GPA : l’État s’érige en protecteur de la mère et de l’enfant contre leur volonté

Un entretien avec Daniel Borrillo à l’occasion de la sortie de l’ouvrage qu’il a co-dirigé avec Thomas Perroud « Penser la GPA », aux éditions de L’Harmattan.

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GPA : l’État s’érige en protecteur de la mère et de l’enfant contre leur volonté

Publié le 7 mai 2021
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Par Daniel Borillo.

Contrepoints : Quels sont les risques concrets et identifiables de la GPA motivant son interdiction en France ? Y a-t-il risque d’exploitation de femmes défavorisées, de marchandisation de l’humain ?

Daniel Borrillo : Il n’existe aucun risque concret invoqué par l’État pour interdire la GPA. Il s’agit d’une appréciation in abstracto selon laquelle cette pratique porterait atteinte à la dignité humaine, mènerait à la marchandisation du corps et à la réification des enfants. Bien que les études scientifiques prouvent exactement le contraire, l’idéologie anti-GPA continue à constituer une barrière à la liberté procréative.

Cette idéologie ne trouve pas son origine dans la loi mais dans la jurisprudence de la cour de cassation qui a mobilisé une notion morale : l’indisponibilité du corps, pour rendre nulles les conventions portant sur la GPA. Nous avions présenté plusieurs recherches démontrant que dans les pays démocratiques où la GPA est légale, il n’existe aucun type d’exploitation ni de marchandisation de l’humain puisque tout est contractualisé et homologué par le juge.

GPA : une prohibition hypocrite

L’éthique et le respect de la dignité semblant être au centre des polémiques au sujet de la GPA, quelles options sont disponibles, envisageables dans une société culturelle où elle n’est pas légalisée ?

Après cinq condamnations de la Cour européenne des droits de l’Homme, la France a fini par accepter l’inscription de l’acte de naissance d’une enfant née par GPA à l’étranger. L’obligation de transcription à l’état civil de la filiation paternelle d’intention, d’une part, et l’ouverture de l’adoption de l’enfant au conjoint du père d’autre part, rend effective la convention de gestation pour autrui conclue l’étranger, pourtant interdite en France.

Pour les personnes ou les couples ayant les moyens financiers d’aller à l’étranger, la GPA produira tous les effets de la filiation et de la nationalité en France. C’est pourquoi sa prohibition est complétement hypocrite.

L’État s’érige en protecteur

L’État, se mettant en position de père de famille au nom de la protection de la mère et de l’enfant, ne fait-il pas usage une fois de plus du principe de précaution ? N’est-on pas en train de fermer la porte à l’évolution, l’innovation et au progrès médical ?

L’État s’érige en protecteur de la mère et de l’enfant au nom de leur humanité et il le fait contre leur volonté. Le principe de précaution n’est nullement invoqué. La critique de la GPA se fonde sur une nouvelle vulgate qui s’oppose au principe de libre disposition de soi et à l’autonomie de la volonté : la dignité humaine et la non-disponibilité du corps.

En dissociant la maternité du corps de la femme et en plaçant la volonté au cœur du dispositif parental, la GPA s’est attirée les foudres des courants antirationalistes, antilibéraux et technosceptiques.

Un retour à la Gemeinschaft, à la solidarité mécanique (le collectif contre l’individuel, le genre humain contre l’individu1) permet de contextualiser le débat français et d’expliquer les réactions politiques contre les GPA réalisées à l’étranger.

Daniel Borrillo a codirigé avec Thomas Perroud Penser la GPA aux éditions L’Harmattan (2021).

 

  1. Comme le propose M. Fabre-Magnan lorsqu’elle écrit : « À travers chaque personne, c’est l’humanité qui peut être atteinte et donc tous les autres. L’émergence du principe de dignité est ainsi le signe qu’il y a quelque chose qui dépasse (qui transcende) les volontés individuelles. Plus encore que le collectif, c’est le genre humain en général auquel le principe de dignité marque l’appartenance », « Le sadisme n’est pas un droit de l’homme », D., 2005, n°43, chron., p. 2979.
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  • C’est pour cela que j’aime Contrepoints : même les plus délirants gauchistes peuvent exprimer leur point de vue sur ce site, ce qui, souvent, à pour effet de dévoiler la vacuité totale de leur argumentation. C’est d’ailleurs ce qui est sain dans le débat d’idées que ces mêmes wokes et autres spécialistes du genre veulent tuer à tout prix : qu’on puisse mettre en évidence leur vacuité.
    Quant au fait qu’un gauchiste invoque l’antilibéralisme sur un journal libéral, et qu’il doit être le premier à hurler à l’ultralibéralisme quand ça l’arrange aussi, c’est assez cocasse.

