Greenpeace : une communication anxiogène pour exister ?

Le militantisme, y compris celui de Greenpeace, est un poumon de la démocratie, mais il ne peut s’affranchir des règles.

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Centrale nucléaire du Tricastin (Crédits : Sancio83, Image libre de droits)

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Greenpeace : une communication anxiogène pour exister ?

Publié le 3 février 2019
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Par Arnaud Daguin.

Ce vendredi 25 janvier, Greenpeace a réalisé un nouveau coup d’éclat médiatique en introduisant deux drones au-dessus de l’usine Orano de La Hague. Une opération de communication qui vise une nouvelle fois à « dénoncer le risque de saturation et la vulnérabilité » d’un site de retraitement du combustible nucléaire qui s’est rendu indispensable pour de nombreux pays.

L’ONG n’en est pas à son coup d’essai contre des sites nucléaires français, mais au-delà d’une communication spectaculaire et anxiogène, le message de Greenpeace peine à convaincre.

Le toit d’une piscine d’entreposage de combustibles usés duquel s’échappe un fumigène rouge : telle est l’image pensée et réalisée par Greenpeace pour s’en prendre au nucléaire en France. Un drone équipé d’un fumigène se pose sur un toit tandis qu’un autre filme la scène et tous les membres de l’ONG crient comme un seul homme aux graves carences de sécurité qui entourent le site de La Hague. Ce cri d’alarme n’est guère concluant, mais il se répète régulièrement avec l’espoir que la quantité fasse oublier la qualité de la démonstration.

Des happenings anti-nucléaires

Une chose est sûre avec Greenpeace, c’est que l’ONG a de la suite dans les idées. Les actions médiatiques s’enchaînent avec toujours le même procédé, le même objectif et les mêmes conclusions tirées d’avance. Le 3 juillet dernier, un drone grimé en Superman était lancé contre un mur de la centrale nucléaire de Bugey. Le 28 novembre 2017, des militants de Greenpeace entraient par effraction sur le site de Cruas-Meysse répétant ainsi une action déjà menée à la centrale de Cattenom un mois plus tôt.

Des intrusions humaines et mécaniques sans aucune conséquence, repérées dès leur commencement et maîtrisées avec célérité par des services professionnels de sécurité qui savent anticiper et faire le distinguo entre une tentative d’acte terroriste et un happening militant.

Mais c’est justement sur la peur terroriste que souhaite jouer Greenpeace en brouillant les cartes et en développant un message apocalyptique. Si des militants peuvent s’introduire sur le site d’une centrale, si des drones peuvent atterrir ou se crasher sur un bâtiment renfermant des éléments irradiés, comment affirmer que la sécurité peut empêcher une attaque terroriste ?

La question est légitime et les autorités comme les centrales ont dû relever leur dispositif de sécurité qui a toutefois toujours pris en compte le risque terroriste. Les acteurs du nucléaire comme EDF et Orano sont soumis à des règles de sûreté et de sécurité très strictes qui font l’objet de contrôles de la part de plusieurs organismes qui ont démontré leur indépendance vis-à-vis de ces groupes.

L’Agence de sûreté nucléaire (ASN), L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), la Communauté européenne d’énergie atomique (EURATOM) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont toutes leur mot à dire quant à la sûreté mise en place sur les différents sites nucléaires français. Les matières radioactives sont soumises à de lourdes contraintes et protégées par un arsenal sécuritaire en perpétuel évolution et à la hauteur des enjeux.

Ainsi, l’usine Orano de La Hague est sécurisée et sous surveillance continuelle. 140 agents formés et armés veillent en permanence sur le site. Un site qui dispose par ailleurs d’un vaste réseau de caméras de surveillance, de 7 kilomètres de clôtures extérieurs et 3,5 kilomètres de clôtures intérieures. Les dispositifs anti-incendie correspondent à ceux d’une ville de 35 000 habitants et les survols sont interdits à moins de 2 000 mètres d’altitude dans un rayon de 3 kilomètres.

Les différents dispositifs montrent que la sécurité est une priorité absolue sous contrôle de l’État et en partie classifiée pour des raisons qui semblent évidentes. Pourtant, Greenpeace continue d’affirmer que les « installations vieillissantes » françaises ne sont pas sécurisées comme il se doit.

