Corée du nord : où en est la dictature ?

KOREA-NORTH/CHINA By: Vietnam Mobiography - CC BY 2.0

Kim Jong-un est encore officiellement aux commandes. Mais son absence prolongée peut nous inciter à faire le point : où en est la Corée du Nord ?

Par Pierre Rigoulot.

Ce n’est pas la première fois que le leader de la Corée du Nord disparaît. Il s’était évaporé plus de trois semaines pendant l’été 2012 et plus d’un mois en septembre-octobre 2014. Et déjà, on évoquait comme remplaçante possible sa sœur Kim Yo Jong.

Certes, les numéros 1 meurent aussi. Et l’on peut toujours imaginer que Kim Jong- un fasse place à des politiques ou des militaires désireux d’en finir avec les purges sanglantes, la mise au ban de l’humanité de leur État, le désastre humanitaire et sanitaire de toute une population.

Cessons de rêver. Kim Jong-un est encore officiellement aux commandes. Mais son absence prolongée peut nous inciter à faire le point : où en est la Corée du Nord ?

Elle est dirigée par un homme jeune qui a fait la preuve qu’il tenait solidement en main les rênes du pouvoir.

Peuvent en témoigner son oncle Jang Song Taek, exécuté en décembre 2013 et les cadres du Parti, victimes de purges par centaines, depuis son accession au pouvoir.

Sous sa direction, la Corée du Nord est devenue une puissance nucléaire à part entière. En 2019, elle a procédé à plus d’essais qu’il y en eut pendant la totalité du « règne » de son père.

Sans doute supporte-t-elle mal les sanctions économiques imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU suite à ses essais balistiques et nucléaires. Mais elle tient bon grâce à l’aide que lui apportent discrètement la Russie et la Chine, quoique l’une et l’autre aient voté en faveur de ces sanctions.

Les négociations sur la dénucléarisation avec Donald Trump n’ont pas donné de résultat. Mais elles ont doté Kim Jong-un d’une stature diplomatique internationale et le statu quo ne l’empêche ni d’agrandir ni de perfectionner son arsenal nucléaire.

Maintenant qu’il est doté d’une force de dissuasion suffisante, Kim Jong-un prétend accorder la même attention au développement économique.

Il serait temps. La population de Corée du Nord se trouve dans un état lamentable : son espérance de vie doit avoisiner 71,6 ans, la plaçant au 161e rang mondial, et tout récemment encore, le 22 avril dernier, une agence d’aide humanitaire de l’ONU affirmait qu’au nord du 38e parallèle plus de 10 millions de personnes avaient besoin d’aide alimentaire mais aussi de services médicaux et d’accès à l’eau potable.

Les relations clandestines avec la Russie et la Chine, le développement d’une économie parallèle à l’officielle étatique que tolère le système moyennant des bakchichs adéquats, sans parler de quelques réformes tant dans le domaine agricole qu’industriel, assurent cependant à la Corée du Nord un développement réduit mais inédit.

Le problème pour sa direction est plutôt d’éviter que l’enrichissement d’une partie de la population, son ouverture à la Chine et même, à travers elle, à la Corée du Sud, ne remettent en cause l’unité de fer qu’exige un régime totalitaire.

Aussi frappe-t-elle de temps à autre les nouveaux riches (on appelle donju cette mince couche entrepreneuriale) et insiste-t-elle beaucoup sur la nécessité de lutter contre les « mauvaises influences » dont serait victime la jeunesse, si  « vulnérable » aux entreprises d’infiltration idéologique et culturelle des ennemis du pays.

On pouvait lire ce genre de prose dans la presse soviétique des années 1970. Il fallut attendre encore 20 ans pour voir l’URSS s’effondrer malgré ses 10 000 ogives nucléaires.

Faudra-il attendre aussi longtemps à Pyongyang ?

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