Corée du nord : où en est la dictature ?

Kim Jong-un est encore officiellement aux commandes. Mais son absence prolongée peut nous inciter à faire le point : où en est la Corée du Nord ?

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KOREA-NORTH/CHINA By: Vietnam Mobiography - CC BY 2.0

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Corée du nord : où en est la dictature ?

Publié le 30 avril 2020
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Par Pierre Rigoulot.

Ce n’est pas la première fois que le leader de la Corée du Nord disparaît. Il s’était évaporé plus de trois semaines pendant l’été 2012 et plus d’un mois en septembre-octobre 2014. Et déjà, on évoquait comme remplaçante possible sa sœur Kim Yo Jong.

Certes, les numéros 1 meurent aussi. Et l’on peut toujours imaginer que Kim Jong- un fasse place à des politiques ou des militaires désireux d’en finir avec les purges sanglantes, la mise au ban de l’humanité de leur État, le désastre humanitaire et sanitaire de toute une population.

Cessons de rêver. Kim Jong-un est encore officiellement aux commandes. Mais son absence prolongée peut nous inciter à faire le point : où en est la Corée du Nord ?

Elle est dirigée par un homme jeune qui a fait la preuve qu’il tenait solidement en main les rênes du pouvoir.

Peuvent en témoigner son oncle Jang Song Taek, exécuté en décembre 2013 et les cadres du Parti, victimes de purges par centaines, depuis son accession au pouvoir.

Sous sa direction, la Corée du Nord est devenue une puissance nucléaire à part entière. En 2019, elle a procédé à plus d’essais qu’il y en eut pendant la totalité du « règne » de son père.

Sans doute supporte-t-elle mal les sanctions économiques imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU suite à ses essais balistiques et nucléaires. Mais elle tient bon grâce à l’aide que lui apportent discrètement la Russie et la Chine, quoique l’une et l’autre aient voté en faveur de ces sanctions.

Les négociations sur la dénucléarisation avec Donald Trump n’ont pas donné de résultat. Mais elles ont doté Kim Jong-un d’une stature diplomatique internationale et le statu quo ne l’empêche ni d’agrandir ni de perfectionner son arsenal nucléaire.

Maintenant qu’il est doté d’une force de dissuasion suffisante, Kim Jong-un prétend accorder la même attention au développement économique.

Il serait temps. La population de Corée du Nord se trouve dans un état lamentable : son espérance de vie doit avoisiner 71,6 ans, la plaçant au 161e rang mondial, et tout récemment encore, le 22 avril dernier, une agence d’aide humanitaire de l’ONU affirmait qu’au nord du 38e parallèle plus de 10 millions de personnes avaient besoin d’aide alimentaire mais aussi de services médicaux et d’accès à l’eau potable.

Les relations clandestines avec la Russie et la Chine, le développement d’une économie parallèle à l’officielle étatique que tolère le système moyennant des bakchichs adéquats, sans parler de quelques réformes tant dans le domaine agricole qu’industriel, assurent cependant à la Corée du Nord un développement réduit mais inédit.

Le problème pour sa direction est plutôt d’éviter que l’enrichissement d’une partie de la population, son ouverture à la Chine et même, à travers elle, à la Corée du Sud, ne remettent en cause l’unité de fer qu’exige un régime totalitaire.

Aussi frappe-t-elle de temps à autre les nouveaux riches (on appelle donju cette mince couche entrepreneuriale) et insiste-t-elle beaucoup sur la nécessité de lutter contre les « mauvaises influences » dont serait victime la jeunesse, si  « vulnérable » aux entreprises d’infiltration idéologique et culturelle des ennemis du pays.

On pouvait lire ce genre de prose dans la presse soviétique des années 1970. Il fallut attendre encore 20 ans pour voir l’URSS s’effondrer malgré ses 10 000 ogives nucléaires.

Faudra-il attendre aussi longtemps à Pyongyang ?

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  • Il y a une chose de frappante sur toutes les photos mettant en scène Kim Joncul, c’est la terreur qu’exprime ceux qui l’entourent. On dirait qu’ils sont littéralement en état de choc. Pensez-y avant de voter pour un sauveur de l’humanité.

    • Et les gars derrières qui surveillent que les poulettes ont la bonne attitude, et surtout qu’elles ne rentrent pas dans le champ du photographe !

      Robert Capa aux oubliettes…

  • Il faudrait compléter le bref texte à droite qui présente l’auteur pour signaler qu’il a de réelles connaissances sur la Corée du nord, ce qui renforce la crédibilité de son propos : pour ma part, j’ai lu avec un grand – et horrifié – intérêt, il y a déjà quelque temps « Les aquariums de Pyongyang ».
    Par exemple, voici ce qu’on trouve dans Wikipédia :
    Pierre Rigoulot a publié en 2000, avec le réfugié nord-coréen Kang Chol-hwan, le premier témoignage en Occident sur les camps nord-coréens (« Les Aquariums de Pyongyang », ouvrage traduit en huit langues). Il fonde dans le même temps un Comité d’aide à la population nord-coréenne et publie en 2003 « Corée du Nord, État voyou » (Buchet-Chastel) et « Pour en finir avec la Corée du Nord », Buchet Chastel, en 2018.

  • « Il fallut attendre encore 20 ans pour voir l’URSS s’effondrer … »

    Dans la mesure où on n’y peut rien, il n’y a guère de différence entre les injustices ou les atrocités du passé, du présent ou du futur.

    En revanche, si on se demande si tout cela à un sens, il faut se demander si on progresse ou si on tourne en rond. La question est donc : « quand comprendra t’on enfin que les idéologies ne mènent qu’au malheur ? » .

    Si on ne peut se débarrasser des idéologues, à commencer par chez nous où nous avons la vanité de penser que c’est mieux qu’ailleurs, alors le monde n’a aucun sens car il ne saurait y avoir de progrès.

    • « quand comprendra t’on enfin que les idéologies ne mènent qu’au malheur ? »

      Je pense qu’il s’agit avant tout de tyrannie (voir les tyrans grecs), l’idéologie n’est que le vernis démagogique.

  • A partir de la photo de présentation de l’article de Pierre Rigoulot, imaginez l’avenir de la France avec notre Grand Timonier à la place de Kim Joncul…
    Peut être une vue de l’esprit lorsqu’il abordera son 4ème quinquennat!….

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