    • oui, ce qui me gave juste est qu’il est payé avec nos impôts pour sortir de telles bêtises !

    • Il est clair que l’hostilité à la GPA est une position anti-libérale.
      Comme celle à la libre consommation de drogues ou celle à la légitimité de la prostitution.
      Toutes ces positions « anti » reposent sur des principes moraux totalement étrangers au libéralisme, prônant la liberté de soi et la supériorité du contrat sur tout autre disposition sociale.

      • @jérémy « principes moraux totalement étrangers au libéralisme » ah bon ? affirmation gratuite dénuée de sens et inadaptée . Le libéralisme a sa propre moralité et la vente d’un être humain n est pas en phase avec cette morale. Par ailleurs que penser d’un individu (vous) incapable de se détacher d’une idéologie (ici le libéralisme, par vous mal interprété) si ce dernier ne lui convenait pas (vous êtes un bon pharisien, gardien du temple auto proclamé du libéralisme) , bref chapeau Jérémy , vous vous êtes surpassé aujourd’hui . Jérémy ou comment être un libéral totalitaire en 10 leçons

    • C’est plutôt votre commentaire qui est la preuve de la pluralité des opinions possibles sur contrepoints (même lorsqu’ils sont à la limite de l’insulte du type « délirant gauchiste »), car ne vous en déplaise cet article défend une position authentiquement libérale.

      Cela illustre bien la distinction croissante entre la ligne éditoriale de Contrepoints qui se veut simplement libérale, sans orientation politicienne de droite ou de gauche qui sont tous farouchement opposés à la liberté en France, et les commentaires qui eux semblent de plus en plus nombreux à défendre des idées conservatrices, souverainistes et protectionnistes, dont l’attachement à la liberté est rarement évident.

      • Pourriez-vous développer en quoi, selon vous, la GPA est libérale?

        • Je commencerai d’abord par dire que tous ceux qui ne sont pas de mon avis ne sont pas tous des affreux communistes, il peut y avoir des débats et des positions contraires mais toutes légitimes ​au sein de la grande famille du libéralisme.

          Maintenant, pourquoi la GPA est-elle libérale ? Comme l’article le mentionne, la libre disposition de soi et l’autonomie sont les valeurs libérales qui justifient la GPA, et qui sont par ailleurs à la source de la liberté contractuelle.

          L’Etat, le gouvernement ou la chapelle de mon village ne sont pas propriétaires de mon corps, c’est la raison pour laquelle la décision d’avoir un enfant n’est pas (encore) subordonné à une autorisation administrative, si une femme désire tomber enceinte c’est son choix et personne n’est légitime à lui dénier ce droit.

          Cela règle la liberté qu’à la mère porteuse à enfanter, mais qu’en est-il de la filiation ? Je vous vois ici crier à la vente du bébé tel une marchandise et pour qui on aurait violé le consentement. L’enfant n’aurait-il pas souhaité grandir auprès de sa mère biologique ?

          Justement ! Dans une GPA, la mère biologique de l’enfant n’est PAS la mère porteuse, l’embryon provient de la mère fertile qui élèvera l’enfant. La GPA ce n’est pas acheter l’enfant de quelqu’un d’autre (et encore, l’adoption n’est pas une acquisition, la filiation n’étant pas un droit de propriété), c’est faire appel à quelqu’un pour que VOTRE enfant issu de VOTRE embryon puisse venir au monde.

