Coronavirus et État-providence : les liaisons dangereuses

La crise du Covid-19 représente une occasion inespérée qui permet de redéfinir la sphère de l’État et de réduire son champ d’intervention.

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Coronavirus et État-providence : les liaisons dangereuses

Publié le 24 mars 2020
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Par Jean-Philippe Feldman.

Les discours aux Français du chef de l’État prononcés les 12 et 16 mars constitueront à l’évidence l’un des temps forts de son quinquennat. Avec solennité et le talent oratoire qu’on lui connaît, il a annoncé une série de mesures dont le but est la  protection des Français. De ces mesures, il faut séparer le bon grain de l’ivraie.

La différence entre financement public et gestion publique

Hormis les anarchistes, nul ne contestera qu’il soit du rôle de l’État d’intervenir en cas d’épidémie ou d’épizootie. Les libéraux classiques l’ont dit et répété. Friedrich Hayek, le plus grand penseur libéral du XXe siècle, se situait dans leurs brisées en plaçant en 1979, avec le dernier volume de son maître ouvrage, Droit, législation et liberté, la protection des épidémies au rang des biens publics.

Toutefois, et réserve importante, il soulignait immédiatement que le fait que certains services soient financés par les impôts n’impliquait pas qu’ils dussent être gérés par la puissance publique. Or, Emmanuel Macron a déclaré que certains biens et services devaient être placés en dehors des lois du marché, amalgamant ainsi financement public et gestion publique. C’est une première erreur.

« L’État paiera »

Les discours du chef de l’État apparaissent inquiétants de manière plus fondamentale. En effet, Emmanuel Macron souligne que notre État-providence serait un « bien précieux » et un « atout indispensable quand le destin frappe », et il a appelé à une politique de relance au niveau communautaire afin de protéger l’économie européenne.

Traduisons : il s’agit de s’affranchir des critères de Maastricht, que, de toute façon, la France n’arrive pas à respecter. Quel que soit le caractère arbitraire de ces critères, il s’agit d’une seconde et grave erreur. Et ce d’autant qu’Emmanuel Macron vient d’annoncer entre autres une enveloppe de 300 milliards d’euros à titre de garantie de prêts bancaires pour les entreprises.

Lorsqu’il martèle que l’État paiera, beaucoup ont tendance à oublier que l’État, c’est nous. Et si les mesures de relance et de soutien ne se soldent pas immédiatement par des impôts nouveaux ou supplémentaires, l’accroissement de la dette publique équivaudra à des prélèvements ultérieurs, d’autant plus dangereuse si les taux d’intérêt venaient à remonter.

L’interventionnisme sans fin

Notre chef de l’État gagnerait à avoir à l’esprit les précédentes grandes crises qui ont frappé la France sous la Cinquième République, les mesures alors adoptées et leurs résultats.

La réponse aux crises pétrolières des années 1970 est passée par une extension de l’interventionnisme qui s’est traduite par une augmentation d’un point de PIB en termes de prélèvements obligatoires chaque année sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing.

Encore à cette époque avait-on le souci d’un certain équilibre budgétaire, puisque ce n’est qu’à la veille de l’élection présidentielle de 1981 que les vannes des finances publiques furent ouvertes à grands flots.

Quant à la crise de 2008, elle a conduit Nicolas Sarkozy à creuser les déficits à une profondeur inconnue sous la République en temps de paix, avec pour résultat une économie atone.

Or, l’Histoire nous apprend que l’accroissement de l’interventionnisme lors d’une période de crise a tendance, d’une manière ou d’une autre, à se perpétuer à son issue. Autrement dit, l’État manifeste un embonpoint qu’il est difficile de réfréner.

 

Les crises sont terribles, mais elles sont aussi exaltantes car, traitées avec lucidité, elles constituent un formidable aiguillon pour la réforme. Lorsque le Président Macron a dit à plusieurs reprises que la France était irréformable et qu’elle devait être transformée, la crise du Covid-19 n’existait pas.