La preuve, un drone a réussi à se poser sur le toit d’une piscine d’entreposage sur le site de La Hague. Une intrusion bien réelle de Greenpeace destinée à alimenter la machine à fantasmes. Un avion gros porteur n’a aucun risque de s’écraser sur un site nucléaire car même sa descente en piqué laisserait le temps à des avions de chasse de l’intercepter. Et quand bien même un tel avion parviendrait à échapper à ce dispositif, la configuration des bâtiments forme comme une barrière de protection autour des piscines de la Hague.

Nicolas Hulot déclarait lui-même lors de son audition à l’Assemblée nationale du 12 avril 2018 :

« Je ne dispose pas à ce stade d’une estimation du prix d’une « bunkérisation » des piscines de refroidissement des combustibles nucléaires. Mes services estiment qu’une telle étude n’est pas utile, car nous sommes convaincus que la bunkérisation des piscines n’est pas une solution aux problématiques de sécurité (…). »

Greenpeace sème-t-il la peur pour récolter la fin du nucléaire ?

Un tel argument est parfaitement connu de Greenpeace qui décide donc de mettre l’accent sur la menace que font peser des drones comme ceux utilisés le vendredi 25 janvier 2019. Dans son communiqué de presse aux accents apocalyptiques, l’organisation internationale s’étonne que le toit de la piscine soit « en simple tôle métallique » et donc « bien trop fragile pour empêcher un acte malveillant par les airs ».

L’argument pourrait tenir si justement ce toit métallique n’avait pas été pensé pour parer le choc de la chute d’un petit engin de type drone. D’ailleurs, l’important en termes de sûreté n’est pas le toit des piscines mais bien la base afin de pouvoir maintenir les combustibles sous eau.

Ce discours anxiogène est devenu au fil des ans la marque de fabrique des antinucléaires. Les premières attaques se sont concentrées sur la sûreté des installations, mais face à des dispositifs de plus en plus performants et qui ont démontré leur efficacité (doublement du système de refroidissement des piscines auquel s’ajoute une sauvegarde diesel si ces deux premières sûretés ne fonctionnent pas), le discours s’intensifie sur la partie sécurité. Le contexte international et national s’y prête, les dispositifs de sécurité sur le terrain beaucoup moins.

Pourtant certains documentaires télévisés, ou livres suivent cette tendance anxiogène. Ainsi, des titres évocateurs comme « Nucléaire : doit-on en avoir peur ? »« Sécurité nucléaire : le grand mensonge », « Nucléaire : une catastrophe française » fleurissent et viennent nourrir une réalité fantasmée par les ONG antinucléaires.

Ces dernières lancent régulièrement des pétitions, comme la dernière en date « L’Affaire du siècle », dans lesquelles le pire est promis sur un modèle expérimenté à Tchernobyl et Fukushima. Or, l’État français n’est pas en déliquescence comme l’Union soviétique en 1986, et les centrales françaises courent un très faible risque de tremblement de terre suivi d’un tsunami (un scénario auquel elles sont néanmoins prêtes).

Les approximations et contre-vérités permettent de nourrir les discours les plus alarmistes même si jusqu’à maintenant, les militants n’ont récolté que des condamnations en justice. En effet, s’introduire sur un site nucléaire est un délit qui a été sanctionné à plusieurs reprises par de la prison. Le militantisme est un poumon de la démocratie, mais il ne peut s’affranchir des règles.

Voir les commentaires (36)

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  • Je ne dis plus écologiste, mais escrologiste…

  • par ailleurs il serait bon de rappeler que les accidents de Tchernobyl et de Fukushima sont dus à des erreurs humaines et des fautes de conduite des installations.
    Si toutes les installations industrielles victimes d’accidents d origine humaine devraient être interdites ou arrêtées où en serions nous?
    Dernière question: combien de morts dues à ces accidents nucléaires? Combien de morts dans les mines?

  • Sans actions d’éclats régulières comment enrôler des militants a une cause…étrangement encouragée par les pouvoirs publics ( ça va dans le sens de l’arrêt du nucléaire non ?).