          Maintenant est-ce le choix de l’enfant de naitre via une GPA ? Certes l’enfant n’a pas son mot à dire, mais comme dans absolument toutes les autres situations. Aucun enfant ne décide de naître via une césarienne, dans une foyer pauvre, homosexuel ou catholique, autant de situations qui pourraient apparaitre tout à fait insupportables pour certains (ce n’est pas mon cas). Décider de l’endroit où il va naitre et par quelle famille il va être élevé n’est pas un droit de l’enfant, aucun enfant ne consent jamais à sa propre naissance.

          La seule question est donc, une femme peut-elle disposer librement de son propre corps pour y accueillir l’embryon d’une autre femme, afin de permettre à cette dernière d’accueillir l’enfant qu’elle n’est pas capable de mettre au monde par elle-même?

          • J’entends ce que vous dites. Mais vous ne pouvez pas dire à la fois que la GPA se justifie par « la libre disposition de soi et par l’autonomie », et à la fois que l’enfant n’a certes pas son mot à dire dans le cadre de la GPA. Si on veut être tout à fait cohérent il faut dire que la GPA n’est pas la libre disposition de soi mais plutôt la libre disposition d’autrui, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
            Le fait de naître dans une famille déterminée c’est un tout autre sujet qui n’est pas en rapport avec les droits naturels d’un individu. Pour moi il est uniquement question de droit.
            Par ailleurs, la libre disposition de son corps, que ce soit celui d’un homme ou celui d’une femme, n’a évidemment jamais été remis en question ici.

            • Si le fait de devenir parent d’un enfant, c’est de la libre disposition d’autrui, alors on le fait à chaque naissance. Du coup votre argument s’applique aussi à tout autre enfant. On peut dire que dans la situation naturelle on n’agit pas donc on ne « dispose » pas de l’enfant. Mais la FIV avec don, on a choisi la mère (qui ne sera donc pas la mère biologique), on dispose de l’enfant puisqu’il y a action. Faudrait il que ce soit interdit?
              De façon générale tout traitement de fertilité modifie la naissance naturelle et c’est donc une action. Sans parler de la néonatalogie, on fait vivre des enfants qui n’auraient pas dû.
              L’hypocrisie est d’accepter tout ça mais refuser la GPA parce que c’est « nouveau ». Et ne vous méprenez pas, les mêmes opposition ont eu lieu pour la pillule et pour la FIV.
              De plus s’opposer à la GPA « pour les droits de l’enfant », c’est l’empêcher de naître. Cela me rappelle un enfant handicapé qui avait fait un procès à ses parents pour ne pas l’avoir avorté. Est ce pour vous défendable ?

              • @titi ce qui est nouveau c’est la vente d’enfant. Par ailleurs le bebe est abandonné par la mère à la naissance , quel parent responsable veut souhaiter ça à son enfant ? Pensez vous qu’un bébé et une femme qui portent ne nouent aucun lien pendant les 9 mois de grossesse ? Pensez vous que la rupture de ce lien est neutre ? (pour l’enfant et la mère porteuse ? ) Pensez vous que la psychologie est du vent ?

                • Ce que je pense de la psychologie de la mère porteuse n’a pas d’importance, c’est son avis qui compte. Perso jamais je ne le ferai, mais certaines femmes acceptent.
                  Enfin je suis contre la vente d’enfant. Les parents d’intention sont engagés à être parents dès la conception, la transaction n’a pas lieu à la naissance. C’est trop facile d’abandonner un enfant handicapé sinon…

  • Pour les quelques personnes concernées, un article sur la situation en Belgique où la GPA n’est pas interdite, mais où l’absence de cadre légal rend les choses ( très ) compliquées

    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_gpa-la-belgique-tolere-mais-n-encadre-pas-avec-quelles-consequences?id=10424532

    et un autre sur la situation en Europe :

    https://www.co-parents.fr/blog/gpa-comment-ca-se-passe-chez-nos-voisins-europeens/

  • « L’État s’érige en protecteur de la mère et de l’enfant au nom de leur humanité et il le fait contre leur volonté. »
    Monsieur Borrillo, je ne pense pas que le rôle de l’Etat soit d’assouvir toutes les volontés de chaque citoyen.
    Si on suit votre logique, pourquoi ne pas autoriser la polygamie puisque c’est la volonté de certains ?
    Moi, je pense surtout aux enfants à naitre, qui n’ont rien demandé.
    Qu’ils soient nés par GPA ou par PMA, que vont-ils devenir à leur adolescence ?
    Est-ce l’Etat qui répondra à leurs questions ?
    Les dérives actuelles, dites progressistes, s’apparentent plus aux techniques pratiquées dans l’élevage animal qu’à des idées humanistes.
    A l’heure où l’école enseigne à nos enfants que l’animal est une personne, j’ai peur que l’Homme ne devienne simplement un animal.

