Que l’État abandonne le mariage !

Pourquoi l’État devrait-il prendre en charge le mariage ?

Par Marius-Joseph Marchetti.

mariage rené le honzec L’État n’aurait pas du légaliser le mariage homosexuel. Non, je ne veux pas dire qu’il aurait du l’interdire. Ce que je prétends, c’est qu’il n’aurait jamais du vouloir régir cette institution qu’est le mariage, à la suite de l’Église.

Non, je ne dis pas non plus que le mariage aurait du être laissé à l’Église, pour la simple et bonne raison que le mariage est avant tout un contrat d’ordre privé entre personnes consentantes. Ensuite, il est faux d’avancer que le mariage est d’abord d’ordre religieux, justifiant ainsi l’opposition au mariage homosexuel. En effet, avant que L’Église prenne effectivement le contrôle de cette institution importante qu’est le mariage, une grande majorité de ceux-ci était d’ordre privé. C’est notamment Bertrand Lemennicier qui nous le rappelle dans un de ses articles sur Contrepoints :

« Avant l’an mille, le mariage était une affaire privée. Dans les siècles qui suivirent les familles furent contraintes de déclarer leurs mariages aux prêtres et à le célébrer à l’église. Cette lutte contre la pratique privée du mariage a duré quelques siècles. Les tribunaux jouèrent alors un rôle éminent, et partisan, en condamnant les familles qui osaient faire du mariage de leurs enfants une affaire privée. Selon Jack Goody (1985) qui reprend les travaux de Georges Duby : « Dans soixante-dix pour cent des litiges matrimoniaux plaidés à la Cour d’Ely entre mars 1374 et mars 1382, le mariage avait été contracté en privé ». Après le treizième siècle, l’église a conquis la juridiction exclusive sur le mariage. En 1789, l’État a repris cette exclusivité à son propre profit ! Il ne l‘a pas lâché depuis. »

Pourquoi donc alors, l’État a-t-il pris en charge le mariage ? De la même façon qu’il s’ingère dans toutes les activités de la société civile, industries, relations, contrats, l’État cherche toujours à asseoir son pouvoir. C’est pour cela, par exemple, qu’il exige auprès des chrétiens qu’ils passent d’abord à la mairie, pour la simple et bonne raison que, sans cela, il serait aveugle et impuissant. Et s’il y a bien quelque chose que craignent  les politiciens, c’est la privatisation du mariage. Celle-ci, et donc la déclaration de notre identité et celle de nos enfants à une haute autorité, comme le sous-entend Bertrand Lemennicier, aurait pour conséquence de très fortement limiter le pouvoir de l’État. Ne soyez pas dupes, l’État n’a pas monopolisé le mariage dans le but de « permettre une égalité des droits » ou au contraire « être le défenseur des traditions ». Non, l’État n’a monopolisé le mariage que dans l’objectif de prendre davantage d’ampleur. Selon Bertrand Lemennicier :

« On peut rappeler les conditions familiales du XIXème siècle et des précédents siècles. Au XVIIème siècle, la moitié des enfants meurent avant l’âge de 16 ans. L’âge moyen de décès est 52 ans. La majorité des personnes mariées deviennent veuves avant le dix-septième anniversaire de leur mariage. La plupart des enfants n’ont jamais connu leurs grands-parents. 20% des femmes meurent durant l’accouchement, les enfants étant alors élevés par d’autres femmes, et ont un parent qui ne leur est pas lié biologiquement. À l’âge de 8 ou 10 ans, ils quittent le foyer familial pour être formés comme apprentis par un autre foyer, celui des artisans, ou bien ils vont travailler à la ferme voisine. Aujourd’hui comme hier, les enfants dont la mère biologique est décédée n’ont pas la chance de pouvoir échanger avec elle de son expérience de vie. En revanche si vous êtes élevé principalement par l’un de vos parents, divorcé ou célibataire, vous pouvez toujours connaître et fréquenter votre autre parent biologique, s’il le désire. Laquelle des deux situations est la meilleure ? »

Une autre critique du mariage homosexuel est relative à son corollaire, l’éducation des enfants : les homosexuels seraient moins aptes que d’autres à élever des enfants car ils ne seraient pas, par définition, leurs parents biologiques (du moins pour l’un d’entre eux). Qu’est-ce donc tout d’abord que la parentalité ? Comme il la définit dans son Éthique de la Liberté, Murray Rothbard nous explique qu’elle est avant tout un droit de garde ou une relation de protection de l’enfant jusqu’à ce qu’il pétitionne pour sa liberté. Ainsi par définition, l’enfant devient adulte lorsqu’il quitte vraiment le domicile des parents et se frotte au monde en vivant par ses propres moyens. Le droit de garde est donc limité, d’une part, par le droit de l’enfant de quitter ou de s’enfuir du domicile parental, et par le droit de ne pas être agressé physiquement par ses parents comme nous le décrit Rothbard. Mais l’enfant ne dispose pas d’un droit naturel à ne pas être abandonné (dans le sens où personne ne l’agresse), ou d’un droit à recevoir une éducation qui ferait de lui un libéral, un socialiste, un conservateur, ou diront certains, un homosexuel ou un hétérosexuel (bien que l’éducation n’ait clairement rien à voir avec la forme de la sexualité dans le futur). Attention, ne vous méprenez pas sur mon compte, l’abandon d’un enfant me semble être une chose exécrable. Il me paraît cependant important d’établir une différence entre le droit et la morale, les vices n’étant pas des crimes, pour paraphraser Spooner.

Les homosexuels ont eu tort de militer pour l’extension de l’État dans les affaires du mariage. Ils auraient du demander le démantèlement de son intervention dans cette importante institution caractérisée par de multiples et essentielles interactions entre individus, mais ils ont accepté le jeu des tenants du droit positif et de la démocratie. La liberté de se marier doit être restaurée pour tout un chacun : loin de n’être qu’un pas minuscule pour la liberté, il se pourrait bien que le retour du mariage dans la sphère privée puisse être un coup de poignard dans l’étatisme forcené qui affaiblit les forces et les individus de notre pays.