Écologie de marché : la bonne idée de Yannick Jadot

Imaginez un parti vert/libéral situé politiquement au centre du Parlement européen ! Quel pourrait être le cœur d’une telle doctrine où Verts et libéraux pourraient collaborer ?

Par Max Falque.

Je ne connaissais pas Yannick Jadot jusqu’à présent. Qu’est-ce qui a donc pu le piquer pour proposer une alliance avec les libéraux/ conservateurs du futur Parlement européen ?

Plusieurs hypothèses

Première hypothèse : un calcul purement politicien afin de permettre aux Verts européens de se trouver des alliés en vue de peser sur les décisions politiques au sein d’un groupe puissant… ou tout simplement survivre.

Deuxième hypothèse : sur le plan des idées Yannick Jadot peut aussi penser qu’un rapprochement est possible mais au risque que la doxa verte perde de la couleur.

L’absence de conviction des libéraux/conservateurs en matière d’écologie permettrait de renforcer les Verts tant il est vrai que depuis longtemps les partis dits de droite ont facilité la tâche des Verts et les ont même aidés, comme cela a été le cas pour le Grenelle de l’environnement grâce auquel les écologistes ont obtenu ce qu’ils n’osaient même pas espérer.

Troisième hypothèse : l’écologie politique militante, si elle est toute-puissante dans les médias, connaît une désaffection de la majorité de la population dont témoigne la récente opposition populaire à la fiscalité écologique via les Gilets jaunes. Il apparait que le slogan « Sauver la planète » qui implique la décroissance, l’appauvrissement et en fin de compte la limitation des libertés ne fasse plus recette.

Quatrième hypothèse : la conversion personnelle de Yannick Jadot, qui, après avoir traîné ses guêtres dans tous les partis et sous-partis écologiques se serait rendu compte que la survie d’un parti vert est subordonnée au retour au pragmatisme et au bon sens. Peut-être touché par la grâce et l’observation du monde Yannick Jadot aurait constaté qu’il n’existe pas de pays qui, ayant supprimé les droits de propriété et l’échange marchand n’ait pas été conduit à instaurer la dictature sans laquelle il n’y a pas de décroissance possible. En ce sens la survie voire le développement de l’idéologie verte suppose de prendre ses distances avec WWF, Greenpeace, France Nature Environnement, et les milliers d’associations et Think Tanks qui se rattachent à leur idéologie. Yannick Jadot quitterait un navire qui coule et prendrait ses distances à l’instar d’un Bjorn Lomborg et de bien d’autres.

Un programme commun écolo/pragmatique pourrait rejoindre l’écologie libérale qui précisément s’appuie sur les droits de propriété et l’échange… bref le gros mot est lâché sur une forme de capitalisme.

Un parti vert libéral

Imaginez un parti vert/libéral situé politiquement au centre du Parlement européen ! Quel pourrait être le cœur d’une telle doctrine où Verts et libéraux pourraient collaborer :

  • reconnaître le principe de subsidiarité : les pouvoirs publics ne doivent légitimement intervenir que si les droits de propriété et le marché sont incapables de gérer les biens publics ;
  • affirmer que la peur ne peut être que le moteur de l’inaction et que les multiples appels urgents pour sauver la planète relèvent de la Simonie c’est-à-dire le trafic des indulgences ;
  • proclamer que l’économie de marché, la libre entreprise et l’innovation participent à ce que Jadot nomme « l’écologie des petits pas » ;
  • reconnaître que la nature évolue, que l’écologie doit accompagner le mouvement, les concepts d’écocide et de cinquième extinction de la planète doivent être réévalués.

On pourrait alors espérer qu’enfin une discussion soit engagée sur les possibilités d’une écologie positive débouchant sur une plate-forme raisonnable et politiquement possible à savoir :

  • la nature est au service de l’humanité et non l’inverse ;
  • les droits de propriété et le marché sont au cœur du progrès matériel et moral de l’humanité ;
  • l’idéologie de la décroissance ne peut en aucun cas justifier la limitation des libertés humaines ;
  • les politiques et les financements publics doivent faire l’objet d’évaluations ex ante et ex post ;
  • l’écologie des petits pas doit guider l’action politique. La planification économique centralisée mise en place par les dictatures du monde entier n’aboutit qu’à la destruction de l’économie et une planification environnementale n’a aucune chance de réussir.

Vers un débat ?

Faisons un rêve : une alliance entre libéraux/conservateurs et Verts pourrait aboutir à une nouvelle politique environnementale ; cela est possible en encourageant les Verts et les Conservateurs à collaborer dans le champ de leurs valeurs communes afin d’inventer un Center Green, pragmatique et non idéologique, quitte à renoncer à certaines orthodoxies.
À cette fin, dans son ouvrage Getting to Green : saving Nature, a bipartisan solution, Frederic Rich propose 10 commandements faisant chacun l’objet d’un chapitre :

  1. Soyez modestes : dites la vérité et admettez l’incertitude ;
  2. Soyez optimistes et proposez une vision positive ;
  3. Les compromis et les progrès limités (incrémentalisme) sont souhaitables ;
  4. Acceptez l’impératif de la croissance ;
  5. Acceptez le capitalisme ;
  6. Les entreprises, le business, ne sont pas l’ennemi ;
  7. Introduisez des considérations morales pour la conservation de la nature ;
  8. Évitez d’avancer des objectifs de missions universelles de transformation sociale ;
  9. Connectez vos associations et mobilisez les personnes ordinaires et pas seulement les élites de Washington ;
  10. Prenez en compte les habitants des villes, lieux de croissance démographique et d’innovation.

Bien que relatives aux États-Unis les réflexions et recommandations de Frederic Rich peuvent guider la nécessaire réforme de la politique environnementale européenne, et au-delà celle des États membres.
En tout cas, affaire à suivre !