    • L’Homme est le seul animal qui pense
      ne pas en être un.

    • « Si on suit votre logique, pourquoi ne pas autoriser la polygamie puisque c’est la volonté de certains ? »

      En effet, pourquoi pas ?

    • Pour les adolescents nés par GPA, l’état répond à leurs questions en les faisant chier. En refusant qu’ils aient officiellement des parents par exemple. Ce qui complique leur vie administrative jusqu’à leur 18 ans.
      La réponse de l’état français, c’est « on ne veut pas de vous ici, vous n’êtes pas vraiment des enfants comme les autres ».
      Le tortionnaire est l’état dans l’affaire. Mais n’hésitez pas à lire ce que ces enfants eux mêmes ressentent (l’un d’entre eux a écrit un livre).
      L’anti-libéralisme, c’est se servir de l’état pour contraindre les autres, et c’est ce qui se passe avec la posture de la France, on punit même les enfants pour punir les parents…

  • Si on regarde la question d’une manière dépassionnée, la GPA est-elle franchement libérale puisqu’il n’y a pas de consentement de l’enfant?
    Le contrat de GPA revient par une entente entre deux parties à lier une tierce personne qui n’a pas voix. Est-ce que le droit de propriété de l’enfant est respecté? Quelle différence avec l’esclavage au fond?

    • Il n’y a jamais de consentement préalable de l’enfant, puisqu’il n’existe pas.
      Sinon vous pensez bien qu’ils refuseraient de naître dans une famille qui ne serait ni aimante ni aisée, qu’ils choisiraient plutôt une maison avec piscine qu’un 2 pièces de banlieue, etc.
      On ne leur demande jamais leur avis. Donc il est assez malhonnête de se mettre à leur place quand ne nous cherchons en réalité qu’à protéger nos propres convictions…

      • Il me semble que vous confondez la conception et la vente après coup de l’enfant. Lors de la conception il ne peut évidemment pas lui être demandé son avis puisqu’il n’existe pas, et n’est donc pas doué de droits.
        Lorsqu’il est cédé par la suite, il est doué de droits. Dont celui de la propriété qui fait qu’il ne peut subir quelque chose auquel il n’a pas consenti. C’est donc en vérité une sorte de trafic d’être humain.
        Qu’il y consente quand il est plus âgé à la limite, mais pas tant qu’il n’est pas en mesure de consentir. Sinon c’est marcher sur les droits naturels des individus.

        • Bof. Même quand il est adopté, même quand il est depuis longtemps sorti du ventre de sa mère, on ne lui demande pas son avis.

        • Je ne comprends pas, la « cession » a lieu avant la création, pas à la naissance, je suis bien d’accord que ce serait inacceptable sinon!
          Ce serait trop facile de dire « ah non je ne le prends pas il est handicapé ». A la naissance, les parents d’intention ne doivent plus avoir le choix, ils sont déjà engagés à être ses parents.

      • @jérémy vous tournez autour du pot : l’enfant est vendu , point. Toutes les torsions intellectuelles que vous faites autour ne sont qu’un brouillard nauséabond cherchant à faire passer pour tolérable un acte qui ne l’est pas : la vente d’un être humain.

        • Le brouillard nauséabond est dans votre esprit, la GPA n’est pas, à aucun moment, la vente d’un être humain.

  • Bien que les « études scientifiques » prouvent exactement le contraire, l’idéologie anti-GPA continue à constituer une barrière à la liberté procréative : quelles études ? Si une femme veut aux jours d’aujourd’hui procéder ainsi et qui plus est secrètement rien ne l’en empêche loi ou pas loi, les gauchiards étant les spécialistes de leur contournement quand ça les arrange ! (tout en jurant leurs grands dieux [alors qu’ils n’y croient pas] qu’il s’agit d’un cas de parthénogenèse)

  • Et le grand absent est … : l’enfant . C’est normal comme dirait l’un et en même temps comme dirait l’autre, c’est l’objet de la transaction. On se réjouit par avance des amusantes rencontres familiales dans les tribunaux .

