Covid-19 : le choix du pire, retour sur une saga insensée

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Au-delà des inquiétudes légitimes qu’elle peut susciter, pourquoi la situation sanitaire actuelle est-elle génératrice de malaise pour beaucoup d’entre nous ? Un billet d’opinion du professeur de cardiologie, Paul Touboul.

Par Paul Touboul.

Au-delà des inquiétudes légitimes qu’elle peut susciter, pourquoi la situation sanitaire actuelle est-elle génératrice de malaise pour beaucoup d’entre nous ?

Un malaise sourd où entrent certes les humeurs que suscitent les prises de position officielles et aussi le contexte de dramatisation dans lequel nous évoluons.

Professeur de médecine moi-même, je me suis trouvé plongé dans l’arène publique en raison de désaccords sur la gestion de l’épidémie telle que je l’ai vue pratiquée à ses débuts et poursuivie par la suite. Mais après tout, des controverses en médecine, rien que de très banal, et celle-ci ne ferait qu’en allonger la liste.

Pourtant cet engagement s’est bel et bien heurté à une atmosphère délétère dont j’essaierai de définir les traits.

COVID-19 en contexte de guerre

J’évoquerai tout d’abord le contexte guerrier qui nous a été imposé. Nous étions entrés en guerre face à la COVID-19, un virus inconnu et qui s’annonçait redoutable. D’emblée le décor était planté. La situation était inédite et tout était à craindre. C’était du jamais vu. Nous vivions désormais dans une nouvelle dimension attestée par un évènement sans précédent dont nous n’aurions pas fini d’entendre parler avant longtemps.

Sur quelles bases s’appuyaient de telles projections ? À vrai dire on y trouvait pêle-mêle le point de départ dans cette Chine lointaine, une origine mystérieuse, entre animaux sauvages vendus sur les marchés et manipulation génomique en laboratoire alimentant des relents de guerre virologique, les spéculations les plus folles sur la dangerosité de ce coronavirus, un nom qu’une majorité entendait pour la première fois, alors qu’il s’applique à une famille de virus respiratoires responsables entre autres des banales rhinopharyngites hivernales.

Sous l’appellation covid-19, le virus a gagné en mystère et en pouvoir de subjuguer les foules.

Son entrée dans le pays a été fracassante. Les médias s’en sont mêlés, assénant chaque jour les chiffres des décès. Il n’a plus été possible de garder sur l’évènement un regard distancié. L’inquiétude grandissante a culminé dans l’expression d’une terreur incontrôlée.

Plus question d’analyse dépassionnée, de constat dépouillé de charge émotionnelle. Il fallait communier avec la peur ambiante, déplorer chaque jour une hécatombe à nulle autre pareille, ajouter ses lamentations au chœur tragique.

Et là me sont apparues les premières dissonances sous forme de rejet de ceux qui s’efforçaient dans la tourmente de garder la tête froide et de faire passer des informations dérangeantes, à savoir qu’il y aurait beaucoup à dire sur la gestion de la crise et ses insuffisances. Qu’a-t-on vu alors ? une mise à l’écart, certes en respectant les formes, de ces mauvais coucheurs qui venaient ternir la belle unanimité larmoyante.

COVID-19 et l’avis des marginaux

Ô certes il n’y avait pas à proprement parler d’exclusion. Mais lorsqu’une tribune leur était offerte la parole de ces dissidents était présentée comme se démarquant du sens commun. Le public était donc préparé à entendre des voix à part à prendre avec des pincettes, et distillées par souci de compléter une information qui n’en restait pas moins verrouillée par la pensée dominante.

En interrogeant ces marginaux, les présentateurs faisaient leur devoir et la mission du service télévisuel était accomplie. Partageant bien des points avancés par ces francs-tireurs, j’ai eu alors le sentiment d’être, comme eux, stigmatisé alors qu’il ne s’agissait au départ que d’exprimer le désaccord d’un médecin sur la politique sanitaire entreprise, confinement inclus.

Mais après tout pourquoi pas ?

J’ai découvert alors comment l’intrusion du politique changeait la donne et me transformait en opposant. Derrière la gestion sanitaire de l’épidémie il y avait un pouvoir, celui de l’État, lequel en la matière se vouait au bien de tous les Français et ne supportait pas de manquement à son autorité. Ce qui était au départ simple opposition de point de vue se trouvait déplacé à un niveau où tout débat n’avait plus sa place. La découverte a été rude.