    • Sans militants faciles à berner et enrôler, comment les politiciens conserveraient-ils le pouvoir ? Objectivement, gouvernants et ONG douteuses ont bien le même intérêt à augmenter les masses manipulables…

      • En même temps, c’est le meilleur ami de notre production électrique. Plus personne ne veut de l’uranium, donc on les en débarrasse, pour le bonheur de notre électricité pas chère…
        La pisse verte est le meilleur outil marketing du nucléaire low-cost 🙂

    • Budget annuel de Greenpeace : un milliard d’€. D’où vient le fric?

  • En outre, greenpeace pourrait s’amuser à faire des démonstrations similaires sur les barrages ou les sites chimiques ou autre ou sur une voie de chemin de fer..

    ce qui serait pertinent serait d’aller jusqu’au bout de la logique de l’attentat par exemple quelles serait les conséquences?

    vous pouvez « aisément » faire dérailler un train..provoquer un accident de la route, des gosses se sont même « amusés » à balancer un parpaing du haut d’un pont.. il est sans doute possible de se faire prendre en photo près d’un barrage hydraulique avec un sac à dos pouvant contenir une..bombe…
    à l’évidence un groupe de personnes déterminées peut mettre à mal à peu près n’importe quelle installation..c’est autre chose que de créer des dégâts humains de « grande » ampleur.. plus exactement d’une ampleur telle que ça justifie une attention particulière. comme pour le nucléaire.

    c’est la stratégie usuelle de l’absolu…n’importe quel dégât à une centrale nucléaire est catastrophique…ben non…

    en fait ..si la possibilité existait des militants de greenpeace auraient déjà été abattus…

    et d’ailleurs la question est ailleurs, pourquoi les médias ne sont pas plus sceptiques vis à vis de greenpeace..????

  • « Mais c’est justement sur la peur terroriste que souhaite jouer Greenpeace en brouillant les cartes et en développant un message apocalyptique »
    Aujourd’hui, tout le monde joue sur la peur terroriste, au premier chef le gouvernement.
    Souvenons-nous : il a réussi à porter (sous Hollande et sous Macron, continuité de l’Etat oblige) un texte qui prévoyait l’invisibilité de certains contrôles routiers pour cause de lutte contre le terrorisme.
    C’est passé comme une lettre à la poste jusqu’à la crise des Gilets jaunes et/ou jusqu’à ce que l’Elysée s’aperçoive que cela nécessitait de faire connaître à des opérateurs privés toutes les opérations de police sensibles…

    • Ce sont les mêmes khmers verts fustigant Le Pen d’utiliser la peur des étrangers, qui adorent utiliser la peur des OGM, du réchauffement climatique, du nucléaire, etc… comme message principal politique.

  • Invisibilité… sur les applis type Coyotte ou Waze, oeuf corse.

  • Le problème est aussi la complaisance des médias par rapport aux discours de ce genre d’organisation qui cache son idéologie derrière une prétendue défense de l’intérêt général.
    Un entretien comme on aimerait en voir sur les médias mainstream
    https://www.tvlibertes.com/thibault-kerlirzin-greenpeace-organisation-de-manipulation-mondiale

    • monde normal il faut choisir entre A et B , en général pas simple…

      monde selon vert..j’aime A , je montrez que B a des défauts réels et imaginaires, j’interdis B..
      ce n’est en aucun cas une méthode qui vous conduit nécessairement au progrès..sauf à avoir la science infuse..

      ça c’est la méthode..
      les intentions, voire la conscience de pratiquer une méthode défaillante…c’est autre chose.

      ensuite greenpeace c’est quoi…
      on voit l’action donc des membres souvent assez sincères qui participent à des actions d’éclats..ils sont « innocents »..
      et c’est ce que semble être greenpeace, des militants parfois stupides mais sincères…

      • Ce qu’on appelle des idiots utiles. Oui, je sais, ce n’est pas très sympa pour eux…
        Beaucoup d’associations militantes fonctionnent comme cela, je doute qu’à leur tête, il y ait des imbéciles dénués d’intérêts…
        Sur les convergences entre médias et ONG, et pour orendre un peu de hauteur, je recommande « La super-classe mondiale contre les peupes » de Michel Geoffroy.
        Car le problème est mondial…

  • « Le militantisme, y compris celui de Greenpeace, est un poumon de la démocratie »

    Non, le socialisme vert est nuisible sous toutes ses formes à la démocratie.
    Les Organisations Non Gouvernementales vivent pour beaucoup de l’argent distribué par les gouvernements, et cet argent c’est le notre !