    • L’enfant est toujours absent, ce n’est jamais lui qui décide de quand, où comment il va naître.

      • @jérémy une société peut lui épargner d’être vendu, non ? en tout les cas pas dans celle où je vis . Mais libre à vous de penser l’inverse .

        • Il est recommandé de lire les articles avant de s’empresser de commenter : dans les pays où la GPA est autorisée, il n’existe aucune marchandisation du corps humain.

          • Choisir une mère porteuse, choisir un donneur ou une donneuse de gamète selon certains critères génétiques ou sociaux, que vous le vouliez ou non, procède de la marchandisation non pas du corps humain, mais de l’être humain. Ce d’autant plus que la GPA passe ensuite par un contrat, une transaction financière, le tout régi par le code du commerce.

            Vous me direz, l’accouchement a un coût, à payer aux spécialistes, certes, mais avec la GPA, nous passons un nouveau cap qui transforme tout le processus de procréation en processus marchand. Des gens organisent la vente et l’achat de procréation de bébé. Mais peut-on appeler cela procréation? Je ne pense pas, moi j’appellerais ça un eugénisme personnalisé, du fait que la sélection n’est pas opéré par l’état, mais par l’individu.

            • Choisir un partenaire sexuel, son âge sa race, c’est choisir les traits de son enfant.
              Mais pire, avec les sites de rencontre, il y a un processus marchand. Pire, sur les fiches on peut marquer qu’on souhaite des enfants, et donc le site commercial aide à trouver une fiche correspondante à ses volontés.
              Une femme blanche peut choisir la couleur de peau de son enfant, elle choisit un blanc ou un noir par exemple…

              • Oui, mais ce sont des choix individuels, qui n’engagent que ceux qui s’y engagent. Rien à voir avec le fait de choisir son bébé dans un catalogue, littéralement, ce qui consiste là en la marchandisation d’êtres humains, de bébés.
                Et quand les bébés grandissent, on va leur dire que l’ovule vient de maman, le sperme d’un donneur anonyme, et l’utérus d’une tierce personne, et maintenant vas-y bonne chance pour te construire une identité avec cette filiation bricolée comme un produit dans une usine de montage.

                • Votre second paragraphe contredit le premier. Il n’y a aucun eugénisme et aucun choix de bébé dans un catalogue si l’embryon provient de la véritable mère et non pas de la mère porteuse. Pour le sperme, c’est la même chose, la plupart du temps c’est le sperme du mari qui est utilisé. Il n’y ici strictement aucun eugénisme et un aucun catalogue, pas plus qu’il n’y marchandisation du bébé.

                  Il est amusant de constater que le débat a glissé vers la marchandisation du corps du bébé depuis la manif pour tous, alors qu’avant ça c’était la marchandisation du corps de la mère porteuse qui était décriée (là encore, selon moi, à tort).

                  Concernant l’identité de l’enfant c’est ici un excellent sujet, je ne pense pas que les difficultés éventuelles qu’aurait un enfant à définir son identité doivent faire obstacle à la liberté individuelle et, dans le cas de la GPA, à la vie même.

                  Par ailleurs, de la même manière qu’avec la culture woke aux USA et leur vision « racialiste » de l’identité, j’estime que fonder une identité sur ces seuls critères est quelque chose d’une pauvreté abyssale, et je plains sincèrement les individus incapables de se penser autrement que par leur couleur de peau, leur patrimoine génétique ou la technique de fécondation qui les a mis au monde.

