemps avant d’enfin daigner assouplir ses conditions de vaccination. Or, si la stratégie de priorisation était audible au moment où les doses étaient limitées, tel n’est plus le cas aujourd’hui, rendant le verrou de l’âge parfaitement obsolète.

Pourtant, selon plusieurs élus qui ont pu échanger avec le président de la République ce mardi, Emmanuel Macron serait parfaitement conscient du problème, mais se limiterait à envisager des vaccinations sans rendez-vous. On retrouve ici une stratégie désormais bien connue du chef de l’État consistant à synchroniser son discours avec l’opinion sans pour autant passer aux actes.

Conséquence funeste : plusieurs centaines de doses sont parfois jetées. Un comble lorsqu’on se souvient des difficultés que connaît la campagne vaccinale depuis maintenant quatre mois.

Vaccination et principe de précaution, l’autre virus

Débutée le 27 décembre dernier, la campagne vaccinale française s’est rapidement pris les pieds dans le tapis.

Avec une livraison de près de 500 000 doses hebdomadaires et 15 % des commandes européennes, la France était destinée à sortir de son habituelle torpeur bureaucratique.

Cependant, des critiques ont été émises seulement quelques heures après le début de la campagne au sujet de l’incroyable lenteur de la stratégie française. Une lenteur justifiée par le gouvernement par une volonté d’éviter tout risque, suivant le sacro-saint principe de précaution. Un principe que le candidat Emmanuel Macron avait pourtant dit vouloir concilier avec l’impératif d’innovation en février 2017. Une autre promesse encore une fois bien vite oubliée…

Cet oubli de la part du chef de l’État ne l’empêche pas d’admettre rapidement que le pays ne va pas assez vite dans sa politique vaccinale selon la stratégie de communication évoquée plus tôt et toujours sans que les actes ne suivent.

Des blocages européens

Si cette lenteur a été accentuée par des difficultés d’approvisionnement, une grande part est imputable à des difficultés réglementaires et bureaucratiques. Ainsi, les livraisons des vaccins produits par Johnson&Johnson et AstraZeneca ont été respectivement impactées par des retards d’homologation et des blocages d’exportations, en plus des difficultés posées par une Union européenne réticente à homologuer les vaccins russes et chinois.

Une situation qui a amené plusieurs pays, du fameux groupe de Visegràd à des démocraties libérales reconnues comme le Danemark et l’Autriche, à faire fi de la procédure mise en place par Bruxelles.

Une absence de vision

Malgré cela, le gouvernement a dès janvier assoupli les règles sans succès et ce plusieurs fois. Une occasion de se rendre compte que la stratégie vaccinale n’en est décidément pas une tant la politique gouvernementale montre une absence totale de vision à long terme.

Enfin, à cette lenteur bureaucratique s’est ajouté un refus totalement idéologique des vaccinodromes, considéré comme un gros mot jusqu’au début du mois d’avril.

La peur, meilleure amie de la bureaucratie

Après les lits de réanimation, après les masques, les gels, après les tests de dépistages, la politique vaccinale montre à son tour la capacité de la bureaucratie française à générer de l’inefficacité et ce malgré l’abondance vaccinale permise au prix de lourds efforts.

Le cas des créneaux de vaccination en est donc une nouvelle illustration. Priorisation désuète, lenteur coupable et réglementation ubuesque, associées à un principe de précaution qui prétend protéger, mais qui en réalité opprime, montrent qu’après avoir échoué à gérer la pénurie, l’État-stratège est aujourd’hui incapable de gérer l’abondance.

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