Pourquoi on vous a décrit le Covid-19 comme la peste noire

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Si les services publics français sont un champ de ruines, c’est simplement parce que la gestion collectiviste des activités économiques conduit toujours à la catastrophe.

Par Oliver Maurice.

Marseille est depuis quelques jours le nouvel épicentre de la pandémie et l’endroit où les chaînes d’info ont tourné leurs projecteurs.

Alarme ! La situation est grave ! Les Bouches-du-Rhône sont en alerte rouge écarlate ! La situation va bientôt échapper à tout contrôle ! Le Covid y explose ! Il n’y a presque plus de place en réanimation !

En fait, la principale information que l’on découvre en écoutant cette interview du président de la commission d’établissement de l’Assistance Publique et des Hôpitaux de Marseille (en quelque sorte le porte-parole des médecins du département) est que s’il ne reste bientôt plus de places en réanimation dans les hôpitaux de Marseille et des environs, c’est pour une simple et bonne raison : il n’y en a jamais eu.

La farce hospitalière

L’hôpital public, fierté de la République française, chef-d’œuvre de la planification administrative, pièce maîtresse des talents issus des plus grandes écoles, étendard du service public, porte-drapeau du meilleur service de santé au monde et que le monde entier nous envie, est juste une immense farce.

Le département qui comprend la seconde plus grande ville du pays et qui, avec plus de deux millions d’habitants, est le troisième département le plus peuplé de France, dispose en tout et pour tout de 300 lits de réanimation dont 70 ont été réservés aux malades du Covid.

Soixante-dix lits.

C’est-à-dire qu’il ne faut pas qu’il y ait plus qu’un cas gravement atteint du Covid pour 30 000 habitants. Sinon… sinon, on ne sait pas trop en fait.

Indécent

Ce chiffre est obscène. Inacceptable. Incompréhensible. La France est le deuxième budget au monde en termes de dépense de santé. La France se saigne depuis des années pour le financer, ce système de santé. Les Français se saignent depuis des années. La compétitivité des entreprises en souffre terriblement. Le poids des services publics, celui-ci et tous les autres, est une, sinon la raison principale de la désindustrialisation du pays, du chômage, de la dette, des impôts, de la misère de millions de personnes.

En Allemagne, il y a un lit de soins intensifs ou de réanimation pour 4000 personnes. La santé y coûte pourtant 20 % moins cher.

Le gouvernement, le ministre, les ARS… ont eu tout l’été pour anticiper le risque. Et quatre mois plus tard, avec 348 patients hospitalisés et 63 en réanimation et soins intensifs dans les Bouches-du-Rhône, le système est au bord de l’explosion.

Les Français étaient prêts au sacrifice financier d’un système qu’on leur vend depuis des années comme étant le meilleur du monde. Ils l’ont fait. Sauf qu’en face de ces efforts, il n’y a rien. Il y a un service de santé qui est sans doute champion du monde, mais en termes de coûts, de gaspillages et d’ineptie administrative mais totalement absent en termes de protection et de réactivité.

Des années que l’on se gargarise de ne pas avoir à payer les boîtes de paracétamol à 2,18 euros.

Inhumain

On comprend mieux maintenant la panique des autorités et les mesures autoritaires comme le port du masque obligatoire. Ce n’est même pas une question d’altruisme, de civisme ou même de principes. Inutile de sortir les arguments moraux, la réalité est bien plus prosaïque que cela : si vous tombez malade, et que vous n’êtes pas le seul, il n’y aura juste pas de place pour vous soigner.

La seule solution au mois de mars était de vider les hôpitaux et de consacrer toutes les places disponibles pour soigner les malades contaminés. En priant pour que ça passe.

On comprend mieux les hôpitaux de campagne, les TGV sanitaires. On comprend mieux pourquoi tous les services hospitaliers ont fermé leurs portes. Laisser les malades (tous les malades) chez eux était la seule option pour gérer le flux une fois débordées les faibles capacités sanitaires. On comprend mieux ce qu’il s’est passé dans les EHPAD.