En réalité, elle représente une occasion inespérée qui permet de redéfinir la sphère de l’État et de réduire son champ d’intervention.

Pour avoir fait le contraire, pour avoir accru la place de l’État-providence, Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy ont perdu les élections présidentielles qui ont suivi. Le chef de l’État actuel serait bien avisé de s’en souvenir.

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  • macron ne pense qu’à une chose , remonter dans les sondages ; et jusqu’à preuve du contraire , le meilleur moyen , c’est d’ouvrir les vannes à pognon , surtout en France ; de toute façon , la majorité des gens n’ont pas encore compris que comme le dit si bien l’auteur , l’état , c’est nous ;

  • Je trouve l’Etat français très cohérent, en effet depuis plus de 60 ans il faut bien admettre que la Vème République est taillée pour les mégalomanes.

    Sans la Vème, ces derniers ne seraient rien ou pas grand choses.
    La Vème est leur terreau, celui où ils décident de tout, celui où ils perdent pied et peuvent devenir dangereux…

    Changeons les textes, changeons notre constitution avec la DDDH (de 1789) pour seul guide et dans le respect de la souveraineté du peuple avec un état réduit au minimum utile.

    Changer les hommes ne sert à rien.

  • Ce serait plus que souhaitable mais je crains que ce ne soit le contraire qui se passe…
    L’Etat c’est un peu comme l’Europe, si ça ne marche pas, c’est parce qu’il n’y en a pas assez.
    De la même manière, je pense qu’on oubliera que ceux qui permettent à ce pays de ne pas s’effondrer en ce moment ne sont pas les premiers de cordées de la start-up nation en télétravail sur leur tableur Excel mais les petits, les obscurs, les sans-grades, caissières, chauffeurs, éboueurs, livreurs, agriculteurs, etc…

    • Suivant le bel exemple de nos professions de santé, il paraît que les enseignants se mobilisent et proposent de réduire leurs vacances d’été pour permettre aux enfants de rattraper le retard pris suite au confinement.
      C’est bien les bataillons des travailleurs de base qui vont nous sortir de là.
      Espérons simplement que l’on se souviendra encore de tous ceux qui se démènent sans compter, lorsque nous en serons sortis et qu’on leur laissera encore les initiatives dont nous sommes si contents actuellement.

  • Je vrains que la « redéfinition de la sphère de l’Etat » n’aille pas dans le sens que nous souhaiterions…

  • Nous sommes au 24 mars 2020. D’ici une semaine, il va falloir payer le salaire de millions de français confinés et qui ont arrêté le travail depuis le 16 mars. Pour les entreprises qui n’ont ps de trésorerie, l’État va t’il payer d’ici le 30 mars?

  • Cette crise sanitaire accompagnée d’une crise financière qui n’est qu’à ces débuts va considérablement chambouler l’ordre des nations et de l’Europe toute entière.
    Si demain, comme on peut le craindre, un krach financier colossal va secouer le monde, nous verrons sans doute apparaître une organisation européenne sous l’égide d’un système politico-religieux du type empire.
    Dans la crainte de perdre nos acquis déjà bien malmenés, surtout financiers, le consensus populaire se fera autour, comme l’histoire l’a toujours montrée, d’un « sauveur ».
    L’impuissance actuelle des gouvernements sans cohésion européenne face au coronavirus, démontre la fragilité de la maison Europe qui ne tiendra pas aux répliques catastrophiques qui s’annoncent dans le domaine de l’économie notamment.
    Personne n’aurait pensé une seconde le 31 décembre 2019 au moment des traditionnels voeux qui nous vivrions un confinement quasi planétaire 2 mois après.
    Si quelqu’un l’aurait annoncé on l’aurait pris pour un fou.

    Alors on peut se regarder le nombril, mais dans le cas d’un effondrement financier mondial la France ne sera plus rien comme d’ailleurs beaucoup d’autres nations.
    Sans vouloir être un prophète de malheur, la scène mondiale rentre dans un chapitre des plus inquiétant et des dangereux.

