Coronavirus et État-providence : les liaisons dangereuses

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La crise du Covid-19 représente une occasion inespérée qui permet de redéfinir la sphère de l’État et de réduire son champ d’intervention.

Par Jean-Philippe Feldman.

Les discours aux Français du chef de l’État prononcés les 12 et 16 mars constitueront à l’évidence l’un des temps forts de son quinquennat. Avec solennité et le talent oratoire qu’on lui connaît, il a annoncé une série de mesures dont le but est la  protection des Français. De ces mesures, il faut séparer le bon grain de l’ivraie.

La différence entre financement public et gestion publique

Hormis les anarchistes, nul ne contestera qu’il soit du rôle de l’État d’intervenir en cas d’épidémie ou d’épizootie. Les libéraux classiques l’ont dit et répété. Friedrich Hayek, le plus grand penseur libéral du XXe siècle, se situait dans leurs brisées en plaçant en 1979, avec le dernier volume de son maître ouvrage, Droit, législation et liberté, la protection des épidémies au rang des biens publics.

Toutefois, et réserve importante, il soulignait immédiatement que le fait que certains services soient financés par les impôts n’impliquait pas qu’ils dussent être gérés par la puissance publique. Or, Emmanuel Macron a déclaré que certains biens et services devaient être placés en dehors des lois du marché, amalgamant ainsi financement public et gestion publique. C’est une première erreur.

« L’État paiera »

Les discours du chef de l’État apparaissent inquiétants de manière plus fondamentale. En effet, Emmanuel Macron souligne que notre État-providence serait un « bien précieux » et un « atout indispensable quand le destin frappe », et il a appelé à une politique de relance au niveau communautaire afin de protéger l’économie européenne.

Traduisons : il s’agit de s’affranchir des critères de Maastricht, que, de toute façon, la France n’arrive pas à respecter. Quel que soit le caractère arbitraire de ces critères, il s’agit d’une seconde et grave erreur. Et ce d’autant qu’Emmanuel Macron vient d’annoncer entre autres une enveloppe de 300 milliards d’euros à titre de garantie de prêts bancaires pour les entreprises.

Lorsqu’il martèle que l’État paiera, beaucoup ont tendance à oublier que l’État, c’est nous. Et si les mesures de relance et de soutien ne se soldent pas immédiatement par des impôts nouveaux ou supplémentaires, l’accroissement de la dette publique équivaudra à des prélèvements ultérieurs, d’autant plus dangereuse si les taux d’intérêt venaient à remonter.

L’interventionnisme sans fin

Notre chef de l’État gagnerait à avoir à l’esprit les précédentes grandes crises qui ont frappé la France sous la Cinquième République, les mesures alors adoptées et leurs résultats.

La réponse aux crises pétrolières des années 1970 est passée par une extension de l’interventionnisme qui s’est traduite par une augmentation d’un point de PIB en termes de prélèvements obligatoires chaque année sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing.

Encore à cette époque avait-on le souci d’un certain équilibre budgétaire, puisque ce n’est qu’à la veille de l’élection présidentielle de 1981 que les vannes des finances publiques furent ouvertes à grands flots.

Quant à la crise de 2008, elle a conduit Nicolas Sarkozy à creuser les déficits à une profondeur inconnue sous la République en temps de paix, avec pour résultat une économie atone.

Or, l’Histoire nous apprend que l’accroissement de l’interventionnisme lors d’une période de crise a tendance, d’une manière ou d’une autre, à se perpétuer à son issue. Autrement dit, l’État manifeste un embonpoint qu’il est difficile de réfréner.

 

Les crises sont terribles, mais elles sont aussi exaltantes car, traitées avec lucidité, elles constituent un formidable aiguillon pour la réforme. Lorsque le Président Macron a dit à plusieurs reprises que la France était irréformable et qu’elle devait être transformée, la crise du Covid-19 n’existait pas.

En réalité, elle représente une occasion inespérée qui permet de redéfinir la sphère de l’État et de réduire son champ d’intervention.

Pour avoir fait le contraire, pour avoir accru la place de l’État-providence, Valéry Giscard d’Estaing et Nicolas Sarkozy ont perdu les élections présidentielles qui ont suivi. Le chef de l’État actuel serait bien avisé de s’en souvenir.

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