Greenpeace : une communication anxiogène pour exister ?

Centrale nucléaire du Tricastin (Crédits : Sancio83, Image libre de droits)

Le militantisme, y compris celui de Greenpeace, est un poumon de la démocratie, mais il ne peut s’affranchir des règles.

Par Arnaud Daguin.

Ce vendredi 25 janvier, Greenpeace a réalisé un nouveau coup d’éclat médiatique en introduisant deux drones au-dessus de l’usine Orano de La Hague. Une opération de communication qui vise une nouvelle fois à « dénoncer le risque de saturation et la vulnérabilité » d’un site de retraitement du combustible nucléaire qui s’est rendu indispensable pour de nombreux pays.

L’ONG n’en est pas à son coup d’essai contre des sites nucléaires français, mais au-delà d’une communication spectaculaire et anxiogène, le message de Greenpeace peine à convaincre.

Le toit d’une piscine d’entreposage de combustibles usés duquel s’échappe un fumigène rouge : telle est l’image pensée et réalisée par Greenpeace pour s’en prendre au nucléaire en France. Un drone équipé d’un fumigène se pose sur un toit tandis qu’un autre filme la scène et tous les membres de l’ONG crient comme un seul homme aux graves carences de sécurité qui entourent le site de La Hague. Ce cri d’alarme n’est guère concluant, mais il se répète régulièrement avec l’espoir que la quantité fasse oublier la qualité de la démonstration.

Des happenings anti-nucléaires

Une chose est sûre avec Greenpeace, c’est que l’ONG a de la suite dans les idées. Les actions médiatiques s’enchaînent avec toujours le même procédé, le même objectif et les mêmes conclusions tirées d’avance. Le 3 juillet dernier, un drone grimé en Superman était lancé contre un mur de la centrale nucléaire de Bugey. Le 28 novembre 2017, des militants de Greenpeace entraient par effraction sur le site de Cruas-Meysse répétant ainsi une action déjà menée à la centrale de Cattenom un mois plus tôt.

Des intrusions humaines et mécaniques sans aucune conséquence, repérées dès leur commencement et maîtrisées avec célérité par des services professionnels de sécurité qui savent anticiper et faire le distinguo entre une tentative d’acte terroriste et un happening militant.

Mais c’est justement sur la peur terroriste que souhaite jouer Greenpeace en brouillant les cartes et en développant un message apocalyptique. Si des militants peuvent s’introduire sur le site d’une centrale, si des drones peuvent atterrir ou se crasher sur un bâtiment renfermant des éléments irradiés, comment affirmer que la sécurité peut empêcher une attaque terroriste ?

La question est légitime et les autorités comme les centrales ont dû relever leur dispositif de sécurité qui a toutefois toujours pris en compte le risque terroriste. Les acteurs du nucléaire comme EDF et Orano sont soumis à des règles de sûreté et de sécurité très strictes qui font l’objet de contrôles de la part de plusieurs organismes qui ont démontré leur indépendance vis-à-vis de ces groupes.

L’Agence de sûreté nucléaire (ASN), L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), la Communauté européenne d’énergie atomique (EURATOM) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont toutes leur mot à dire quant à la sûreté mise en place sur les différents sites nucléaires français. Les matières radioactives sont soumises à de lourdes contraintes et protégées par un arsenal sécuritaire en perpétuel évolution et à la hauteur des enjeux.

Ainsi, l’usine Orano de La Hague est sécurisée et sous surveillance continuelle. 140 agents formés et armés veillent en permanence sur le site. Un site qui dispose par ailleurs d’un vaste réseau de caméras de surveillance, de 7 kilomètres de clôtures extérieurs et 3,5 kilomètres de clôtures intérieures. Les dispositifs anti-incendie correspondent à ceux d’une ville de 35 000 habitants et les survols sont interdits à moins de 2 000 mètres d’altitude dans un rayon de 3 kilomètres.

Les différents dispositifs montrent que la sécurité est une priorité absolue sous contrôle de l’État et en partie classifiée pour des raisons qui semblent évidentes. Pourtant, Greenpeace continue d’affirmer que les « installations vieillissantes » françaises ne sont pas sécurisées comme il se doit.

La preuve, un drone a réussi à se poser sur le toit d’une piscine d’entreposage sur le site de La Hague. Une intrusion bien réelle de Greenpeace destinée à alimenter la machine à fantasmes. Un avion gros porteur n’a aucun risque de s’écraser sur un site nucléaire car même sa descente en piqué laisserait le temps à des avions de chasse de l’intercepter. Et quand bien même un tel avion parviendrait à échapper à ce dispositif, la configuration des bâtiments forme comme une barrière de protection autour des piscines de la Hague.

Nicolas Hulot déclarait lui-même lors de son audition à l’Assemblée nationale du 12 avril 2018 :

« Je ne dispose pas à ce stade d’une estimation du prix d’une « bunkérisation » des piscines de refroidissement des combustibles nucléaires. Mes services estiment qu’une telle étude n’est pas utile, car nous sommes convaincus que la bunkérisation des piscines n’est pas une solution aux problématiques de sécurité (…). »

Greenpeace sème-t-il la peur pour récolter la fin du nucléaire ?

Un tel argument est parfaitement connu de Greenpeace qui décide donc de mettre l’accent sur la menace que font peser des drones comme ceux utilisés le vendredi 25 janvier 2019. Dans son communiqué de presse aux accents apocalyptiques, l’organisation internationale s’étonne que le toit de la piscine soit « en simple tôle métallique » et donc « bien trop fragile pour empêcher un acte malveillant par les airs ».

L’argument pourrait tenir si justement ce toit métallique n’avait pas été pensé pour parer le choc de la chute d’un petit engin de type drone. D’ailleurs, l’important en termes de sûreté n’est pas le toit des piscines mais bien la base afin de pouvoir maintenir les combustibles sous eau.

Ce discours anxiogène est devenu au fil des ans la marque de fabrique des antinucléaires. Les premières attaques se sont concentrées sur la sûreté des installations, mais face à des dispositifs de plus en plus performants et qui ont démontré leur efficacité (doublement du système de refroidissement des piscines auquel s’ajoute une sauvegarde diesel si ces deux premières sûretés ne fonctionnent pas), le discours s’intensifie sur la partie sécurité. Le contexte international et national s’y prête, les dispositifs de sécurité sur le terrain beaucoup moins.

Pourtant certains documentaires télévisés, ou livres suivent cette tendance anxiogène. Ainsi, des titres évocateurs comme « Nucléaire : doit-on en avoir peur ? »« Sécurité nucléaire : le grand mensonge », « Nucléaire : une catastrophe française » fleurissent et viennent nourrir une réalité fantasmée par les ONG antinucléaires.

Ces dernières lancent régulièrement des pétitions, comme la dernière en date « L’Affaire du siècle », dans lesquelles le pire est promis sur un modèle expérimenté à Tchernobyl et Fukushima. Or, l’État français n’est pas en déliquescence comme l’Union soviétique en 1986, et les centrales françaises courent un très faible risque de tremblement de terre suivi d’un tsunami (un scénario auquel elles sont néanmoins prêtes).

Les approximations et contre-vérités permettent de nourrir les discours les plus alarmistes même si jusqu’à maintenant, les militants n’ont récolté que des condamnations en justice. En effet, s’introduire sur un site nucléaire est un délit qui a été sanctionné à plusieurs reprises par de la prison. Le militantisme est un poumon de la démocratie, mais il ne peut s’affranchir des règles.

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