Sauver la planète ? Quand les people se font prêcheurs d’Apocalypse

200 personnalités signent dans « Le Monde » une tribune pour « Sauver la planète : une démarche autoritaire, qui s’inscrit dans la droite ligne de l’écologie punitive et décroissantiste.

Par André Heitz.

La démission fracassante – selon les médias – de M. Nicolas Hulot en a désinhibé plus d’un. Dernier événement en date, une tribune dans Le Monde du 3 septembre 2018 (date sur la toile), « « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité » : l’appel de 200 personnalités pour sauver la planète »…

Car la planète – qui en a vu d’autres – est menacée :

Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique.

Voilà des gens qui viennent subitement de découvrir, parce que M. Hulot a finalement fait son caprice, que « tous les indicateurs sont alarmants ». Ils vivaient pour la plupart dans le luxe, le calme et la volupté – avec une contribution personnelle considérable aux désordres dénoncés  – et s’aperçoivent soudain que « [l]es humains […] sont en situation critique ». Rassurez-vous : ils (les signataires) continueront à vivre dans le luxe et la volupté (pour le calme… quand on voit les dérives accélérées vers l’intolérance, le repli identitaire, social et économique, la violence…).

Grandiloquent et vide de sens

Cet appel, aussi grandiloquent et vide de sens que tous ceux qui l’ont précédé, se fonde sur un gimmick des prêcheurs d’apocalypse éculé :

Il est trop tard […]. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire.

On s’attend donc à ce que ces sommités de la pensée et de l’action politiques et sociétales nous suggèrent, sinon un plan d’action, du moins quelques orientations. Car,

Il est temps d’être sérieux.

Ce qui signifie par implication qu’avant, du temps de M. Nicolas Hulot au gouvernement – ou de Mme Ségolène Royal auparavant, ou encore… – on ne l’était pas ; c’est un constat que nous pouvons partager, toutefois pour des motifs que ces « personnalités » ne partageront pas. Mais il est vrai qu’après y avoir contribué pendant plus d’un an, M. Hulot vient de découvrir qu’en fait, la politique gouvernementale n’était pas à la hauteur.

Soyons donc, enfin, sérieux. La tribune se poursuit par trois points dont les deux premiers sont essentiellement répétitifs :

Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible.

 

Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux. 

Considérez… considérez… Ça ne mange pas de pain et n’engage à rien. N’engage à rien, sur le plan personnel, les auteurs de cette sentence d’opprobre qui ne peut que s’abattre sur un gouvernement qui doit gérer des réalités nationales et internationales.

Initiative franco-française

Notez bien que, ayant fait le constat d’une « question de survie » planétaire, les « personnalités » se limitent à une tribune dans un journal hexagonal – fut-il dans un lointain passé de référence – et à une interpellation essentiellement gaulo-gauloise.

Il y a certes quelques signatures non françaises mais, pour « [l]e plus grand défi de l’histoire de l’humanité », cela fait singulièrement étriqué. S’adresser au seul président jupitérien, avec peut-être une copie pour information au Premier ministre, d’une nation qui occupe 0,43 % des terres émergées et représente 0,89 % de la population mondiale, pour mettre fin à un « cataclysme planétaire » témoigne d’un extraordinaire sens des proportions.

Tout aussi étriqué et irréaliste est le « programme » :

Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront.

Curieuse construction pour prendre l’ennemi dénoncé (comme en d’autres temps le juif et le franc-maçon) dans le filet du « choix du politique ». Un choix par rapport à quelles autres options ?

Les signataires ont le grand courage de mentionner « des mesures potentiellement impopulaires », en concédant toutefois que « [d]e très nombreux autres combats sont légitimes ».

La caste des people s’exprime

Cela incite à demander à cette auguste assemblée virtuelle de pipoles confirmés ou en devenir – au sein de laquelle se sont égarés quelques scientifiques – quelles « mesures potentiellement impopulaires » au sein de ladite assemblée ils sont prêts à entériner et à promouvoir au sein de leurs castes.

Que les exilés fiscaux s’expriment en premier ! Car, vous l’aurez peut-être remarqué, dans toute cette agitation qui suit la piteuse sortie du chevalier blanc Hulot prétendument terrassé par les dragons noirs des lobbies, il est beaucoup question de « transition écologique » et pas du tout de « transition solidaire ».

Cela mène à une interrogation bien plus fondamentale. Ces braves gens, et notamment les bac + 5 voire + 10, ont-ils pris la mesure des conséquences de leur soudain prurit planétophile, et fondamentalement misanthrope ?

Prenons des mesures « impopulaires », en droite ligne de l’« écologie » punitive et décroissantiste ; avançons le jour du dépassement – pas celui, ridicule, de la Terre, mais celui du budget mensuel de nombreux ménages… ouvrons tout grand la voie aux extrêmes de la politique – de droite et de gauche, ceux qui forment sur certains points un grand tout. Des extrêmes qui sont déjà à l’œuvre ou sur le point de faire exploser le vivre ensemble autour de nous, à nos portes.

Nous n’avons pas besoin de ça ! Et pour la « transition écologique », celle dont nous avons besoin est aux antipodes des utopies « écologistes ».