                  • Dr Slump a écrit: La question de la filiation et de l’histoire familiale est fondamentale pour la construction de l’identité »

                    Très vrais.
                    Les enfants adoptés ont beaucoup plus de problèmes affectifs, il existe une abondante littérature là-dessus.
                    .
                    Dr Slump a écrit: « il faut certes un peu plus de bagage intellectuel pour en comprendre l’importance psychique et sociale. »

                    Je pense l’inverse: c’est une évidence ressentie comme tel par les gens simple, il n’y a qu’un fatra intellectuel et idéologique pour en nier l’importance fondamentale.
                    .
                    Être l’enfant d’une mère biologique qui vous a vendu pour le prix d’une voiture est déjà dévastateur et comme les couples atypiques durent encore moins que les autres, il ne vous reste comme « parents » que des gens qui vous ont achetés puis rejetés comme un jouet usé.
                    Il existera toujours de bons et mauvais parents dans les deux cas, mais cette difficulté supplémentaire peut peser très lourd dans la balance psychoaffective.

                  • « c’est une évidence ressentie comme tel par les gens simple, il n’y a qu’un fatra intellectuel et idéologique pour en nier l’importance fondamentale. »

                    Ca me paraît plus juste que ce que je disais, je me range à votre avis à ce propos.

            • Un contrat, une transaction financière comme vous dites, est avant tout régi par le Code Civil, le code commerce ne régit qu’une sous catégorie spécifique de contrats et la GPA ne serait pas concernée.
              Par ailleurs, vous semblez avoir du contrat une vision bassement mercantile, il s’agit au contraire de quelque chose de parfaitement noble, c’est un accord de volonté entre deux individus. Le droit contractuel est pour ainsi dire le fondement historique du droit privé (la notion même de droits et libertés individuels ne viendra que bien plus tard historiquement).

              • Le mariage est un contrat, rien de choquant là-dedans, loin de là.
                Mais avec ces nouveautés on fait du bébé un objet de contrat, de négociation et d’achat. Si vous ne voyez pas la différence fondamentale que cela introduit alors je ne peux rien pour vous.

  • La propension de certains États à créer de la morale là où il ne devrait y avoir que contrat et de la prohibition là où il ne devrait y avoir qu’information est assez inouïe…

    • Oui enfin en l’espèce le contrat revient à ignorer le consentement de la personne sur qui le contrat produit des effets. Je ne vois pas bien comment cela peut être défendu par des libéraux qui justement mettent un point d’honneur à défendre le droit des contrats et la propriété des individus.

      • Donc dans ce cas là, vous ne verrez aucune objection à ce qu’une loi exige le démantèlement des centrales nucléaires, l’interdiction de l’usage de votre voiture, dans l’optique de proposer à notre descendance le monde idéal que nous imaginons qu’elle nous réclame ?
        Prenez bien le temps de la réflexion avant de me répondre que ça n’a rien à voir…

        • Et bien en théorie, et puisque les centrales nucléaires sont publiques, il n’y aurait pas d’objection à ce qu’une loi exige leur démantèlement à partir du moment où les clients sont dédommagés du fait de la rupture unilatérale du contrat d’approvisionnement en électricité (par exemple). Et ce bien que je m’oppose au démantèlement du nucléaire.

          Quant à l’interdiction de la voiture c’est évidemment une atteinte au droit de propriété, donc objection bien entendu.

        • @jérémy je ne vois pas bien le lien entre le sujet et celui des démantèlements des centrales nucléaires , j’ai beau chercher pourtant, je ne vois pas

          • Pourtant le lien est évident, une minorité de gens décident pour une majorité et en dépit de la science, la gpa n’est pas bonne dans le sens ou on choisit de procréer alors que son corps ou son âme ne le permet pas, ce n’est pas loin de l’eugénisme, ne pas laisser au hazard le destin de son bébé. Bébé n’ayant plus aucun lien genetique, et c’est indispensable, ce lien permet la vie de s’épanouir harmonieusement.. Ou pas, un mauvais mariage est identique à une gpa pour l’enfant à naître. Pareil pour les adoptions.

  • N’ importe quoi. Vous cherchez quoi au juste, que des capricieux soient sauvés du regard du tout puissant auquel vous ne croyez pas en invoquant le parapluie du » j’ ai droit à »?

  • L’esclavage a été aboli, parce qu’il porte atteinte à la liberté individuelle. Il est interdit de vendre son libre arbitre. Pourquoi serait-il licite de vendre un être humain en profitant qu’il n’est pas né.

