Port du masque généralisé : bon sens ou non-sens ?

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Ce n’est pas en traitant les gens qui critiquent le port du masque en toute circonstance de complotistes que l’on améliorera la situation sanitaire ou économique.

Par Olivier Maurice.

Il y a une nouvelle espèce de bêtes noires en France. Les anti-masques viennent en effet de s’ajouter à la liste déjà bien longue des pestiférés estampillés Godwin, classifiés direct en réacosphère et en populisme tendance poujadoboulangiste, dans la section des mauvais anarchistes, ceux qui osent remettre en cause l’autorité et la vérité officielle. Direct au ban des bannis, sans passer par la case départ, sans toucher 20 000.

La Covidophobie-masquoprive est une maladie grave (et immorale) qui se caractérise par un désordre sociétal systémique et se repère par divers symptômes, dont les plus connus sont : théorie du complot, allergie médiatique, pratique des danses traditionnelles druidiques marseillaises, consommation de stupéfiants antipaludéens, fous rires continus déclenchés à chaque phrase d(u-e la) porte-parole du gouvernement, paranoïa vaccinale et rejet de la dernière mode faciale.

Plutôt rejet des obligations répétées. Ras-le-bol des mesures contraignantes et des injonctions contradictoires, infantilisantes et culpabilisantes.

C’était trop beau

85 % des Français étaient favorables au port du masque dans les lieux publics clos. Le gouvernement a dû penser que quelque chose n’allait pas, qu’il bénéficiait d’une trop forte majorité, qu’il devait y avoir un loup derrière cette quasi-unanimité pour lui et non pas contre lui. Pas l’habitude. Il a donc serré un peu plus la vis, histoire de se faire détester un peu quand même.

63 % des Français sont favorables au port du masque en extérieur. Caramba, encore raté ! Ça baisse, mais ce n’est toujours pas assez. On va l’imposer en entreprise.

Ah, ça y est : 58 % des Français jugent cette obligation inenvisageable… Eureka : le gouvernement a réussi à peupler la fachosphère, à avoir une majorité contre lui. Il va enfin pouvoir s’adonner à ses activités favorites : faire la leçon, se justifier, désigner des boucs-émissaires, dire une chose et son contraire et surtout se moquer des simples d’esprit.

Nos baizuos peuvent enfin afficher leur sens moral supérieur, leur sens des responsabilités, leur altruisme, leur courage admirable à prendre des décisions difficiles et impopulaires !

Exception française

Cela dit, on se demande quand même pourquoi le gouvernement français a pris le risque d’aller à l’encontre de l’OMS en matière de masques :

  • Masques chirurgicaux recommandés pour les soignants, les personnes ayant des symptômes pouvant faire penser au Covid et les personnes non malades ayant été en contact avec des cas suspectés ou confirmés.
  • Masques chirurgicaux conseillés pour les personnes à risque (âgées de plus de 60 ans, malades, en surpoids…) dans les zones à haute transmission et quand la distanciation physique est impossible.

En effet, l’OMS ne considère pas que l’usage généralisé des masques, en particulier des masques en tissu, ait prouvé une quelconque efficacité.

L’organisation conseille cependant les gouvernements des pays où le virus circule activement, ce qui n’est pas le cas de la France qui est classée en cluster zone, à encourager et non à obliger le port du masque dans les lieux clos, bondés ou confinés.

Quelle stratégie ?

Nulle part il n’est question de port du masque généralisé. Très peu de pays au monde ont imposé le masque partout et en tout lieu.

Si on peut assez facilement comprendre pourquoi les pays les plus intransigeants avec le port du masque (France, Belgique, Espagne, etc.) sont ceux qui ont été le plus touchés au printemps, on comprend beaucoup moins pourquoi ce sont les mêmes qui voient actuellement leur taux de contamination grimper à nouveau…  Poule et œuf ? Œuf et poule ? Questions et réponses à côté de la plaque ?

Cette décision est en fait extrêmement lourde de signification politique. Depuis le début de la crise deux stratégies « asiatiques » s’opposent : la stratégie « chinoise »,  confinement généralisé et restriction drastique des libertés et la stratégie « coréenne » basée sur les tests et les mesures ciblant les personnes infectées ou à risque.

La France a donc fait le choix politique délibéré de se rallier à la ligne « dure » et liberticide.

Précaution ou panique ?

Parce que médicalement, bienheureux celui qui arrivera à déterminer de façon certaine le processus de contamination du virus et l’efficacité du masque.

S’il semble faire sens que dans un environnement rempli de virus (au plus fort du pic épidémique de mars-avril, il devait y avoir en France entre 100 000 et 300 000 contaminations par jour, fortement localisées dans quelques régions) tout moyen pour se protéger, pour réduire ne serait-ce que de quelques infimes pourcents le risque d’infection, est bon. Qu’en est-il actuellement ?

Quelle influence peuvent réellement avoir les mesures restrictives, confinement ou port du masque ? Le pic épidémique a eu exactement la même durée et la même forme en Suède ou aux Pays-Bas qu’en Norvège ou en Belgique, alors que les mesures prophylactiques sont censées aplanir la courbe.

On est par ailleurs très loin de connaitre les modes de transmissions exacts. On est même quasiment certain que les contaminations « accidentelles » (s’infecter en croisant par hasard une personne porteuse du virus) sont très rares : les entreprises (29 %), les événements publics ou privés (17 %), le milieu familial étendu (14 %), les établissements de santé (11 %) sont les principaux lieux de contamination.

Eh oui : les établissements de santé où le port du masque est obligatoire et les consignes d’hygiène bien plus strictes que dans le métro ou dans la rue étaient à mi-août, en pleine période creuse de malades à soigner, la quatrième source de clusters en France.

Rendez-vous dans la rue ?

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » (Benjamin Franklin)

On se demande bien ce que mérite un peuple qui voit en chaque voisin une source de danger et qui est dirigé par des personnes dont la principale occupation est d’inventer de nouvelles interdictions.

Faire de la répression morale sur les anti-masques est facile, très facile. Mais la répression morale n’a jamais arrêté un virus.

Ce n’est pas en traitant les gens de complotistes que l’on améliorera la situation sanitaire ou économique. C’est par contre un excellent moyen pour semer les graines de la révolte contre l’autorité, car la maxime de Benjamin Franklin peut aussi se lire dans un autre sens.

Un peuple auquel on supprime la liberté sous le prétexte fallacieux d’assurer sa sécurité finira par demander des comptes à ceux qui lui ont demandé un tel sacrifice.

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