L’affaire de l’hydroxychloroquine a fait l’effet d’une bombe.

Qu’une proposition sur la prise en charge thérapeutique des sujets contaminés déclenche une affaire d’État, reste encore pour moi matière à conjecture. Un médicament archiconnu, délivré même sans ordonnance, devenait soudain un danger sanitaire dont il convenait de préserver la population. Et celui qui l’avait préconisé, en l’occurrence le professeur Raoult, sommité en matière d’infectiologie, voué aux gémonies.

De débat sur la question, point. Mais un mitraillage en règle de ce médecin qui avait eu l’outrecuidance de se démarquer du Conseil scientifique, autorité pilotant au nom du gouvernement la gestion de l’épidémie et arborant sur le sujet un autre point de vue. Il fallait pour clore l’affaire discréditer l’homme par qui le scandale arrive, et tout a été mis en jeu pour y parvenir, en y ajoutant le retrait pur et simple de l’hydroxychloroquine des pharmacies.

On n’aurait pas fait mieux en ex-Union soviétique. Que l’on dénie à ce produit une efficacité anti-covid faute d’études contrôlées le démontrant, cela se conçoit. Mais il a fallu l’affubler de tous les dangers sur la base d’informations erronées dont s’est servi, sans jamais y revenir, notre ministre de la Santé. On démissionnait dans le passé pour moins que cela.

Mais dans cette affaire, le temps a permis d’effacer l’infamie et fait que le pouvoir a pu, à l’usure, imposer sa version des faits.

COVID-19 et la traque aux contaminés

Depuis la crise s’est éternisée. Pourtant la fin de l’épidémie paraissait dûment attestée par des chiffres de mortalité au plus bas. Et là encore, j’ai été de plus en plus mal à l’aise face à un pouvoir qui maintenait l’état de siège et annonçait l’installation d’une guerre de tranchées. Je n’ai pas compris le pourquoi à ce moment-là de tests de dépistage à grande échelle, alors qu’ils n’avaient pas été déployés avant, pendant la phase pandémique.

En se lançant à corps perdu dans la traque des contaminés, le gouvernement montrait ainsi qu’on en n’avait pas fini avec l’épidémie et que la lutte se poursuivait. Ainsi était diffusée une lecture de l’évènement qui faisait fi des connaissances de base en matière d’épidémiologie. Pourtant, pas de discussion sur le sujet et des voix contestataires de plus en plus marginalisées.

Je me suis exprimé moi-même dans des textes. Mais d’une manière générale et en dépit des questions soulevées, cette affaire n’a pas donné lieu à un débat public. Les volontés d’en haut étaient à elle seules leur propre justification.

J’ai pu réaliser à cette occasion que la peur infusée dans la population en limitait notablement la réactivité et, le temps aidant, générait passivité et soumission. De ce fait les contestations que la politique entreprise pouvait à juste titre susciter sont devenues de moins en moins audibles.

Le peu d’opposants qui étaient encore reçus dans les médias se sont effacés, alors que la situation offrait bel et bien matière à controverse. Cet état de choses traduisait en fin de compte un glissement vers une domination sans partage des positions gouvernementales.

La presse dans son ensemble s’y est ralliée. Comme d’autres j’ai pu le vérifier personnellement en me voyant refuser des articles critiques sur la gestion de l’épidémie. À la faveur de la prorogation du régime d’exception sanitaire, la langue de bois s’est instaurée, martelant une seule vérité, celle du pouvoir.

La reprise épidémique de cet automne a été saluée à grands coups de proclamations par les tenants de cette deuxième vague prophétisée depuis mars. Que l’on s’interrogeât sur la nature réelle de l’évènement, il n’en était pas question, la version officielle faisant foi.

À cet égard l’interview du professeur Raoult le 27 octobre dernier par David Pujadas de la chaine LCI est un modèle du genre. Interview à charge sur le mode « vous vous êtes constamment trompé ».

À propos de la soi-disant seconde vague, il a apporté des informations sur les mutations subies par le virus, lesquelles ont généré en juillet-août un regain épidémique dû à un mutant et rendent compte de l’actuelle flambée impliquant un variant 4 distinct du virus initial.