  • Tout le monde découvre l’incompétence du pouvoir face à ce 1940 sanitaire même si Véran tend à infléchir son discours sur les masques et les tests du moins le temps d’en acquérir,or c’est la même qui prévaut depuis 40 ans dans tous les autres domaines ,incompétence gérée à coup d’aides à ceci ou à cela pour contenir le pays ,sauf que dans ce cas précis aucun n’Enarque n’invente d’aide au virus!

  • L’Etat c »est avant tout le contribuable, celui qui paye des impôts.

  • « occasion inespérée qui permet de redéfinir la sphère de l’État et de réduire son champ d’intervention. »

    oui, mais pas avec les politiciens en poste actuellement : donc aucune chance que cela ait lieu, sauf si le corona virus les frappent tous…

  • Et ce matin l’appel pathétique du ministre de l’agriculture pour que ceux ne travaillant plus et étant confinés aillent dans les champs aidé les maraîchers !!!!!!!et les chomeurs……..en Lot et Garonne 30 000 chômeurs et les maraîchers n’ont personne car les espagnols et portugais ne peuvent pas venir !

    • A PPC.
      « et les chomeurs……..en Lot et Garonne 30 000 chômeurs et les maraîchers n’ont personne car les espagnols et portugais ne peuvent pas venir ! »
      Mais voyons, ces « pauvres petits » ne doivent pas être stigmatisés. Il n’est pas permis de faire travailler les chômeurs… pour rien. Les autres le peuvent !!
      Il est bon de rappeler qu’un maire du Haut Rhin (je ne me souviens plus du nom) voulait, pour l’intérêt général, mettre à contribution des chômeurs quelques heures par semaine. Cela semblait une initiative intéressante : vivant des deniers des contribuables il n’était pas extravagant de leur demander une petite contrepartie, en plus ils gardaient un petit lien avec le monde du travail. Ce fut le tollé général du gouvernement hollande qui criait au scandale et à l’exploitation.
      Je trouve votre remarque parfaitement justifiée et pertinente ; particulièrement lorsque le personnel soignant travaillent comme des forcenés dans des conditions… inacceptables, et que d’autres assurent, comme ils peuvent, la chaine alimentaire. Mais croyez-vous sincèrement que nos clampins élyséens soutiendraient une telle initiative ? Le discours de « cohésion » sociale ou d’ »unité » nationale n’est que propagande idéologique. La mettre en pratique en conviant les chômeurs d’y participer… quelle horreur !

    • @PCC
      Bonjour,
      « Et ce matin l’appel pathétique du ministre de l’agriculture pour que ceux ne travaillant plus et étant confinés aillent dans les champs aider les maraîchers !!!!!!! et les chomeurs… »
      Il s’est retenu de leur conseiller fortement (forcer) d’y aller, comme cela a été fait au Vénézuéla. Il me semble que l’Etat vénézuélien a aussi distribué un paquet d’argent public. Il n’est toujours pas sorti de sa crise multiple.

    • C’est ce genre de blague que j’attendais avec leur confinement. Pas de pénurie, oui tant qu’il y a du stock et après ?

  • Coronavirus: Belloubet vise la libération de 5000 détenus

    Ne prévoit-elle pas de faire de la place pour de nouveaux arrivants ?
    Pour les victimes, qu’a-t’elle prévu ?

    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/coronavirus-belloubet-vise-la-liberation-de-5-000-detenus-20200323

    • @Dror45-G
      Bonjour,
      Même avec 5000 place libérées, les prisons seront surpeuplées.
      « Les prisons françaises, qui souffrent de surpopulation chronique, comptent plus de 70.000 détenus pour quelque 61.000 places opérationnelles. » (extrait du lien de l’article du Figaro)

      Solution simple :
      Vider les prisons entièrement ;
      Laisser la population s’armer et se défendre (L’Armée a des FAMAS en trop).
      Le choix des sortants est très simple alors :
      – l’air frais de la liberté ;
      – la grippe de Wuhan potentielle ;
      – un traitement au cuivre plus ou moins létal.
      Nous sommes en guerre non ? Sans masque ni gants, ni arme. Drôle de guerre !