Heureusement, l’épidémie s’est arrêtée et le massacre n’a pas eu lieu. Enfin, pas trop.

On comprend mieux pourquoi on nous a décrit le Covid comme la peste noire. On comprend mieux la peur panique de la seconde vague. On comprend mieux le discours liberticide des divers médecins. On comprend clairement pourquoi il ne faut pas compter sur l’hôpital public : il n’y a pas d’hôpital public. Il y a bien les budgets, les murs et les fonctionnaires, mais il n’y a pas de lits.

Si on a confiné la population, ce n’est pas par choix stratégique ou même par décision politique : c’est qu’il n’y avait pas d’autre solution, que notre système de santé ne permettait malheureusement aucune autre option.

À la lumière de ce constat irréfutable, on comprend mieux pourquoi une maladie dont environ 95 % des patients sont asymptomatiques ou déclarent des formes peu sévères, (ratio entre le nombre de cas positifs et le nombre d’hospitalisations) et qui a un taux de létalité inférieur à 0,5% (et sans doute bien inférieur) a pu provoquer un tel capharnaüm.

Honteux secret de famille

Il en va du système de santé français comme de tous les systèmes soviétiques, comme de tous les pans des économies planifiées : la gestion de la pénurie conduit inexorablement à davantage de pénurie, l’optimisation de l’organisation conduit inexorablement à la sclérose, la gestion sans aucune logique économique conduit inexorablement à la faillite. La planification finit par coûter tellement cher qu’il n’y a très vite plus d’argent pour l’activité elle-même car tout est engouffré dans la légion de planificateurs.

Si on a mis toute la population en résidence surveillée pendant deux mois, provoqué une crise économique d’une ampleur sans précédent, endetté encore plus les générations futures… s’il y a un conseil de défense une fois par semaine à l’Élysée et que l’État pique une crise de nerfs à chaque visage découvert, ce n’est pas seulement par panique, par sur-réaction, par incompétence, ni pour camoufler un agenda secret : c’est tout simplement parce que notre système de santé conçu selon les bonnes vieilles recettes ayant conduit à l’effondrement de toutes les économies planifiées, de l’URSS à Cuba en passant par la Corée du Nord, n’était en aucun cas capable de gérer la crise.

Et ce malgré toutes les bonnes volontés des personnels soignants qui semblent avoir décidé, même si ce n’est que timidement, de rompre le silence et de reconnaître l’échec.

9 novembre 1989

La seule question est de savoir combien de temps il faudra pour que les mécontentements innombrables se rassemblent autour de cette conclusion. Combien de temps il faudra pour que les gens arrêtent de croire aux excuses et aux fadaises et arrêtent de chercher des boucs émissaires exogènes pour refuser de regarder la réalité en face.

Si les services publics français sont un champ de ruines, c’est simplement parce que la gestion collectiviste des activités économiques conduit toujours à la catastrophe.

Combien de temps il faudra pour que les blagues du méchant ultra-capitalisme, de la vicieuse mondialisation ou de l’horrible Europe castratrice, désignés de-ci de-là comme boucs émissaires pour noyer le poisson, n’arrivent plus à camoufler des années de gaspillages, de décisions ubuesques, de laxisme, de lâcheté, de fainéantise, de copinage, de je-m-enfoutisme, de carriérisme qui sont ici comme ailleurs les conséquences inévitables d’une idéologique concédée il y a 75 ans pour des raisons d’équilibre géopolitique et de paix civile.

La vérité est là, devant nos yeux et elle est pitoyable.

Croisons les doigts qu’il n’y ait pas de seconde vague ou même un simple petit rebond. De toute évidence, le système hospitalier ne pourra pas gérer. Les chiffres de cette semaine semblent indiquer une stabilisation, voire une diminution du nombre de cas de contamination quotidiens au niveau national.

Faites attention à vous.

 

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