Le dernier livre d’Agnès Verdier-Molinié, état des lieux d’une France immobile

Par Francis Richard.

Près d’un an et demi s’est passé depuis l’élection d’Emmanuel Macron et peu de choses ont changé, si l’on excepte la com.

Certes, plein de réformes ont été lancées, mais pour quels résultats ? Les optimistes diront que c’est mieux que rien et que cela aurait pu être pire…

Dans En marche vers l’immobilisme, Agnès Verdier-Molinié dit en quelque sorte : Tout ça pour ça ? Ou : On en prend d’autres et on continue.

Le lecteur comprend qu’elle ait été déçue, que ses espérances aient été trahies et que son constat soit amer.

Elle dit donc merci (ironiquement) aux responsables de l’immobilisme, aux rentiers de la République fromagère.

Elle dit merci à l’administration

Le prélèvement à la source se révèle déjà un choc de complexité et se résume à cette alternative mirobolante pour le contribuable : dévoiler [ses] revenus ou payer plus cher.

La non-transparence publique est toujours ce qu’elle était : le public, par exemple, cache des emprunts en milliards d’euros que le citoyen ne saurait voir, qu’il s’agisse de la Ville de Paris ou de la SNCF

Les prélèvements obligatoires ne baissent pas : un impôt (ou une taxe) qui baisse peut en cacher un ou une autre qui monte (il y a d’une part baisse des cotisations sociales et d’autre part hausse de la CSG ; et la suppression de la taxe d’habitation sera inévitablement compensée…)

Pôle Emploi coûte et ne sert à rien.

Le nouvel ennemi de classe est le détenteur d’immobilier : pourtant, quand le bâtiment ne va pas, rien ne va…

L’insécurité est toujours ce qu’elle était, par enlisement et aveuglement.

Merci aux grands corps de l’État

Le président en est issu et s’entoure de ses semblables…

Ils sont les grands bénéficiaires du système et de ses prébendes, qu’il s’agisse des administrateurs des finances publiques, des administrateurs des douanes ou des parlementaires.

Ils dissimulent les chiffres de l’exil fiscal qui ne diminue pas par la grâce des impôts confiscatoires et du repoussoir qu’est l’impôt sur la fortune immobilière.

L’ENA ne sera pas réformée et le recrutement des hauts fonctionnaires non plus.

Le nombre de fonctionnaires ne baisse pas significativement et les dépenses publiques non plus.

Les fonctionnaires de l’Assemblée nationale ne sont pas moins bien lotis que les hauts fonctionnaires et tiennent tout autant à leur fromage.

Elle dit merci aux bloqueurs

Les syndicats de l’Éducation nationale : malheur aux dissidents…

Les agents de la fonction publique : pas touche à leurs avantages et à leur temps de travail…

Les syndicats de la SNCF : pas touche à leurs avantages, à leur régime de retraite, etc.

Les syndicats (plus forts dans le public que dans le privé) : les ordonnances se caractérisent par beaucoup de reculades et peu d’avancées… et le Code du travail ne fait que gonfler.

Grâce à eux, la réforme du régime des retraites n’est pas pour demain.

Alors, ce n’est pas le tout de constater l’immobilisme, l’auteur fait des propositions.

Quelles propositions ?

Le gouvernement et l’administration doivent garder en mémoire les 8 objectifs suivants : fiscalité à 40 % du PIB (45 % actuellement) ; des dépenses publiques à 50 % du PIB (57 % actuellement) ; un coût de fonctionnement des administrations à 25 % du PIB ; une masse salariale à 11 % ; 6 % de chômage ; 74 % de taux d’emploi ; 10 000 communes et interco ; 115 000 élus max ; la retraite à 67 ans…

Ce n’est même pas ambitieux.

« Des objectifs qui nous permettraient simplement de revenir au niveau de la moyenne européenne »…

Et cela ne réduirait évidemment pas la dette publique qui tangente les 100 % du PIB…

La France ne devrait-elle viser plus haut, viser l’excellence ?

La Suisse, qui n’est pas un paradis, ni fiscal, ni d’aucune sorte, mais qui est une sociale-démocratie tempérée, aligne des résultats à faire pâlir les immobilistes français qui veulent le maintien du statu quo : recettes et dépenses publiques de l’ordre de 32 % du PIB (les excédents l’emportent depuis des années sur les déficits), dette publique (confédération, cantons, communes) inférieure à 30 %, taux de chômage à 3 %…