« Pour sauver la planète, faites moins d’enfants ! » : le terrorisme écologiste

2 kids by Jessica Phillips (CC BY-NC-ND 2.0) — Jessica Phillips, CC-BY

Avoir un enfant en moins pour sauver la planète ? Le mathusianisme est de retour. Mais l’assertion est fausse.

Par Wackes Seppi.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avait à peine sorti son dernier rapport – évidemment super-alarmiste et « sans appel » – que l’Agence France Presse (AFP) a publié sur Twitter une infographie intitulée « Réduire son empreinte carbone » réalisée par ses services.

Un enfant en moins, c’est bon pour la planète ?

L’AFP relaie une dépêche de… 2017

L’AFP était-elle dans son rôle ? Cela se discute… Confrontée à une avalanche de critiques, elle a dû s’expliquer – enfin théoriquement :

« Nous ne faisons que relayer le résultat d’une étude publiée dans une revue scientifique de référence« , explique au HuffPost Grégoire Lemarchand, rédacteur en chef adjoint de l’AFP en charge des réseaux sociaux. […] « Je regrette que l’on nous accuse de faire la promotion du malthusianisme. Il y a une source, l’AFP ne dit rien, nous relayons simplement« , précise Grégoire Lemarchand.

Pitoyable ! Tout aussi pitoyable est la dévotion – cette fois-ci du HuffPost – aux revues scientifiques bien cotées et à la revue par les pairs (le dernier scandale, pourtant tout récent, c’est même dans le Huff, n’a pas ouvert les yeux…) :

« En effet, ce graphique reprend exactement les résultats d’un article publié en 2017 dans Environmental Research Letters, une revue avec comité de lecture, ce qui veut dire que le contenu a été validé par d’autres scientifiques. Ce sont les mêmes résultats, sans aucune modification, qu’a repris l’agence de presse. »

Il y a tout de même le commencement d’un début de repli :

« On a jugé que c’était une publication sérieuse. Qu’elle fasse réagir, ça ne me pose pas de soucis. On peut admettre qu’il aurait peut-être fallu mieux expliquer, mieux contextualiser l’étude », concède Grégoire Lemarchand.

Quant à l’« étude », c’est : « The climate mitigation gap: education and government recommendations miss the most effective individual actions » (le fossé en matière d’atténuation des changements climatiques : l’éducation et les recommandations des gouvernements passent à côté des actions individuelles les plus efficaces) de Seth Wynes et Kimberly A. Nicholas, publié en juillet 2017 dans Environmental Research Letters.

Juillet 2017 ? Ce n’est plus de l’information au sens qu’a ce mot pour une agence de presse… Et, du reste, il n’y a pas eu de dépêche, mais un tweet.

Des estimations sujettes à caution

Lorsque vous allez sur la page d’accueil de la revue scientifique, vous trouverez ceci : « A perspective for this article has been published in 2017 Environ. Res. Lett. 12 091001 ». Par « perspective », il faut entendre une critique. On reste entre gens de bonne compagnie, mais les auteurs de cette « perspective » écrivent :

« Ces estimations soulèvent des questions qui méritent une analyse sérieuse, mais elles reposent uniquement sur le potentiel technique des actions et ne tiennent pas compte de la plasticité des comportements et de la faisabilité de politiques pour les soutenir. »

L’auteur du tweet de l’AFP a évidemment omis de consulter toute la littérature… cela aurait pu casser la baraque ! S’est-il du reste interrogé sur le sérieux de l’étude ? Sérieux au sens de l’adéquation avec les réalités de la vie, voire plus : existence d’un travail vraiment scientifique et non de « science » militante. On peut en douter. Car voici la fin du résumé :

« Bien que les adolescents sur le point d’établir des schémas pour la vie constituent un groupe cible important pour la promotion d’actions à impact élevé, nous constatons que dix manuels de science du secondaire du Canada omettent généralement de mentionner ces actions (elles représentent 4 % des actions recommandées), et se concentrent au lieu de cela sur les changements marginaux avec des réductions d’émissions potentielles beaucoup plus faibles. Les ressources gouvernementales sur le changement climatique de l’UE, des États-Unis, du Canada et de l’Australie se concentrent également sur les recommandations relatives aux actions à faible impact.

Nous concluons qu’il existe des possibilités d’améliorer les structures existantes en matière d’éducation et de communication afin de promouvoir les stratégies de réduction des émissions les plus efficaces et de combler ce déficit d’atténuation. »

En une phrase : les auteurs regrettent qu’on n’en fasse pas assez pour recommander le « avoir un enfant en moins » (quelque 25 fois plus « efficace » qu’abandonner sa voiture à essence, et 40 fois plus que cette vaste blague qui consiste à « acheter de l’énergie verte », comme s’il y avait des lignes électriques dédiées) et qu’on ne promeuve pas assez le malthusianisme…

L’écologie déraille…

Parmi les critiques, il y a « Avoir un enfant nuit à la planète » : quand l’écologie déraille de M. Jean de Kervasdoué, publié par Le Figaro le 10 octobre 2018.

En voici un long paragraphe :

« La publicité donnée par l’AFP à une lettre de Wynes et Kimberly qui, nous le verrons, ne le méritait pas, n’arrive pas par hasard. En effet, pourquoi ressortir en ce début octobre cette infographie de juillet 2017, plus d’un an donc après sa publication ? Probablement parce que le rapport du GIEC et sa nouvelle alerte au réchauffement climatique vient de paraître.

Or, dans la tradition des philosophes de l’écologie politique, à commencer par Hans Jonas, il faut faire peur et l’un des vecteurs favoris de cette peur demeure le malthusianisme.

Mais comme les prévisions malthusiennes plus anciennes, notamment celles du Club de Rome publiées an 1972, n’ont pas été vérifiées, il faut chercher de nouveaux thèmes pour rendre la population sensible à la gravité de la situation, à la peur en général et la peur de l’autre en particulier.

Le réchauffement climatique devient la voie privilégiée. En effet, les angles d’attaque de la santé, de la pauvreté et de la faim dans le monde se sont émoussés car ils sont sans fondement : l’espérance de vie s’est partout accrue, la pauvreté a reculé et avec elle la faim dans le monde or, durant cette période, la population mondiale a doublé !

Le réchauffement climatique devient donc la voie privilégiée pour susciter l’effroi et est une aubaine pour les journalistes militants, ce qui malheureusement n’est pas un oxymore. Ils reprennent en rengaine, avec foi, des articles de prétendus scientifiques tout aussi militants.

Puis, ces « informations » sont diffusées par d’autres journalistes qui n’ont pas vérifié les sources or, ainsi, ils légitiment de prétendus faits, alors qu’ils ne sont que des slogans idéologiques, d’autant plus dangereux qu’ils apparaissent sous la forme de vérités scientifiques. »

La question des dérapages médiatiques est posée (une fois de plus). À gazouillis largement repris et commenté, combien de reprises de la critique de M. Jean de Kervasdoué ? Nous n’en avons trouvé qu’une : Yahoo ! Actualités.

Sur le web