    • « Le militantisme, y compris celui de Greenpeace, est un poumon de la démocratie » je crois que ça ne veut surtout pas dire grand chose…

      ce n’est ni bon ou mauvais le militantisme .c’est une liberté fondamentale des individus que de pouvoir défendre leurs idées
      dans l’expression » le militantisme de greenpeace.. ».. ce n’est pas la liberté d’un personne en jeu mais d’un machin…on peut m^me dire « greenpeace ne milite pas »… comme edf ne milite pas..
      c’est une association…

      Il est m^me possible qu’il existe des divergences énormes entre les réels objectifs ds fondateurs de greenpeace et les militants de base!!!on ne peut parler du militantisme de greenpeace…

      ça reste un détail du texte..

      et c’est aussi un problème de « greenpeace » ..on peut imaginer que sur un sujet donné le choix de l’organisation aille dans le sens du progrès humain. compte tenu de l’environnement… mais…greenpeace a quasiment toujours tort sur la forme…

    • Mauvaise pioche pour Greenpeace. Aucun Etat ne la finance. Uniquement des donateurs privés.

      • « Aucun Etat ne la finance ». Officiellement. Mais le doute demeure.
        Il y a quelques années, Greenpeace s’est permis de noter tous les pays du monde en fonction de leurs efforts de suppression du Carbone. Et surprise, voici les premiers de la classe :
        1/Chine
        2/Inde.
        Plus que probablement, les deux plus grands pollueurs de la planète font partie des bailleurs de fonds de Greenpeace. Ne serait-ce que pour entraver l’économie de l’occident sous prétexte écologique.

        • Pourquoi ? D’une part, il suffit d’avoir visité Shanghaï à plusieurs reprises ces dernières décennies pour voir quelle nécessité les efforts anti-pollution y représentent, une nécessité vitale. Mais surtout d’autre part, la Chine a parfaitement compris qu’entraver l’économie de l’occident serait stupide : elle en tire parti, et d’autant plus qu’elle croît. Personne n’a intérêt à entraver le développement de ses clients !

        • Voui… Et la fachosphere russoïde finance Jojo le gilet jaune !

  • Les militants de Greenpeace ont peur. C’est indubitable.
    La peur est mauvaise conseillère. C’est également indubitable.
    Et c’est ce qui explique leur conduite

  • « Les actions médiatiques s’enchaînent avec toujours le même procédé »

    Oui, le procédé consiste à se mettre d’accord avec les autorités avant l’action spectaculaire. Sinon, il y a longtemps que les militants de Greenfakepeace auraient été abattus à vue, pour cause d’espionnage ou de terrorisme (au choix).

  • Notre électricité ne produit que 11 % de CO2 total de la France, or il faudra faire appel au gaz ou charbon, les nuits sans vent !! Notre nucléaire évite l’importation de 40 milliards d’euros d’énergies fossiles par an s’il n’existait pas. Merci pour la balance commercial. La transition énergétique est une impossibilité physique donc une grande arnaque (conséquence de la loi de la conservation d’énergie). la technologie aura toujours besoin de ressources minérales et d’énergie. Toutes nos activités nécessitent de pétrole même les transformations énergétiques, le vent est renouvelable, mais pas l’éolienne. (minéraux, fabrication, transport, installation et maintenance et je ne parle pas des lubrifiants, isolants des câbles et informatique). Et dans la prochaine décennie il entrera en déclin, nous faisons déjà les fonds de tiroir avec le schiste, les sables bitumineux et l’offshore ultra profond, les découvertes depuis 34 ans sont inférieures à la consommation, actuellement elles ne remplacent que moins de 10% de la consommation. Imaginez ce que deviendront les transports et surtout l’agriculture d’ici là.
    http://petrole.blog.lemonde.fr/2018/11/01/minuit-et-quart/

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