Les Gilets jaunes ont-ils raté l’occasion de réformer la fiscalité ?

Les Gilets jaunes by Patrice Calatayu(CC BY-SA 2.0) — Patrice Calatayu, CC-BY

La révolte fiscale des Gilets jaunes aurait pu être l’occasion de remettre à plat notre système fiscal. Hélas, c’est raté, le mouvement s’est transformé en lutte anticapitaliste.

Par Patrick de Casanove.

Chacun sait qu’une réforme profonde est nécessaire en France. Comme dans tout régime socialiste, pour les gouvernements, réformer se résume à réglementer, imposer et taxer. En pratique cela consiste à déplacer le fardeau de la spoliation légale sur d’autres épaules. Il y a des pseudo-gagnants et de vrais perdants.

Le politicien calcule ses actions en vue de sa réélection. Il doit faire en sorte que ceux qui croient gagner fassent partie de son camp et ainsi lui apportent leurs voix. Si ceux qui s’estiment perdants sont suffisamment motivés ou détiennent des emplois stratégiques même s’ils sont peu nombreux, ils peuvent bloquer ce qui les contrarie. C’est pourquoi beaucoup de tentatives présentées comme des réformes ont échoué, même avec une opposition minoritaire. C’est aussi pourquoi la France est présentée comme irréformable.

En ce qui concerne les Gilets jaunes, le gouvernement actuel a réussi l’exploit de fédérer les mécontentements, non pas sur une prétendue réforme comme c’était habituellement le cas, mais sur l’augmentation modeste d’une fiscalité déjà écrasante. Cette augmentation fut la goutte d’eau de trop.

Pour réussir son coup en matière de fiscalité, un gouvernement doit agir de manière indolore voire sournoise. Parce que le politicien n’agit pas pas sur le plan rationnel mais sur celui émotionnel, il doit aussi trouver un alibi positif et porteur. Sauver la planète était suffisamment gros pour que ça passe. Malheureusement pour lui, réglementer, imposer, taxer sans cesse pour un oui ou pour un non finit par devenir douloureux pour tous. L’alibi ne tient plus. Il n’y a plus que des mécontents. Alors les gens se révoltent.

« Un certain nombre de révoltes fiscales ont conduit à des mutations, à des changements dans l’organisation de l’économie. » Ce sont les propos liminaires de Jean-Marc Daniel à sa conférence sur les révoltes fiscales, devant le Cercle Frédéric Bastiat.

Nous l’avons évoqué, le mouvement des Gilets jaunes était bien au départ une révolte fiscale. Le moteur initial du mouvement fut le ras-le-bol fiscal dont l’augmentation de la taxe sur les carburants fut le détonateur.

Il est permis de supposer que si le mouvement était resté fidèle à ce moteur, l’issue en eût été différente. En particulier, il est probable qu’il aurait gardé l’immense soutien populaire qui fut le sien au départ. Ce soutien concernait toutes les classes sociales, ce qui est proprement extraordinaire en France et mérite d’être souligné car cela montre qu’un objectif simple et précis peut fédérer tous les Français ou presque à la condition que tous y gagnent. Ce large assentiment est indispensable pour aboutir à de véritables réformes. Mais que chacun gagne n’est pas dans la génétique socialiste !

Reprenons à la base : tous les impôts amputent le revenu des Français, ce sont toujours les individus qui paient. Quel que soit le prélèvement, impôt, taxe, charge, et quelle que soit son assiette, c’est toujours l’individu qui voit ses revenus amputés. Son pouvoir d’achat, c’est-à-dire sa liberté de choisir, est considérablement réduit. L’État ne peut donner aucun pouvoir d’achat ni créer aucune richesse. Il ne peut que confisquer les richesses produites par les individus, détruisant les incitations productives, entraînant misère et pénurie :

« En effet, l’État, ne l’oublions jamais, n’a pas de ressources qui lui soient propres. Il n’a rien, il ne possède rien qu’il ne le prenne aux travailleurs. » (Bastiat, Propriété et loi – 1848)

Nous arrivons logiquement à la première action nécessaire pour que tout le monde gagne. Puisque l’État prend beaucoup et à chacun, qu’il rende les sous ! Qu’il rende aux Français les moyens de prendre leurs responsabilités et de choisir à chaque étape de leur vie.

Pour y parvenir, il faut laisser à chacun la disposition de l’intégralité de ses revenus : le salaire complet pour les salariés, le chiffre d’affaires diminué des frais nécessaires au fonctionnement de l’entreprise pour les non-salariés et l’intégralité des pensions pour les pensionnés. Cela passe par un seul impôt faible et proportionnel payé par chacun, sans seuil, sans niche, sans exonération. Un système parfaitement transparent à la place du système obscur actuel et de ses plus de 360 prélèvements1.

La révolte fiscale des Gilets jaunes aurait pu être l’occasion de remette à plat notre système fiscal. Hélas, leur révolte se termine comme une nouvelle occasion ratée de remettre le pays sur la voie de la prospérité.

Leur révolte ne conduira pas à des changements dans l’organisation de l’économie. Le mouvement s’est mué en cacophonie anticapitaliste pour le plus grand bonheur de l’État. Le Grand débat a noyé le tout. Il donnera l’alibi au pouvoir en place pour une fois de plus ne faire que quelques modifications paramétriques qui accroîtront son champ d’action.

Comme d’habitude le service après-vente politico-médiatique sera performant. Comme d’habitude la France poursuivra son bonhomme de chemin sur la route de la servitude. Vers l’abîme. Une fois de plus les joueurs de flûte auront endormi les masses épuisées. Cependant les causes de leur révolte perdurent. Nul ne sait ce qui se passera à leur réveil.

  1. « Quand une nation est écrasée de taxes, rien n’est plus difficile et je pourrais dire impossible que de les répartir également. Les statisticiens et les financiers n’y aspirent plus. Il y a cependant une chose plus impossible encore, c’est de les rejeter sur les riches. L’État ne peut avoir beaucoup d’argent qu’en épuisant tout le monde et les masses surtout. Mais dans le régime si simple, auquel je consacre cet inutile plaidoyer, régime qui ne réclame que quelques dizaines de millions, rien n’est plus aisé qu’une répartition équitable. Une contribution unique, proportionnelle à la propriété réalisée, prélevée en famille et sans frais au sein des conseils municipaux, y suffit. Plus de cette fiscalité tenace, de cette bureaucratie dévorante, qui sont la mousse et la vermine du corps social; plus de ces contributions indirectes, de cet argent arraché par force et par ruse, de ces pièges fiscaux tendus sur toutes les voies du travail, de ces entraves qui nous font plus de mal encore par les libertés qu’elles nous ôtent que par les ressources dont elles nous privent. » (Justice et fraternité – 1848).
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