Économistes atterrés : Bienvenue en Keynésianie !

On ne change pas une formule qui gagne : alors que leur précédent manifeste, déjà vieux de quatre années, commençait à sérieusement sentir la naphtaline, le collectif des Économistes Atterrés décide de remettre une pièce dans le bastringue et publie un nouveau texte. Si, entre temps, la majorité gouvernementale a changé, les critiques et les propositions, elles, restent étonnamment les mêmes…

En effet, en 2010, alors que la France baignait encore dans les paradigmes droitiers d’une Sarkozie aussi effervescente qu’impotente, une brochette de chercheurs, d’universitaires et de citoyens, économistes ou non, décidait de produire un pamphlet critique de la politique du moment, abondamment repris dans une presse toute entière acquise à leur cause, intitulé en toute modestie « Manifeste des économistes atterrés », qui détaillait les errements de l’équipe en place et en profitait pour proposer quelques mesures dont l’efficacité, évidente et décisive, ne manquerait pas de faire pencher favorablement l’économie du pays (et accessoirement, les votes à venir vers le candidat qui aurait l’idée lumineuse de les inclure dans son programme présidentiel).

françois hollande fait l'andouille

Nous sommes en 2015, le candidat d’une gauche dont se réclamait alors ces Économistes est maintenant au pouvoir depuis presque trois ans, mais, saprezut, les réalités refusent obstinément de se plier à ses injonctions. Il faudra plus que le seul manifeste initial pour faire plier le concret aux nécessité du collectivisme, indispensable à la sauvegarde de la Nation ! Un nouvel ouvrage s’impose donc, présentant les chantiers prioritaires à mener pour relancer la croissance, faire baisser le chômage, remplir les ventres et les cœurs et faire enfin chanter les matins.

Et dans les principales propositions, difficile de ne pas retenir les plus croustillantes. Je passe rapidement sur l’idée générale de modernisation de la statistique ; sa proximité avec des bricolages numériques éhontés afin de camoufler la situation économique du pays, comme on en retrouve le procédé dans les pays les plus proches de l’effondrement à l’instar du Venezuela ou de l’Argentine par exemple, n’est en rien fortuite : l’introduction forcenée de statistiques sociologiques pour quantifier le bonheur du peuple avec des indicateurs ad hoc fleure décidément bon le constructivisme le plus débridé, d’autant que des mesures de ce bonheur existent déjà, au travers de celles des libertés économiques, du pouvoir d’achat, ou de la mobilité sociale, qu’elles sont largement répandues, et d’autant plus décriées qu’elles ne vont jamais dans le sens des étatistes (comme c’est dommage !).

De la même façon, nos « économistes » proposent avec tact et doigté de modifier les buts officiels de la Banque centrale européenne, afin de substituer la lutte contre le chômage à celle contre l’inflation. Difficile de faire la part de sottise entre imaginer qu’une politique strictement monétaire pouvait avoir un effet durable positif sur l’emploi, et croire que mettre en veilleuse la lutte contre l’inflation pouvait mener à autre chose qu’une inflation record. On s’étonne encore, avec les douzaines d’expériences monétaires farfelues et couronnées d’échec douloureux qui ont déjà eu lieu au travers des banques centrales de douzaines de pays différents, que ces « économistes » persistent à proposer une énième version de planche à billets et de maquillages financiers pour créer de l’emploi. C’est parfaitement grotesque. Là encore, le Zimbabwe, l’Allemagne, la Hongrie ou d’autres pays souverains ont largement démontré que tripoter la monnaie aboutissait toujours à la catastrophe. En fait d’être atterrés, nos « économistes » sont plus certainement obstinés, voire butés.

Inflation : the insidious way to increase taxes

Quant au reste, c’est un florilège de contre-mesures consternantes qui feraient rire si l’on pouvait être sûr qu’elles ne seront jamais mises en pratique, certitude hardie avec le gouvernement de clowns actuel.