  • La gpa n’est pas darwinesque, donc cela va à l’encontre des lois de la nature et de l’evolution. Vu le nombre de tarés reproduits sur terre à grand coup de science et de religions fetides, l’évolution est derrière nous. Heureusement les animaux nous sur vivrons et d’ici quelques millénaires l’homme nouveau renaîtra.

  • Interview très intéressant, qui arrive par moment à dépasser son sujet.

    Le passage en particulier qui mentionne le retour en France à la Gemeinschaft, à une prépondérance du collectif sur l’individu, peut s’appliquer à presque tous les autres débats de société et bien entendu à l’éléphant au milieu de la pièce, la gestion de la pandémie.

    Il y a bien un mouvement général qui emporte toute la société française et qui chaque jour érode un peu plus la notion de liberté individuelle.

    • Assez ironique. Vous refusez le consentement de l’enfant et vous prétendez être pour la liberté individuelle. La GPA n’est pas d’essence individualiste puisque la liberté de l’enfant né et vendu n’est pas respectée.

      • « né et vendu » ? un autre regard : « conçu par deux personnes, implanté en terrain fertile et récolté par ces mêmes personnes »

        • Remarque intéressante. Mais le problème reste le même. Comme vous dite il est « conçu ». S’il est conçu cela veut dire qu’il est doué de droits. Dans un contrat de GPA il y a donc trois parties, et non deux, dont une qui ne peut pas y consentir du fait de sa qualité d’embryon et plus tard de nourrisson. C’est en cela que c’est problématique à mes yeux. Qu’il soit « récolté » ensuite à titre gratuit ou lucratif ne change pas fondamentalement les données de l’équation.
          Notre différend vient peut être du fait que vous ne considérez pas que les embryons disposent des droits naturels.

          • Mais n’est-ce pas la même chose avec la conception naturelle ? Alors plus personne n’a l’autorisation de procréer puisque l’embryon n’a pas son mot à dire ? Je ne comprends pas comment votre argument peut être valable pour critiquer la GPA et pas la conception « normée » ?

            • S’il y a embryon c’est qu’il y a déjà eu procréation par définition.
              L’embryon ne peut pas vous obliger à quoi que ce soit avant son existence.
              La GPA, elle, est un contrat dans lequel l’embryon est partie prenante mais dont on ne peut pas obtenir le consentement.

        • @lucx un bébé ainsi porté ne sera pas comme s il était porté par la donneuse d ovule. Il passe des « choses » entre la mère qui porte et l enfant cela s appelle l épigénétique. Les chevaux de course ne sont pas portés par leur mère génétique mais les porteuses ne sont pas prises au hasard pour autant. Comme les craks coûtent cher on fait attention et d ailleurs on les laisse les poulains avec leur porteuse .

          • Je veux bien des références scientifiques sur une action épigénetique. A part certains polluants, des anticorps et certains virus, rien ne passe la barrière placentaire. Sinon il y aurait rejet immunologique. On ne transmet pas une partie de son génome par le placenta, tout au plus sa flore intestinale.

            • @titi ce que vous dites est faux, 20 ans de GPA chez les chevaux prouvent le contraire. Il y a même des différences physiques selon la porteuse……

  • Libéral , pas libéral…ce n’est pas vraiment le problème à mes yeux..C’est la destructuration de la symbolique familiale qui est à l’oeuvre..Tout le monde s’en moque et c’est triste car n’étant pas un zélateur de Patrick Buisson ce dernier à raison en expliquant le mal être générationnel et la violence comme expression de plus en plus fréquente au travers l’effondrement d’une société marquée par le patriarcat , la religion et la hierarchie sociale au mérite…ainsi que la famille dans son acception traditionnelle..pas les familles recomposées avec quatre mères ..à l’extrème…ou quatre pères ..à l’extrème..( y a des dons d’ovocytes …)

