Covid-19 : tester à tout-va a-t-il un sens ?

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Pourquoi aujourd’hui tester nos concitoyens à tout-va alors que l’épidémie de Covid-19 est à son terme, comme l’attestent une mortalité au plus bas et des services de réanimation revenus à leur régime normal ?

Par Paul Touboul.

Pourquoi aujourd’hui tester nos concitoyens de manière intensive alors que l’épidémie de Covid-19 est à son terme comme l’attestent une mortalité au plus bas et des services de réanimation revenus à leur régime normal ? C’est bien là la question que chacun devrait se poser en cette phase de l’épidémie censée en marquer l’extinction, donnée que les indicateurs habituels, nous l’avons vu, accréditent.

Pourquoi tester de manière intensive maintenant ?

Alors que se passe-t-il qui justifie que nous restions sur le pied de guerre, ferraillant sans discontinuer contre une prétendue hydre à la tête sans cesse renaissante ? L’ambiance reste lourde, de cette crise on ne voit décidément pas la fin. Le fantôme du virus est pendu à nos basques, plus que jamais vivace et capable de tout : c’est du moins le récit qui court, alimentant une peur qui frise la panique.

Peur de quoi ? d’un retour de flamme de l’épidémie, auquel, entre parenthèses, nous avions été préparés dès la phase d’invasion comme si ce virus pas comme les autres se devait de nous réserver un parcours inédit et redoutable.

Certes, le choc a été rude, en atteste une mortalité dont l’évocation aujourd’hui encore reste douloureuse. Puis l’épidémie a suivi un cours normal amorçant en avril une décroissance qui en annonçait le terme. Courbe en cloche classique qui ne dérogeait pas aux standards en la matière. Nous pouvions voir venir la suite plus sereinement. Et pourtant rien n’a eu lieu comme le schéma classique le laissait supposer. La lutte continue. Le pays demeure sur un pied de guerre.

Ce virus est-il si particulier, si distinct de ses prédécesseurs ?

C’est après tout un coronavirus comme il y en a déjà eu tant d’autres dans le passé. Son identité génétique a certes des particularités mais rien qui en fasse un organisme tout à fait à part dans sa catégorie. Comme les virus de son espèce, il a déjà été l’objet de mutations diverses qui en ont diversifié l’identité. C’est pourquoi il est vraisemblable que ce n’est plus le même virus qui continue de circuler aujourd’hui, rendant compte de nouvelles caractéristiques épidémiologiques, semble-t-il plus bénignes.

L’expérience tirée des semaines de pandémie, si elle a pris acte de la contagiosité élevée du virus, a par contre finalement rassuré sur sa létalité, du même ordre grosso modo que celle des grippes saisonnières, soit un taux de décès de l’ordre de 0,3 % mais susceptible d’atteindre 8 % après 80 ans.

Toute stratégie à l’encontre de la virose se devait donc de cibler avant tout la protection des sujets âgés. Nous en étions là fin avril au seuil d’une fin de crise. Les semaines qui ont suivi ont conservé une tonalité inquiète. La peur n’a fait que grandir face à un mal toujours vivant et dont la dynamique a semblé reprendre du poil de la bête.

« Faites-vous tester ! »

Que s’est-il passé en fait ? Les tests de dépistage, devenus entretemps disponibles, ont été largement diffusés. Un message fort a été lancé à l’adresse de la population : faites-vous tester. Et ce pour de multiples raisons.

Individuellement, il est important que chacun se sache ou non porteur du virus et donc en capacité éventuelle de le transmettre à des sujets, âgés notamment, chez qui la contamination peut être mortelle. À l’échelon du pays, a été entamé un suivi de l’épidémie en quête d’éventuels gîtes de renaissance ici ou là, germes éventuels d’une nouvelle vague généralisée.

À ce stade la question est : pourquoi n’être pas resté simplement vigilant, attentif à l’émergence éventuelle de cas déclarés, et toujours soucieux de la protection des plus vulnérables à l’aide de mesures ciblant entre autres les EHPAD.

Les viroses du passé, en particulier l’épidémie de grippe de 2017 dans notre pays qui s’est soldée par 20 000 morts au bas mot, n’ont pas donné lieu au déploiement d’un tel arsenal inquisiteur, et se sont éteintes en silence. Pourtant qui sait si un dépistage intensif des contaminés en phase tardive n’aurait pas identifié comme maintenant des foyers potentiels de résurgence épidémique ?

Alors, à quoi assistons-nous aujourd’hui ?

L’offre en matière de dépistage a été démultipliée. Aux laboratoires se sont ajoutées des formations mobiles temporaires capables de prendre pied un peu partout et apportant l’outil technique au plus près des populations. Ainsi les uns et les autres partent en quête du graal : le label covid-free.