Quant à l’hydroxy-chloroquine elle demeure, au contraire de l’Europe, largement prescrite dans le monde. Son usage à Marseille en mars a joué dans le bilan sanitaire marqué par une mortalité beaucoup plus basse qu’ailleurs.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui

Un monde binaire né de la crise dans lequel, en dehors de la vérité officielle, il n’y a plus de place pour d’autres versions de l’évènement. La COVID-19 est toujours là, comme on nous l’avait dit, plus menaçant que jamais et sur le point d’entamer une seconde carrière, qui sera pire que la première.

La musique de mars se fait entendre de nouveau. Les services de réanimation sont débordés. La mortalité bouge. Les chiffres cumulés, englobant donc la première vague, apportent chaque jour leur pesant d’anxiété. On peut d’ailleurs s’étonner de voir figurer à leur propos les morts dans les Ehpad.

Comment attribuer au virus la cause du décès chez certains dont la vie ne tient qu’à un fil et qui ont bien d’autres raisons de mourir ?

En fait, un seul test positif dans l’Ehpad suffit à parler d’épidémie et à attribuer tout décès à la COVID-19. Une façon, à la limite de la fraude, d’amplifier les chiffres. À cela s’ajoute des taux de contamination dans la population de plus en plus astronomiques dont l’information semble distillée avec délectation pour alimenter notre inquiétude.

Or, plus de 90 % de ces contaminés ne sont pas malades du tout. Et les tests eux-mêmes sont loin d’être fiables. Mais peu importe. La machine à sécréter la peur n’en a cure.

D’accord, il y a un regain de l’activité virale. Mais faut-il pour autant mettre un pays à l’arrêt ? On nous avait raconté lors de la pandémie de mars que le confinement entrainerait un écrêtement de la courbe de mortalité, ce qui n’a pas été le cas, et les chiffres de décès ont été parmi les plus élevés en Europe. Les retombées sanitaires collatérales telles que l’absence de dépistage et de suivi de maladies graves, les décompensations psychiques, et aussi les implications sociales et économiques, sont désormais notoires et ont toute chance d’excéder le bénéfice incertain du confinement.

Pourtant, on y retourne et là-dessus pas de véritable débat dans l’arène publique mais un consentement mou, résigné. Les voix dissidentes crient une fois de plus dans le désert. En arriver à ce point de passivité et d’acceptation me laisse incrédule mais aussi désarmé, attristé. Faut-il qu’en matière de santé les options d’un gouvernement s’imposent d’autorité ?

Comme si le label politique effaçait les incertitudes qui président à toute prise de position sur le sujet. L’assénement vertical de décisions a la vertu de balayer la moindre objection et en fait même un objet contraire à l’intérêt de tous, intérêt dont le gouvernement a la charge. Fondement scientifique et doute sont remisés à l’arrière-plan.

Finalement, j’ai toujours peine à appréhender le pourquoi de la dramatisation   actuelle. Force est d’admettre qu’elle s’accorde avec les analyses faites par les membres du Conseil scientifique, analyses qui se retrouvent au-delà de nos frontières si l’on en juge par les mesures prises dans les pays voisins et plus lointains. OMS et santé mondialisée obligent. Les projections alarmistes qui nous sont assénées pourraient bien traduire une peur consubstantielle de l’être contemporain.

Et après tout, les scientifiques demeurent des produits de leur temps. Il reste que la contradiction argumentée, habituelle dans ce milieu, devrait mettre à l’abri des déviances de toutes sortes. Fallait-il que dans le sujet qui nous occupe il n’y ait eu qu’une vérité ? On voit bien que non, les positions d’un professeur Raoult et d’autres s’étant démarquées de la doxa officielle.

Cette soumission au Conseil scientifique apparait le fait d’un gouvernement consentant qui s’est empressé dès lors de recourir au principe de précaution. L’absence en son sein de personnalités rompues à la pratique politique, certains étant des nouveaux promus, peut rendre compte d’une certaine docilité vis-à-vis des injonctions de scientifiques. Paradoxalement les mêmes facteurs expliqueraient le rejet brutal de toute contradiction et l’obstination à maintenir le cap choisi, en l’occurrence une forme d’hubris. Ce gouvernement a expérimenté à cette occasion les avantages d’un pouvoir autoritaire et semble y avoir pris goût.

Alors pourquoi ne pas en tirer parti quand il est encore temps ? D’où la tentation de le faire durer autant que possible. Quant à la catastrophe socio-économique annoncée, elle sera alors présentée comme inévitable, conséquence d’une épidémie contre laquelle tout aura été fait.

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