  • J’ai longtemps été contre la GPA car j’imaginais des femmes pauvres, malheureuses, vendant leur ventre comme d’autres vendent leurs charmes.
    Et je l’associais aux homosexuels et imaginais donc des enfants privés de père ou de mère.
    Puis j’ai vu cette émission sur la famille Mennesson, cette femme avec une malformation ne pouvant donc avoir un enfant et faisant appel à une mère porteuse américaine, parfaitement saine d’esprit, elle-même mère de 3 enfants (car l’agence qui l’emploie n’accepte que des femmes déjà mères) en couple heureux. Les jumelles sont nées, sont rentrées en France, les contacts ont été maintenus avec la famille « porteuse ». Car il s’agit bien d’un famille porteuse, le mari ayant sa part des difficultés physiques de sa femme.
    Je n’arrive pas à voir le drame ? Nombreux ici sont ceux qui vont me le montrer je pense.
    Je continue mon raisonnement : il y a GPA et GPA. S’il s’agit de porter un enfant, conçu avec les gamètes des parents, pour ensuite, par étapes, le redonner à ses parents, tout heureux, où est le drame insurmontable ? Et même avec des gamètes genre PMA avec donneur, puisqu’on le fait déjà pour la PMA où est le drame ?
    En revanche, la GPA pour les couples homosexuels, je peux comprendre que cela fasse débat, mais au même niveau que pour la PMA entre lesbiennes. Car il s’agit là de concevoir un enfant qui sera volontairement, dès le départ, privé de père ou de mère. Et ce n’est absolument pas le même devenir pour l’enfant. L’origine elle-même n’est pas la même : la famille Mennesson a « traité » une malformation physique, pas une impossibilité de fait (2 personnes de même sexe ne peuvent pas concevoir d’enfant, c’est un fait).
    Enfin, il y a la question du paiement. C’est pourtant une évidence : bien sûr qu’un tel travail mérite salaire, l’implication physique et émotionnelle de la mère porteuse doit être dédommagée, en plus des coûts médicaux eux-mêmes bien sûr. Je ne vois pas ce qu’il y a là de choquant. C’est même justement ce qui permet à la mère porteuse de prendre vraiment soin de sa santé.
    Les parents achètent-ils un bébé ?
    Je ne sais pas, mais je doute que les Mennesson voient leurs filles comme des objets qu’ils peuvent casser s’ils ne leur conviennent plus….
    Mes arguments me semblent cohérents, exprimés normalement, je n’ai d’ailleurs pas de certitudes, et j’espère que les réponses s’il y en a seront au même niveau.

    • @petite fraise les GPA font l objet de contrats . Pour savoir si l enfant est acheté ou non il faut lire ledit contrat. Tout le reste n est que fioritures. Bien sûr un film va vous montrer un exemple où tout se passe bien , il y a un business derrière : les personnes qui font « l ingenerie » il y aura aussi la question des embryons surnuméraires, qu en fait on ? Sujet jamais abordé. Je serai curieuse egalement de voir s il y a des clauses de refus du produit en cas de « malfaçon  » bref lire le contrat .

    • @pf petit exemple , parmi tant d’autres : mafr.fr/fr/article/gpa-les-proces-se-multiplient/

    • « Les ouvriers louent leurs bras, les femmes peuvent bien louer leurs ventres ».
      Cette phrase est de Pierre Bergé – milliardaire socialiste –
      Et de cette GPA naîtra un enfant.
      Oui, mais pour en faire quoi ?

    • Il existe aussi nombre d’adoptions heureuses, mais la réalité et que ça engendre beaucoup plus de problèmes psychoaffectifs chez les enfants.
      Loin des caméras et globalement, la réalité d’avoir été vendu par votre vraie mère et acheté par un couple dont au moins 50% va se séparer (et encore plus chez les couples atypique) engendre beaucoup plus de difficultés.
      Chez les enfants adoptés, la séparation est un drame supplémentaire, parce que la relation biologique de l’enfant n’étant pas solide, le rejet par un ou les deux parents est souvent une conséquence. Le lien de Val plus bas montre cet effet.
      .
      Il faut se méfier comme la peste des « documentaires » qui jouent sur vos émotions avec un seul ou quelques cas réussis.
      .
      Libéralement, je dirais qu’ils fassent ce qu’ils veulent, mais surtout pas avec mon argent et tant que l’idéologie n’essaie pas d’effacer à tout prix les conséquences.
      Tout le monde sait que l’adoption peut poser des problèmes et beaucoup de précautions sont prises pour en atténuer les effets.

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