      • @ STF
        Bonjour,
        Votre solution est pas pour le moins pas habituelle ! 🙂

        Sinon je pense que Beloubet prévoit des places pour ceux qui oseront s’opposer à leur organisation de type totalitaire, à suivre…

      • Vos ex-prisonniers n’auraient rien à craindre. On nous bassine depuis 40 ans que la violence c’est mal. Peu d’armes en circulation et peu de gens qui savent les manier. C’est pas pour rien que les terroristes font leur meilleurs scores en France.

        • @menesdred
          Bonsoir,
          « Vos ex-prisonniers n’auraient rien à craindre. »
          C’est bien pour cela que les prisonniers sont à leur place en prison.
          Evidemment, la solution que j’ai écrite je ne la prête pas aux bobos qui pensent que les prisonniers, les délinquant, les criminels sont de pauvres petits choupinets qui n’ont pas eu la chance de naître du bon côté du périph’.
          C’est aussi la raison ^pour laquelle j’ai écrit : « Laisser la population s’armer et se défendre. » puisque peu de gens sont armés, et que quand les gens se défendent ils ont plus de risques d’être condamnés que les malafaiteurs desquels ils se protègent.

          « Peu d’armes en circulation et peu de gens qui savent les manier. »
          Le nombre d’armes à feu présentes sur le territoire tourne autour de 20 millions. Dans les registres de l’Administration, on tourne autour de 4 millions d’armes à feu pour 2 millions de personnes.
          Il y a moins de 10, le nombre d’armes à feu circulant tournait autour de 30 millions. Je ne pense pas que 10 millions aient subitement disparu.
          Dans le lot de « peu de gens qui savent les manier » n’oubliez pas nos policiers, qui, pour la plupart, ne tirent pas les 50 cartouches obligatoires de leur formation continue au tir. Oui, ils n’ont droit qu’à 50 cartouches par an, pour leur évaluation.

          « C’est pas pour rien que les terroristes font leur meilleurs scores en France. »
          Faire un carton sur des « sitting ducks » (comme le disent les américains) c’est facile vu qu’ils ne rispostent pas. Ca l’est beaucoup moins quand ils sont armés (quand des crétins s’en prennent à des soldats, armés de FAMAS chargés.)
          C’est valable pour les terroristes comme pour le reste des criminels et autres délinquants.

    • Pour les envoyer aux champs? Ou se faire les Champs-Elysées?

  • « Lorsqu’il martèle que l’État paiera, beaucoup ont tendance à oublier que l’État, c’est nous.  »
    L’Etat n’est pas la Nation ni le Peuple. Il en est une émanation.
    L’Etat paie toujours avec nos sous.

    « Et ce d’autant qu’Emmanuel Macron vient d’annoncer entre autres une enveloppe de 300 milliards d’euros à titre de garantie de prêts bancaires pour les entreprises. »
    Ca sent bon le crack boursier=>crise économique=>misère. Il propose d’en appliquer la recette.

    • Je suis toujours frappé avec quelle facilité on trouve des milliards comme sortis d’un chapeau-claque alors qu’on perd tellement de temps et d’énergie en manifestations, grèves, pour quelques miettes.

    • Il a toujours pas compris que le tissu économique est mondial et pas national. Les subprimes c’était pas des emprunts français.

  • Les crises sont terribles, mais elles sont aussi exaltantes car, traitées avec lucidité

    Avec certitude, je pense que cela ne sera pas traité avec lucidité. Ils en sont bien incapables.

  • L’appel à Cuba qui nous envoie des experts est surréaliste ,même Attali ce vieux profiteur de la Mitterandie ramène sa fraise alors que ses idées ont contribuées à la situation à laquelle on assiste.

    • Cuba a plein de médecins qui coutent rien, c’est leur grand succès et leur produit d’appel. Se voir reléguer au niveau d’Haïti ne fait pas plaisir.

  • Les commentaires sont fermés.

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