Bien des choses peuvent en dépendre : arrêt temporaire d’emploi, activité commerciale suspendue, fermeture momentanée d’école, tests étendus aux proches. Cette activité n’a fait que croître et embellir d’autant que les tests sont devenus gratuits. Au total 7 à 800 000 tests par semaine qui déversent quotidiennement leur lot d’informations sur l’ampleur des contaminations. La barre des 9000 cas quotidiens vient récemment d’être franchie, à l’origine de réactions alarmistes quant à la capacité de propagation du virus.

Que signifie un tel chiffre ?

Existe-t-il des valeurs de référence servant d’étalon et permettant de le situer sur une échelle de gravité ? Pas à ma connaissance. Alors est-ce la progression des chiffres qui incite à sonner l’alarme ? Là encore nous sommes en plein arbitraire. S’agit-il même d’une vraie quantification du phénomène ?

Il faudrait pour cela que les tests soient effectués chaque jour sur des échantillons représentatifs de la population générale. Ce qui n’est pas le cas. À l’évidence nombre de ceux qui se font tester ont diverses raisons de le faire : des symptômes qui les inquiètent, une injonction d’ordre professionnel, la proximité de sujets contaminés, le souci de protéger leurs vieux parents, voire pour les jeunes, volontiers désignés comme porteurs sains, le désir d’en avoir le cœur net.

Est donc en cause un ensemble particulier, qui a toute chance de différer d’un jour à l’autre, ne reflète en rien l’image de notre pays dans sa diversité et d’une certaine manière, a un lien plus étroit avec la circulation du virus.

Il faut adjoindre à ces réserves que les tests eux-mêmes ne sont pas exempts de critiques. Des faux positifs seraient incriminés dans au moins 20 % des cas. Et pour certains la marge d’erreur est encore plus grande. Ce qui conduirait à revoir les chiffres officiels de contaminés à la baisse.

De plus, ces tests n’ont pas la capacité de discriminer entre virus morts et vivants et donc d’estimer au plus près l’ancienneté de la contamination. C’est pourquoi parler dans tous les cas de nouveaux contaminés est un abus de langage qui fait fi de la réalité. Encore une fois tout semble fait pour orienter les données dans le sens de la dramatisation.

Alors plutôt que naviguer à vue sur la foi d’informations qui sont matière à conjecture, autant s’appuyer sur celles qui, de tout temps, ont été des marqueurs de gravité. La mortalité est de ce point de vue l’item de référence. Avons-nous observé dernièrement une inflexion des courbes ? Absolument pas. Les chiffres de fin d’épidémie sont inchangés et au plus bas.

Quant au nombre de nouvelles hospitalisations alléguées voire d’admissions en réanimation, elles n’ont semble-t-il pas eu d’influence sur les indicateurs d’activité hospitalière. D’ailleurs une majorité des cas dépistés est asymptomatique et porte donc le virus sans en avoir conscience, ce qui irait dans le sens de germes mutants d’agressivité atténuée.

Nous nous trouvons en somme confrontés à un situation inédite, n’ayant pas de précédents et générée, disons-le, artificiellement par une politique agressive de dépistage dans les suites de l’épidémie dont elle explore des soubassements jusqu’alors négligés. Mais se pose alors la question suivante : faut-il appliquer à cet inventaire la même grille de lecture que celle utilisée en pleine phase d’invasion épidémique ? Entretemps bien des paramètres ont changé.

À commencer par la dynamique de l’épidémie qui, après le pic, a amorcé puis achevé sa décroissance, dessinant un processus mené apparemment à son terme. Il y a ensuite les germes qui circulent actuellement, fruits de dégradations subies par l’agent de départ. À l’évidence l’expression des troubles s’est édulcorée. Il faut en outre prendre en compte la part jouée par l’immunité acquise dans la population. Alors découvrir que des mois après la fin apparente de l’épidémie circulent encore des virus, pourquoi pas ?

Le fait doit rester un sujet d’étude quant à la dynamique virale et ses ressorts. Il importe de rester vigilant face à une situation que notre politique est allée débusquer et dont l’analyse est matière à conjecture. Surveiller donc et non pas agir comme si était en cause une vague épidémique déferlante.

En fin de compte, répétons-le, nous subissons les retombées d’un dépistage appliqué avec une rare intensité. Dépistage, il faut bien le dire, à contre-courant, puisqu’il se déploie dans l’arrière-cour de l’épidémie alors qu’il a fait cruellement défaut au printemps dernier en pleine pandémie. Comprenne qui pourra. Les autorités cherchent-elles ainsi à se dédouaner des insuffisances de départ ? Écartons pour l’heure cette pensée qui ressortit au soupçon.

Vraisemblablement l’influence des experts commis auprès du pouvoir est en cause. Et c’est leur approche de l’épidémie qui irrigue la politique sanitaire en cours. On ne peut s’empêcher quand même d’y voir une expression de cette peur, trait frappant de notre humanité chamboulée par un simple virus et qui a perdu dans ce combat toute mesure.

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