Coronavirus : cet « impôt de solidarité » qui vient… ou revient !

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La crise actuelle est un aiguillon pour la réforme. Il reste à choisir entre une France qui sombrera plus encore dans le fiscalisme et une France qui commencera à se relever de près d’un demi-siècle d’impérities politiques et fiscales.

Par Jean-Philippe Feldman1

« L’État paiera », a déclaré le chef de l’État dans son discours du 30 mars. Lorsque nos hommes politiques lancent le concours Lépine de celui qui dépensera le plus, reste posée une petite question, vraiment anodine : qui paiera au final la facture ?

Les lecteurs de Frédéric Bastiat, le plus grand économiste français du milieu du XIXe siècle, se rappelleront sa mise en garde : ce que l’État vous donne de la main gauche, c’est ce qu’il vous a pris de la main droite et il vous a pris beaucoup plus car il faut bien payer ses coûts de fonctionnement.

« Je suis à la tête d’un État en faillite », avait lucidement déclaré François Fillon il y a quelques années. Effectivement, l’État-providence français, loué par Emmanuel Macron, est dans l’incapacité d’équilibrer un budget depuis le milieu des années 1970. Ceci expliquant en grande partie cela, la dette publique, modérée jusqu’en 1980, n’a cessé de croître depuis lors et, l’an dernier, nous flirtions avec les 100 % de PIB.

Imprévoyants, nos hommes politiques de droite comme de gauche l’ont été, depuis presque un demi-siècle maintenant, avec l’active participation des quémandeurs de tout poil.

En un mot, les caisses sont vides et elles ne peuvent dès lors être d’aucun secours en cas de coup dur. Cela a été le cas en 2008, c’est encore davantage le cas aujourd’hui.

Lorsque la crise sera passée et que l’on fera les comptes, il faudra bien que l’on rembourse la dette augmentée du tombereau d’aides consenties. Cette question agite déjà nos intellectuels de gauche (un pléonasme) et les hommes politiques férus d’égalitarisme et de redistribution (laissons de côté les plus lucides qui veulent carrément « effacer » les dettes). Deux solutions, qui ne s’excluent pas nullement, commencent à émerger :

1. D’abord, au plan national, d’une part, le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune, dont la dénomination ne peut que plaire aux héritiers du solidarisme qui peuplent nos assemblées, et, d’autre part, l’accroissement de la progressivité de l’impôt sur les revenus avec malheureusement la jurisprudence du Conseil constitutionnel qui empêche les spoliations trop prononcées.

2. Ensuite, au plan européen, une « taxe de solidarité » – toujours la solidarité forcée… – pour rembourser le « fonds de restructuration » prôné par la France, à défaut de « coronabonds » dont les méchants États-membres « vertueux » ne veulent pas entendre parler.

Notre pays, il est vrai, a déjà connu plusieurs fois depuis la Révolution française des impôts de solidarité et autres emprunts forcés. Mais faut-il, comme l’estime le très à gauche secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, que les plus riches participent tout particulièrement à l’effort collectif ? Faut-il, comme le déclare un membre des économistes atterrés (plutôt atterrants…) revenir sur les « cadeaux » faits aux riches par les gouvernants actuels ?

En fait de cadeaux aux riches, il faut rappeler que la France est numéro 1 des prélèvements obligatoires dans le monde, et numéro 1 des cotisations sociales ; ce qui n’empêche pas nos hôpitaux d’être dans un état de délabrement avancé.

Rappelons aussi que les « classes moyennes supérieures » comme les plus aisées sont déjà écrasées d’impôts et de taxes, et qu’une petite minorité de foyers fiscaux paye une grande partie de l’impôt sur les revenus. Les 10 % des foyers les plus aisés règlent déjà plus de 70 % de l’impôt. Quant aux 2 % les plus riches, ils en assument plus de 40 % !

Manifestement, cela ne semble pas assez aux yeux des Gilets jaunes et des hommes politiques démagogues qui s’acharnent à exacerber le caractère envieux de certains Français. Au demeurant, ce n’est certainement pas avec les 4 milliards d’euros du défunt ISF que l’on résoudra le problème !

Une nouvelle fois, il faut en revenir aux principes :

1. Les revenus et les patrimoines des individus leur appartiennent, ils n’appartiennent pas à l’État.

2. En période de crise, il convient de gérer soigneusement le budget de l’État et conséquemment d’éviter toute dépense superfétatoire, car il faudra bien régler la facture à la sortie de la crise.

3. Le remboursement de la dette supplémentaire et plus largement celui de la dette présente avant la crise doivent, par priorité, s’opérer par le truchement d’une réduction drastique des dépenses publiques.

Cela ne passe pas avant tout par une réduction du nombre des fonctionnaires, comme le pensent certains hommes de droite dans les ornières, mais par la diminution de la sphère de l’État au profit de celle de la société civile.

C’est cette diminution qui, mécaniquement, permettra l’abaissement nécessaire des coûts de fonctionnements de l’État et, entre autres, des traitements des fonctionnaires. C’est ce qui n’a pas été fait depuis les années 1970 et il faudra bien revenir à la raison.

Une nouvelle fois, la question des limites de l’État se présente comme la question centrale. Voilà maintenant plus de 250 ans que les libéraux français le crient dans le désert. Seront-ils un jour enfin entendus ?

La crise actuelle est un aiguillon pour la réforme. Il reste à choisir entre une France qui sombrera plus encore dans le fiscalisme et une France qui commencera à se relever de près d’un demi-siècle d’impérities politiques et fiscales.

  1. Jean-Philippe Feldman publiera prochainement Exception française. Histoire d’une société bloquée de l’Ancien Régime à Emmanuel Macron (Odile Jacob).
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