Les éoliennes, catastrophes écologiquesJ’en veux pour preuve l’idée rocambolesque de revenir (encore, oui, encore ! une fois) à la retraite à 60 ans, à cette période où les gens vivent plus vieux, en meilleure santé, que le savoir-faire technologique prend toujours plus de temps à acquérir et coûte toujours plus cher à « transférer » d’un cerveau à l’autre, et ce alors que tous les autres pays comparables s’inscrivent dans une démarche exactement contraire. Si tout le monde fait l’inverse de ce qu’ils proposent, c’est forcément qu’ils proposent une excellente idée, non ? Et c’est avec la même consternation qu’on s’aperçoit que nos « économistes » proposent aussi, dans leur package playskool de mesures rigolotes pour enfants de 4 à 8 ans, d’accélérer la transition écologique, celle-là même qui, n’étant pas (heureusement !) imposée partout ailleurs, met irrémédiablement un boulet à la patte des entreprises françaises en concurrence mondiale, celle-là même qui repose sur des affirmations scientifiques péremptoires de plus en plus sujettes à caution (pour ne pas dire carrément mensongères), celle-là même qui a prouvé, partout où elle a été pratiquée, ne jamais parvenir à obtenir d’effets autres qu’indésirables, celle-là même que d’importants partenaires français (comme l’Allemagne ou l’Espagne, pour rester en Europe) renoncent à mettre en place tant le coût final est exorbitant.

Mais rassurez-vous, une chose au moins est sûre : question financement, tout est bordé. Là encore, nos « économistes » ont fait un travail remarquable en proposant – devinez quoi ! – … des hausses d’impôts, parce que c’est joyeux et festif (ils proposent même le slogan « Cotisons dans la bonne humeur »), une resucée de la taxe Tobin, exercice invraisemblable mais maintenant obligatoire dans ce genre de production à succès, et un tabassage des entreprises qui ont largement prouvé leur nocivité dans le paysage économique français en produisant toujours plus de chômeurs, à l’instar de la pluie qui produit de la sécheresse partout où elle ne tombe pas. Tout ceci se passera avec bien sûr l’indispensable zeste de traque contre la fraude fiscale et les paradis du même tonneau, parce que c’est facile, c’est pas cher, et que ça peut rapporter gros.

On pourrait croire futile l’exercice de décorticage de ces affolantes niaiseries. Il n’en est rien au vu de l’engouement irréfléchi des masses pour les propositions balancées sans complexe. Le premier manifeste, aussi atterrant que cette dernière production, avait réussi à se vendre à plus de 100.000 exemplaires. Ce succès n’est pas sans rappeler celui, mondial, des travaux de Piketty, où à des statistiques parfois hardiment extrapolées s’ajoutent des propositions très manifestement socialistes, ou, au moins, keynésiennes en diable.

piketty et ses erreurs

Ce n’est pas une coïncidence. Beaucoup des lecteurs avides de ces productions idéologiquement douteuses sont en réalité à la recherche d’une explication de la crise qui secoue le monde actuellement, et de ces propositions magiques qui permettent de revenir bien vite à l’état précédent, celui où, globalement, les choses étaient plus simples : un problème survient, on jette des quantités massives d’argent dans sa direction, on fait lourdement intervenir la force publique, ultima ratio des collectivistes convaincus, et on dira que le problème se résorbe ou se dilue dans d’autres, plus petits, plus répartis. Que ce soit par pur déni de la réalité, ou par une envie morbide de ne pas vouloir s’adapter – les pertes de confort (intellectuel ou autres) étant trop importantes – ces foules ont trouvé avec ces Attérés, Piketty et tous leurs coreligionnaires, les gourous qui offrent des avenirs radieux moyennant toujours plus de la même recette.

C’est évidemment complètement con : non seulement, le socialisme n’a jamais marché, nulle part, ni en rêve ni même sur un malentendu, mais le keynésianisme et ses pendants d’interventionnisme étatique non plus. Jamais aucun pays n’a sauvé sa situation en dévaluant sa monnaie, en multipliant ses déficits, en accroissant ses dépenses publiques, en augmentant ses impôts tant et plus. Jamais aucun pays n’a sauvé son avenir en ensevelissant ses enfants dans les dettes.

Mais voilà, il faut reconnaître un avantage capital aux thèses de ces gens : elles offrent un rêve facile et la sympathique conservation des principes qui ont offert un confort inégalable aux générations au pouvoir actuellement.

Et ça, ça vaut largement le sacrifice des générations futures, non ?

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